IMPOSER CE GOUVERNE .V<£NT PAR LA FORCE
Maintenant on affirmait ce qu'on s'était d'abord contenté de présenter sous la forme d'une simple hypothèse, et l'on annonçait ma* gistralement au monde civilisé, Urhi et Orbi, avant même de savoir si l'escadre était arrivée à Yéracruz, que dix-huit Etats sur les Vingt et un qui .composent la confédération mexicaine, étaient disposés à adhérer au projet élaboré par M. M. Almonté, Gutierrez Estrada, Hidalgo, Munos-Ledo et consorts, et à remplacer la République par un gouvernement monarchique libéraL^
Huit mois se sont passés depuis lors ; huit grands mois pendant les quels, si les prophètes de la Patrie avaient ëté de véritables prophê^ tes, la République était menacée, à chaque instaift, d'entendre sonner sa dernière heure, et nous en sonmies encore k nous demander le nom d'un seul des dix huit Etats dont parlait le journal semi-officiel. Il y en a six que M. Almonté est arrivé au camp françaîa, et dans le pays qui produit les palmes, il n'a encore recueilli que la honte qui s'attache partout au nom des traîtres et à la trahison. Mak avant d'aller plus' loin, nous croyons nécessaire pour l'édification de ceux qui ne connaissent par le Mexique, d'esquisser en quelques mots la biographie de cet homme qu'on a osé représenter comme le seul capable de faire cesser ici la guerre civile.
M. Almonté (Jean Népomneèiie) est fils de l'illustre Morélos, m des hôros masdeaios fustllés ^i 1814 par les espagnols, pour les punir d'aroir pris les armes en farenr de Viodépendance de leur pays. 11 n'avait pas encore dix aas, qne sonpère^ par nnefidUesse dxmt le lie* xîque a depuis sapporté tontes les conséquences, le nomma colonel dans l'armée de l'insurrection ; mais comme il était encore trop jeu* ne pour remplir les devoirs de ce grade, le père avait coutume, avant de livrer bataille, de dire aux personnes chargées de prendre* soin de l'enfant sur le quel reposaient toutes ses êspéraBoes d'atenir, de le iKmdttire dans la montagne, en espagnol Al mofde^ d!V>ù' le nom lui est resté. Avant la mort de son père, tombé, comme bous l'avims dit, sous les balles de l'Espagne, il fut envoyé aux Btats-TTiiis pour y faire ses études. Il revint au Mexique après la fin de la guerre de l'Indépendance, et reçut d'Iturbîde, à qui il fut présenté, en soure* nîr seul des services de son père, le glorieux martyr de cette lutte héroïque, la confirmation de son grade de colonels H ne tarda' pas i se mêler aux affaires politiques, et appartînt d'abord au parti libéral dans les rangs du quel il se fit remarquer par l'exagération de ses principes. Il réussît par ce moyen sous l'administration des généraux Guerrero et Victoria h occuper des postes importans, mais cela ne suffit pas à son ambition, et quand Bustamante, chef du parti réactionnaire, s'assit sur le siège présidentiel, il abandonna son an* cien parti et devint partisan aussi ardent du gouvernement c^itral qu'il avait été jusque là démocrate fougueux. Il fut en récompense nommé ministre de la guerre, mais sa conduite dans ce posté élevé fut telle, que le conseil départemental de Dùrango demanda sadesti* tution, et que le gouvernement, dont il était cependant un des membres influens, se vit dans la i^cessité de frapper de nullité plusieurs de ses actes.
Oea excès amenèrent la chute de l'administratirm Bustamante, et M. Almenté, en voyant la cause de ses amis perdue, n'hésita pas im instant & trahir le parti oonservateur comme il avait trahi une année auparavant le parti libéral. ' I( prockim donc eetté même cemstita<> tion fédérale qu'il avait aidé à renverser peu de temps auparavant et pensa, en agissant ainsi, eonserver le portefesiiHe de la^gnerre. Mais il se trompait, et quand il se présenta à Santa-Anna qui venait d'être nommé dictateur, 11 comprit qu'il devait se résigner et se conten* ta de vivre dans la domesticité d'un homme qui ne l'tstimsit pas afl*
868 pour }ui Aonner un poste importoat. Il ddvint alors un véritable Protée politique ; s'attacha à tôt» les partis, les trahit tous ; cabala, intrigH»! et mit tout en ouvre pour se frayer un chemin au fauteuil préndentiel) le rêve de sa vie. It n'y réussit pas, mais on reconnut la nécessité de se débarrasser d'un pareil brouillon, et pour le faire honorablement, on néTtrouva rien de mieux que de l'envoyer eH qualité de représentant de la République à l'étranger.
Yoilâ, cependant, l'homme érainent que les commissaires iErançais n'ont pas craint de présenter au Mexique comme le seul capable de donner la paix au pays. Il arriva à Yéracruz le 1*^''* mars, en compagnie d'un autre traître, le général Haro y Tamariz et du fameux Padre Miranda, et se mit immédiatement en rapport avec le colonel Garcia, pour lui proposer de méconnaître l'autorité conatituticHinelle de M. Juarez, et de le proclamer, lui, AInM>nté, chef suprême de la République. Le colonel, justement indigné, remit la correspondance de M. Almonté au gouvernement suprême, et M. Doblado, convaincu du rôle que venait jouer en son pays le fils doublement bâtard de l'illustre MoréIos,>diessa la communication qu'on va lire à MM. ks commissaires de France, d'Angleterre et d'Espagne, pour leur demander Véloignement et non la remise de ce traître aux autorités mexicaines, ainsi que l'a prétendu M. Billaud dans aa réponse à M. Jules Favre.
^ Palais I^ational, Mexico, 3 avril 1862.
" Le soussigné. Ministre des Relations Extérieures de la République mexicaine, a l'honneur de s'adresser, par décision du citoyen président, à LL. EE. MM. les commissaires de l'Angleterre, de la France et de l'Espagne, pour leur manifester que le &ît étant de no^ toriété irréfutable que MM. Juan N. Almonté, AAonio Haro y Tamariz, le Padirê Franeisco J. Miranda et plusieurs autres réactionnaires qui les accompagnent se sont présentés dans le pays, dans le but manifeste de soulever une nouvelle révolution et de provoquer des émeutes, le séjour de ces individus sur le territoire national et sur les points qu'ils ont choisis pour foyer de leurs conspirations est une menace criminelle contre le paix publique, objet principal des hautes puissances alliéa aussi întécesées à sa eonsierva^n qu^eUe est: néees^ saire au bienr-ètîre général et à l'heureuse solution des questi^M pendantes entre .elles et la République,
^ En conséquence, le gouvernement suprême, oUigè k mamtenir la paix, et avec le droit qui lui appartient d'éloigner, tout ce qui peut Paltérer ou la compromettre, demande à LL. EE. MM* les cornmUsaires qu^ils veuillent bien disposer que les personnes dent il est fait mention soient rëembarquées aussitôt et envoyées hors de la République. ^
*' Cette demande est d'une justice tellement incontestable que le gouvernement suprême ne peut se permettre de douter que les dignes représentans des hautes puissances alliées ne la prennent en considération immédiate.
'^ Le soussigné saisit cette nouvelle occasion de réitérer à LL. EE. MM. les commissaires de l'Angleterre de la Fn^ce et de PEspagne, l'assurance de sa considéilition très distinguée.
" Signé, DoBLADo.
^ A LL. EE. MM. les commissaires de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Espagne.
" Pour copie conforme. Mexico, le 3 avril 1862.
Signé, Juan de Dioa Arias, oficial mayor '."^
I M. Billaud ayant soutenu devant le corps léglslatifi dans la séance du S6 juin dernier, que M. Doblarîo avait exigé qu'on lui lemit M. Almonté et consorts, nous croyons utile à la manifestation de la vérité de publier le texte castillan de
la note dont nous venons de donner la traduction ci-dessus.
<« Palacio Nacional« Mexico, Abrîl 3 de 1862.
^ £1 infrascrito, Ministro de Relaciones £steriores de la Repûblka Mexicana, tiene la honra de dirigirse, por acuerdo del ciudadano présidente, é. les Exmos. I^res. comisarios de Inglaterra, Francia y £spafla, para manifestarles que, siendo de inegable notoriedad e! hecho de haberse presentado en el pais D. Juan N* Al' monte, D. Antonio Haro y Tamariz, el Padre D« Francisco J. Miranda y atguno< otros reaecionarios que los acompafian, con el maniflesko fin de promorer una oueva revoiacîon j pfovocar aaonadas, la permaneneia de dicbos indii^duos enelterritorio nacional y en los pontos que han etoogido para foco de sus* cooBptfafiiooc^
ThxïB la confi^rence d'Orizaba, M. de Saligny a dit, et depuis il n'a pas été démenti, qne le bâtiment sur le quel était arrivé le géné^ rai en chef des troupes firançaises (M. Laurence»), avait été retenu au porty pendant quatre jours, par dtàvë dePemperenr^ pour attendre li. Almontéw U a ajouté que ce personnage était un proscrit, que le France n'avait juifiiis refusé sa protection aux hommes qui se trovtvaient dans cette situation, et que cett« protection une fois accordée, il n'y avait point d'exemple quelle ait été jamais retirée»
Depuis M. Billaud a soutenu devant le corps législatif, que le mêtne Almonié n*êtaU ni proscrit ni condamné par son gouvernement si prodigue cependant de condamnations sanglantes^ si bien que, ne sachant à qui croire des deux, nous demandons, k notre tour, la permission d'examiner ce qu'il peut y avoir de vrai dans ces deux apologies différentes»
Cette qualité de proscrit dont se sont servis Tes commissaires pour expliquer la situation particulière de l'individu dont il s'agit, et jus* tifier la protection .du gouvernement français, est sans contredit la plus intéressante qu'on puisse invoquer à son égard, et ce n'est pas
es una amenaza criminal contra la paz pûblica, otijeto principal de las altaa poten * eias aliadas; tan interesàdaa en sa conaervacion eomo es necesario al bienestar gênerai y al feliz tftrmino de las cueationea pendîenfas entre eilaa y la Bepûblka.
En consecnencia, el Supremo Gobiemo, obligado à mantener la paz y con el de-> zecho que le asiste de alejai cuanto pueda aiterarla 6 comprometerla, pide à los Exmos. Sres. comsarios se svrvan disponer qxie las personas que se mencionan sean reembarcadas desde luego y enviadas fuera de la Repûblica,
Este pedido es de tan incontrovcrtible justicia, qne el Supremo Gobieroo no pnede pérmttirae dudar que los dignos représentantes de las altas potencias aliadas le coocedan sn inmediata defereneia. #
£1 infrascrito aprovecha esta nueva opottnnidad de leiterar é. Joe Exmes. Sies* comîsarios de Inglaterra, Francia y EspaBa, las seguildadcs de su mas dUtinguida consideracion. <
Signé^ DoBLADo.
Exmos. Sres. comisarios de la Inglaterra, Francia y Espafia. Es copia. Méaico, Abril 3 de 1862.
âlgné^ JoAif PB Dios AiUAgy oficiai natyori^
nous, proscrit du 2 décembre, qm refiiBeroii8Janitt8.de le recomniUre, Mais les gotnwrneinenB qui aocimllent ceux que la tempête du nei&ent a jetéSi yolentaîrement ou non, sur leurs eôfees, contractent en« ▼ers ks pays de ceux-ci l'obligatîeii de reîller &» la conduite de ces réfugiés de maniée à ce qu'ils ne puissent troubler ou mettre en danger les gouvememens aux quels ou les aide à te sonstruifire. — lis doivent, lorsque les proscrits cdusent des inquiétudes fondées à ceuxci, les interner ^eet à-dire, les forcer- à s'âoigner des fh>ntières de leur patrie ; à plus forte raison ils ne peuvent pas les y reconduire eux-raêines, et encore moins leur permettre d'j intriguer sous la protection d^me armée destinée unîquesQent à proléger la vie él ke in* tërêts de 8ee propres nationaux, «t non à venger les ootl^es vrais ou supposés dw bannis.
Le gouvernement actuel de la France a &it lui<-mêine ntege de son droit à cet égard quand il a exigé, des gouvcrnemens de la Suisse et de la Belgique^ Pinternememt d'abord, puis Ptâppièision de letrs territoireB des* proscrits du 2 décembre dont la conduite, disait-îl} était peur lui une menace continuelle de troubles ; et nous ne coiU' prenons pas comment; en prenant cette fois les Alm^euté et les Tamariz sous sa protection, il a pu méconnaître à ce point, de ce côté-ci de l'Atlantique, les principes dont il avait, il y a quelques années à peine, exigé la rigoureuse applioatiicm à Pégard de Isr majeure partio des proscrits que se trouvaient en Suisse et en B^giqtie.
M. Billaud, rèndonâ lui cette justice, connaissait cette doctrine et les antécédéns dont nous parlons. H ne fit pas comme Famiral à Orizaba, un appel aux scntimens de rassemblée en faveur d'un pros* crit, mais il prétendit au contraire le mettre sous la protection du droit commun enftdisant qu'il n'était ni prosûrity ni même condamné par un geui^ernement ^ prodigue cependant de ùimdamtncitiens sanglantes. De manière que, proscrit pour les uns, citoyen inoffensif par les autres, M. Billaud certain d'avance de n'être contredît par personne, prenait note de ce silence pour demander ce qu'avait fait sont protégé depuis son arrivée au Mexiqne, pour être en butto aux persécutions du geuvernement de son pays.
M. Almonté n'était pas proscrit nominativement, disait-il, cela est vri ; mais à l'exception des évéques et de qud^ues individus tels qa^
MM. l0Îdro Difts et Mnfloz Ledo qui se sont vus dans la néeessité d'abandonner leur patrie pour éviter une condai&natkm eapitale que ce gouTemement, si prodigue cependant de cendamnaiiona sanglanieSi n'a pas voulu leur infliger, nous mettons au défi M. Billand de nous citer le nom d'un seul mexicain qui ait été nominatirement proBorit par le gdbvemetaent constitutionnel.
n n'était pas non plus candùmné, et sur ce terrain encore nous mettons au défi M. Billaud de nous citer un seul inditddu -qui ait été condamné pour sa participation au coup d'Etat du 17 décembre 1857. Cependant si jamais condamnation eut été juste, c'est été sans contredit celle qui aurait été prononcée contre les auteurs et les complices de cet attentat.
Mais nommé par M. Gomonfi>rt, après aroir prêté serment à la constitution de 1857, à la légation du Mexique â Paris, cet homme inofiensif, Oe citoyen modèle, avait tiolé son serment pour conserver sa qualité de ministre sous l'administration de Taciibaja ; et il avait vendu son pays à lEspagne par un traité tellement infâme, que le négociateur espagnol lui-même, M. Mon, ayait consenti à y introduire une clause par la quelle il s'engageait, au uom de son gouvernement, à ne pas invoquer dans l'avenir ce précédent pour exiger du Mexique des conditiena aussi bumiHantes pour lui.
Pepuis ce patriote émérite avait été destitué par le gouvernement légitime, et avait promené de co^r en cour, de Paris à Vienne et de Vienne à Madrid, sa haine contre son pays, jusqu'à ce qu'il eût enfin trouvé à le vendre une seconde fois.
Enfin, son premier soin, en débarquant à Véniiruz, avait été de s'adresser à un chef de l'armée pour l'engager à faire comme lui, à trahir le gouvernement, à livrer son pays à l'étranger.
Voilà, en quelques mots l'histoire de l'homme que M. Billaud n'a pas craint de prendre sous la protection de notre drapeau, et les motifs pour les quels le gouvernement mexicain a réclamé, comme il en avait le droit, son expulsion du territoire de la BépubUque.
n n'est pas plus juste de dire, coimne l'ont fidt les commissaires
du gonremement français à Orizaba que M. Almonté, à sou départ d'Europe, croyait la guerre inévitable ; et encore moins de soiitenir avec M. Billaud qae ce personnage supposait cette guerre déjà terminée, ce qtii implique encore une contradiction manifeste ; car, ainsi que nous l'avons déjà expliqué à l'occasion des instructions remises à M. de Lagrayière par M. de Touvenel, Pexpéditite n'avait pas pour but de déclarer la guerre au Mexique, mais de rendre effective la responsabilité du gouvernement de ce pays en le contraignant à remettre les ports du littoral entre les mains des commissaires alliés ; et ce n'est que dans le cas où le gouvernement mexicain se serait refusé à entrer en rapports avec eux, que les représentans européens avaient ordre de faire usage des forces mises à leur disposition pour l'y contraindre ^
Si même il était nécessaire de nous expliquer plus catégoriquement à cet égard, nous opposerions aux paroles de M. Billaud les lignes suivantes, insérées par un journal de Paris, V Esprit Public, dans son numéro du 31 mars, postérieur d'un mois au départ d'Almonté et de M. de Laurencez:
^' Des informations recuillies à bonne source, nous permettent d'af- '' firmer que l'arrivée du général Laurencez, survenue au commence- " ment de ce mois, va changer complètement le cours des événemens " au Mexique. Tout ce qui s'est fait jusqu^à présent sera considê- " ré commue nul et non avenu, et les troupes alliées avanceront sur " la capitale sans écouter les propositions d'un gouvernement qui *' a violé trop souvent ses engagemens pour qu^on puisse encore " négocier avec luiP
UEsprit Pul^ic ajoutait encore en parlant de l'Espagne:
'' Nous savons, en outre, que les commandans des forcer anglai^^ et " espagnoles ont reçu des ordres dans ce même sens; et la Gazette de
1 Voici le texte même de cette partie des instruction remises à l'amiral : Cest principalement en vue de cette éventualité (Pabandon des ports par les antorités mexicaines qui refuseraient en se retirant dans Tintérieur d'entrer en rapport avec les commissaires alliés), qu*U e$t mis à votre disposition un corps de troU' pes de débarquement qaiy joint aux autres coniingens militaireSf fournira avM (^ les moyens d^étendre le cerde de leur action.
^' Madrid nous apprend que le gonremeinent espagnol a défendu au " général Prim, d'entrer en négociations avec le gouvernement me- ^ zicain ayant d'être arrivé à la capitale. Ce quHl aurafaitjusqu^à " présent de contraire à cet ordre suprêmoy sera en conséquence dé-
" sapprouvé^
* Si donc il est vrai, ainsi que l'annonçait ce journal qu'on n'accusera certes pas d'affection bien tendre pour le Mexique, que M. de Laurencez ait apporté des instructions pour la marche de l'armée sur Mexico, en considérant comme nuls les arrangemens qui auraient pu avoir eu lieu avant son arrivée, c'est parceque le gouvernement lui-même reconnaissait comme nous que l'amiral, aux termes de ses instructions^ était autorisé' à traiter; que peut-être même, ce qui était vrai, il l'avait déjà fait, et sur ce terrain encore nous ne comprenons pas qu'un ministre français, parlant devant une chambre française, ait pu se jouer de sa bonne foi au point de lui assurer qu'au départ d'Almonté pour Yéracruz on croyait la guerre terminée, quand il est an contraire prouvé que le gouvernement était personnellement convaincu qu'elle n'était pas même commencée. — Même en admettant que le gouvernement fût le seul à ignorer ce que le bon sens public avait partout deviné, il n'en est pas moins vrai que l'envoi, que l'arrivée si l'on veut de M. Almonté, devait avoir pour effet, au point de vue de ceux qui le laissaient partir, de soulever une partie du pays contre le gouvernement actuel, et c'était faire injure à l'armée française que de supposer qu'elle eût besoin de cette aide, pour en terminer avec la t&che qu'on lui avait assignée.
Quant à la comparaison que M. Billaud a voulu établir entre la situation de M. Almonté, protégé par les bayonnettes de la France, et celle de Miramon à son arrivée à Yéracrus, cette comparaison, disons* nous, ne nous semble pas plus heureuse. M. Prim, à cette époque, protesta contre la conduite de l'amiral Dunlop, et M. Prim, à notre sens, eut tort. La Convention de Londres n'avait pas seulement pour but de venger les injures personnelles des parties conh^aetantes; elle se proposait encore de mettre un terme aux dissentions qui affligent le Mexique; et sans rappeler ici les accusations portées tant de fois par le gouvernement anglais contre la personne même du général dont il s'agit, accusations qui ont bien aussi leur valeur puisqu'il est question, dans la note des commissaires français, d'exiger le chftti-
ment de toms ceux qui se sont rendus oonpables de violences envers les sujets de l'empbe^ on conyiendra que l'arrivé d'un prétendant de plus ne pouvait amener d'autare résultat que d'embrouiller une sitoation déjà passablement embarrasée^ et d'augmenter la somme des difficultés. Toutefois, ces réserves faites pour l'acquit de notre conscience, nous ne croyons pas qu'il y ait de comparaison possible entre l'aventurier qui voulait se jeter hardiment à l'intérieur pour y &ire un appel ft ses partisans, et le général d'antichambre dont les intrigues ont &it croire à l'Europe que son nom servirait ici de drapeau, et qui, trop lâche pour affronter la juste colère de ses compatriotes, s'est soumis à l'humiliation de réclamer un bataillon fiançais pour protéger sa route de Yéracruz à Orizaba. Entre ces deux hommes, fiinestes l'un et l'autre à leur patrie, il restera cependant cette différence que l'un, avec une ambition plus digne, et surtout mieux dirige aurait pu parvenir au faite des honneurs en inscrivant son nom parmi ceux des régénérateurs de son pays ; tandis que Pautre, né pour ramper, n'a pas même dans sa nullité, su respecter le souvenir glorienx du martyre de son père.
Enfin, pour en terminer avec un homme sur le quel nous ne noas sommes détenu si longtemps que parceque ses actes nous ont rappelé les traîtres qui prétendaient, eux aussi, en 1792, livrer la France aux horreurs d'une invasion et escompter la souveraineté de la Patrie au comptoir impur de l'étranger, nous ajouterons que par trois dépédies datées des 27, 29 et 80 du m<»8 de mars dernier, M. Wyke, ministre au Mexique du seul gouvernement dont les agens scient, jus* qu'à un certain point, responsables de leur conduite devant l'opinion de leur pays, s'est adressé à son gouvernement pour lui faire part des exigences de M. de Saligny à l'égard d'Almonté et lui soumettre son opinion et celle du commissaire espagnol. Lcnrd John Bussdl répondit à M. Wyxe le 21 avril suivant, c'est-à-dire, longtemps avant d^avoir connaissance de la rupture d'Orizaba, et nous donnons sa réponse en entier afin que les lecteurs puissent comparer la doctrine du gouvemement anglais sur la matière, à e^)e qui a été soutenue par M. Billaud devant le corps législatif.
Le comte Rusaéll à Sir Ch. Wyke,
Fotfeign-^ffice 21 avril 1862.
Monsieur, vour devez être anxieux de connaître l'opinion du gouve^
— saignement de S: M. sur la situation des aSSoiireB an Meiique, dont tous m'entretenez dans ros dépêches des 27, 29 et 80 du mois dender. Je me réserve de m'étendre plus tard sur les importantes questions qui font l'objet de ces dépèches, et me limiterai, dans celle-ci, à vous indiquer ce que le gouvernement de la reine y a trouvé de plus urgent, avec la solution qu'il a jugé convenable de donner à chacune d'elles.
Voici ces questions.
1? M. de Salignya-t-il eu raison de permettre à des émigrés mexicains tels que le général Almonté et le P. Miranda de pénétrer à l'intérieur sous la protection du pavillon français, ou bien, le général Prim et le représentant de S. M. B. ont-ils eu rairon de protester contre cet acte ?
2? Le général Prim a-t-il eu raison de se décider à retirer ses troupes du territoire mexicain dans le cas où le commisliaire français persisterait dans sa conduite ?
S? Dans le cas également où le représentant français persisterait dans sa eonduite, la Convention du 81 octobre doit-elle être conndérée comme rompue ou seulement comme suspendue ?
Yoici les réponses du gouvernement de S. M. B. aux questions qui lui sont proposées.
1? Dans son opinion, le général Prim et le représentant de la reine étaient parfaitement fondés à protester contre le permis donné par M. Dubois de Saligny an général Almonté et au P. Miranda peur pénétrer à l'intérieur du Mexique sous la proteotîon du pavilloii français.
2T Dans son opinion, le général Prim a eu grandement raison de se décider à retirer ses troupes si le représentant de la France persistait dans oette conduite.
8? L'opinion du gouvernement de S. M. B. est que, dans le cas où le représentant de la Franoe persisterait dans sa conduite, la Cou-
yention da 31 octobre ne deyrait pas être considérée pour cela comme rompue ou terminée, mais seulement comme suspendue.
" Cette dernière réponse servira de règle à votre conduite future relativement à l'occupation de 'Véracruz et à votre position personnelle. En ce qui concerne la ville de Yéracruz, le gouvernement de la reine pense que l'occupation de cette place au nom des alliés, doit continuer jusqu'à ce qu'on ait envoyé de nouvelles instructions aux commissaires des trois puissances. D'ici à peu de temps, il pourrait y avoir un changement dans la politique française relativement au Mexique, ou même une modification spontanée du gouvernement mexicain, et dans l'un et l'autre cas la Convention de Londres pourrait se remettre en vigueur.
" Quant à votre position personnelle, si la Convention de Londres était définitivement rompue, vous vous retireriez aux Bermude?, où vous attendriez de nouvelles instructions.
'' Je suis &tc....
" Signé, J. BussELL."
Ainsi donc la rupture de la Convention était un &it qui ne dépassait pas la portée d'un événement ordinaire, et nous nous étonnons fort, encore aujourd'hui, de la grande colère de certains journaux de Paris à propos d'un accident privu depuis si longtemps. Les motifs en avaient été annoncés dix jours à l'avance par le commissaire anglais à son gouvernement, et celui-ci en avait reconnu la nécessité quin^ jours avant de recevoir la nouvelle de ce qui s'était passé à Orizaba. Le mal ne provenait réellement pas des commissaires, mais des né* gociateurs qui, au%eu de lier à leur œuvre la volonté des agens subalternes en déclarant d'ane manière précise et catégorique que toutes les mesures à prendre seraient disculées préalablement entre les commissaires, et acceptées ou rejetées à la majorité des voix, l'avaient au contraire livrée sans défense à leur discrétion, en soumettant les intérêts généraux qu'elle avait en vue aux passions de ceux qui étaient charg<^s de la mettre à exécution. De là les emportemens de M. Billaud et les reproches de la presse semi-officielle contre la conduite des commissaires de l'Angleterre et de l'Espagne, emportemens et reproches dont il serait difficile de comprendre les
motifs, si derrière le vide des expressions on ne voyait poindre le désappointement de n'avoir pu entraîner les alliés dans ce plan, si savamment conçu pourtant, de monarchie autrichienne. M, Billaud, pour ne pas avouer qu'il s'était trompé, est allé jusqu'à refuser la qualité de gouvernement à un pouvoir issu, au même titre que l'empire, du suffrage^niversel. Nier est chose bien facile, mais cette manière d'argumenter dans une cause personnelle n'a jamais rien prouvé. D'ailleurs le ministre de France l'avait publiquement reconnu le 18 mars 1862. Il avait même plus ou moins traité avec lui, ce qui permet de croire qu'il lui supposait alors tous les titres qui constituent un véritable gouvernement, et nous ne voyons pas pourquoi il aurait perdu depuis les qualités en vertu des quelles il avait été reconnu par M. de Saligny. On dirait en lisant attentivement ce discoufs, qu'aux yeux de M. Billaud, les titres sur les quels repose la légitimité d'un gouvernement qui ^ eu le malheur de lui déplaire, sont des matières à litige dont les autres gouvernemens sont les juges naturels. H oublie que cette doctrine, appliquée au gouvernement actuel de la France, comme il prétend l'appliquer en ce moment à celui du Mexique, suffirait seple pour justifier les anciennes coalitions de l'Europe contre nous et en légitimer une nouvelle dont nous aurions seuls à supporter encore tout le poids. H prétend changer le gouvernement du Mexique sous prétexte que ce gouvernement ne convient pas au pays, et si nous lui refusons ce droit, c'est que nous
en connaissons mieux que lui toutes les conséquences Nous
pouvons, entre nous, être divisés sur la forme de gouvernement qui convient le mieux à la France, mais cette division ne doit pas passer la frontière : et si la patrie était encore une fois envahie, si les hordes étrangères conduites, comme en 92 et à la chute de l'empire, par quelques émigrés, prétendaient l'attaquer en disant qu'ils viennent la délivrer d'un joug qui pèserait sur elle, nous saurions, qu'on le sache bien, imposer silence à nos rêves, à nos haines, si l'on aime mieux, et oublier les horreurs de la proscription pour sacrifier à cette terre sainte et bien aimée, jusqu'à la dernière goutte de notre sang. — Pourtant ce qui est vrai pour nous, l'est également pour le Mexique. Le gouvernement de M. Juarez, issu comme nous venons de le dire du suffrage universel, est aussi légitime que les gouvernemens d'Angleterre, de France et d'Espagne. On peut-lui faire la guerre pour le contraindre à exécuter ses conventions avec les gouvernemens étrangers, ou à respecter les intérêts des résidons européens ; mais le nier
** Je lui répondis, c'est toujours M. Prîm qui parle, que mon opî- '^ nion à cet égard était diamétralement opposée à la sienne, et que ** pour l'exécution de ce plan, il ne devait pas compter sur Pappui des '' forces espagnoles, parceque le Mexique, constitué en République " depuis quarante ans, repousserait la forme monarchique, et refu- '^ serait des institutions si différentes de celles qui4'ayaient régi jus- " qu'à notre époque.
" Le général Almonté me confessa encore qtiHl comptait sur Vap- ^ pui des troupes françaisesy et je ne lui cachai pas combien je re- " grettais de voir le gouvernement français adopter au Mexique une " politique si différente de celle que l'empereur avait suivie dans plu- ^ sieurs autres occasions; et que, dans le cas, pour moi peu probable, " où les forces de la France se compromettraient dans une pareille '• entreprise, et qu'il leur arrivât un échec, je regretterais autant ce " malheur que s'il m'arrivait à moi-même ou à mon pays. Je finis en " l'engageant à ne pas persévérer dans une entreprise où, s'il agissait '^ seul, il trouverait infailliblement sa ruine, tandisque s'il comptait " sur l'appui de quelques unes des forces alliées, il ferait naître dans ^' le pays des susceptibilitës qui pourraient compromettre l'avenir des " négociations pendantes, dont la politique, toute conciliante, suivie ^^ jusqu'à ce jour par les commissaires alliés, espérait, non sans rai- " son, obtenir un bon résultat."
Tout cela fut en vain. Les commissaires français déclarèrent en termes clairs et explicites qu'ils étaient résolus à ne pas traiter avec le gouvernement de la République; que loin de retirer leur protection aux émigrés mexicains qui l'avaient invoquée, ils continueraient à la leur accorder, et pour justifier leurs procédés, ils se retranchèrent derrière le crédit dont jouissait le général Almonté auprès de l'emperei#.
" La protection accordée au général Almonté, répondit l'Amiral Lagravière à une observation de sir Ch. Wyke ayant pour but d'établir que cette protection était une véritable intervention dans les affaires intérieures du pays; '' la protection accordée au général Al- " monté ne diffère en rien de celle que la France accorde aux pros- '' crits de tous les pays, elle n'implique par elle-même aucune inter- " vention dans les affaires intérieures de la République, et, une fois " concédée, il n'y a pas d'exemple qu'elle ait jamais été retirée."
Alors le commissaire espagnol fit observer que cette protection 8*accordait ordinairement aux vaincus dont l'existence était en péril, mais qu'il ne pouvait pas en être de même à l'égard des individus qui viennent tout exprès de l'étranger avec des intentions hostiles contre le gouvernement ét^li, surtout contre un gouvem&ntent avec le quel les alliés avaient déjà ouvert des négociations.
C'était là le point capital de la question pour le commissaire espagnol dont l'opinion, sans cela, eut été facilement combattue avec les ârgumens dont il s'était servi, un mois et demi auparavant, pour s'opposer à l'expulsion de Miramon; mais la difilêrence des situations imposait naturellement la différence du langage, et l'amiral répondit sans fidre aucune allusion à ce précédent:
'* Que M. Almonté, de même que tout le monde en Europe, cro- ** yait la guerre inévitable^ et que loin d'être animé de sentimens " hostiles au pays, il arrivait au contraire avec une mission (on ne ^ disait pas de qui) pacifique et conciliatrice afin de rétablir la con* " corde entre les différens partis; qu'il était digne par ses antécédens " d'être écouté par ses compatriotes, et que c'était à lui, en rectifiant " les erreurs répandues » ce sujet, qu'il appartenait de leur faire com- " prendre les intentions bienfaisantes des gouvernemens européens à '^ l'égard du Mexique; que ce général était le plus capable de remplir " cetle missioriy tant à cause' des emplois honorables qu'il avait si di- '' gnement occupés dans son pays, que par l'estime de l'empereur pour " sa personne, et l'influence dont il jouissait auprès de lui; que " les raisons données par le comte de Reus pour justifier son opinion " sur l'impossibilité d'établir une monarchie au Mexique ne lui pa- " raissaient pas concluantes, et que du moment où il était prouvé ^ que les institutions sous les quelles le pays à veft depuis quarante '^ ans, n'ont produit que des révolutions et amené la situation déplo- " rable oii il est aujourd'hui réduit, il est probable qu'un changement ^^ radical dans ces institutions serait reçu favorablement par tous les " habitans de la République."
Sir Charles Wyke fit encore observer qu'à son arrivée à Véracruz le transfuge mexicain s'était publiquement donné comme le fondé de pouvoirs des trois gouvernemens alliés, quand il était évidenl qu'il n'avait reçu aucune mission ni de l'Angleterre ni de l'Espagne, au
tiom deB quelles, eependant, il prétendait interpréter à s» manière la Convention de Xiondres.
L'amiral se eontenta d'objecter '' qu'il ne croyait pas le général Al* " monté capable d'avoir jamais manifesté de eemblajïles prétentions;" et sur une nouvelle affirmation du général Prim et du commodore Dunr lop, M. de Saligny, pour ne pas avoir i répondre à un fait qu'il lui était impossible de nier, se hâta de oouper eourt à l'incident en passant à une autre question,
" n dit que le véritable but de l'acte de Londres, était d'obtenir " satisfactbn des outrages commis par le gouvernement mezicun " contre les étrangers, et que le système de temporisation et de cou- '^ ciliation suivi jusqu'à ce jour était condamné par l'épreuve qu'on ^ en avait fait, puisqu'il recevait à chaque instant des lettres dans les ^ quelles les signataires se plaignaient de la lenteur des alliés et loi *^ disaient que cette attitude avait eu pour conséquence naturelle <' d'augmenter l'audace du gouvernement mexicain: que quand à lui, ^ il déclarait formellemerU quHl ns traiterait jamais avec ce gou- ^ vemementf et qu'après avoir mûrement réfléchi sur la détermina- " tion qu'il convient d'adopter, il coyait nécessaire de marcher immé- " diatement sur la capitale."
M. Wyke fit observer à son collègue qu'il n'avait rien appris de semblable, et M. de Saligny, oubliant que si les faits dont il venût de se plaindre eussent été vrais, les vexations dirigées contre les français l'auraient été en même temps contre les anglais, et que, dès lors, M. Wyke en aurait eu connaissance par les lettres de ses compatriotes, lui répondit brutalement: ^' que les sujets français n'avaient (< point adressé leftrs plaintes à la légation britannique, paroeque ce '' n'était point à elle qu'ils devaient envoyer leurs réclamations/'
— ^Alors le commissaire anglais demanda à NL Dubois de Saligny, s'il était vrai, comme on le répétait de tous côtés, qu'il n'attachât aucune valeur aux préliminaires de la Soledad.
— M. de Saligny répondit: *^ qu'il n'avait jamais eu la moindre con- '^ fiance dans aucun des actes du gouvernement mexicain, et que cet* ^' te opinion s'appliquait non seulement aux prélimaires dont on par*
" lût, mais à tontes les conventioiis qu'on pourrait dans la suite ce- " lébrer avec lui."
— Là dessus le commodore Dunlop l'interrompit en lui demandant : Pourquoi, s'il n'ayait, comme il venait de le déclarer, aucune confiance dans les engagemens du gouvernement mexicain, il avait signé les préliminaires en question? — et pourquoi, après les avoir signés, il ne se oroyait pas lié pas sa signature?
— M. de Saligny répondit encore: " quHl ne devait compte à per- " sonne des motifs qui Pavaient engagé à signer ces prëliminai- " res; mais s'spercevant bientôt de l'effet que venaient de produire ses paroles, il ajouta d'un ton plus radouci: ^ que néanmoins, si le '' gouvernement mexicain ne les avait lui-même enfreints de mille ma- (< nières, il se serait cru compromis par sa signature."
La discussion tendait à s'écarter de nouveau du but qu'on s'était proposé: M. Prim Fy ramena en faisant lire par son secrétaire une Dote de M. Doblado^ par la quelle le ministre mexicain demandait au nom de son gouvernement l'expulsion du général Almonté et de ses compagnons '; et l'amiral donna lecture d'une réponse, signée des deux commissaires français, qui se refusaient de la manière la plus positive à cette demande.
Ce projet fut désapprouvé par les commissaires des deux autres puissances, et l'amiral, insistant avec plus de force, déclara que, dans aucun pays, il n'avait vu inaugurer un système de terreur pareil à celui qui pesait en ce moment sur les populations du Mexique. " Là, ^^ dit-il, règne la plus odieuse oppression. Le père est arracha des ^' bras de ses enfans, le fils du sein de sa mère: les^ropriétaires, sous " les prétextes les plus fîî voles, sont arbitrairement dépouillés; la plus " timide expression de l'opinion publique est immédiatement étouf- "fée."
M. de Saligny'^appuya fortement l'opinion de son collègue; et M. Wyke les combattit tous deux en déclarant, au contraire, que dans son opinion la grande majorité du peuple mexicain soutenait le gou*
1 Voici cette note^ page 383.
yernement actuel, et que la monarchie rencontrerait peu de partisans.
M. Jurien répliqua que la partie intelligente et modérée de la nation, était aussi la seule qui méritât les sympatliies des puissances alliées; que cette partie désirait sincèrement le retour de l'ordre et de la tranquillité; qu'elle souhaitait surtout l'appui des alliés, et qu'elle le prouverait le jour où, libre enfin de l'oppression sous la quelle elle gémit, elle pourrait formuler hautement son opinion. Il termina en disant qu'il fallait marcher immédiatement sur Mexico.
M. de Saligny ajouta: que ses compatriotes gémissaient aussi sous la plus atroce tyrannie : qu'il avait reçu un grand nombre de pétitions pour que les troupes françaises marchassent sur la capitale: et que les pétitionnaires regardaient cette démarche comme la seule qai pût, en leur procurant quelque sûreté, les préserver d'une ruine complète.
Le Commodore Dunlop fut d'un avis tout opposé et dit, au contraire, que les français résidant à Mexico verraient cette démarche avec déplaisir.
Sir Charles Wyke ajouta, que quant h lui il pensait que parmi ceux qui gouvernent la chose publique, il se trouvait des personnes distinguées appartenant au parti modéré; et Que la conduite observée jusqu'ici par les commissaires alliés était la plus convenable pour consolider un gouvernement accepté par la grande majorité de la nation.
L'amiral répliqua qu'il n'éprouvait aucune sympathie pour un gouvernement à qui on avait offert la paix et la réconciliation des partis, et qui avait répondu à cette offre en ordonnant des supplices et en lançant des décrets de proscription.
Enfin les commissaires d'Espagne et d'Angleterre exposèrent, qull n'y avait aucun motif qui pût justifier la résolution prise par les commissaires français de rompre avec le gouvernement mexicain; q^ "S no pouvaient approuver ni signer la réponse que les commissaires français voulaient faire à la note de M. Dobkdo; et que, si ceux-<îi
continuaient à s'opposer au rembarquement des proscrits mexicains, et se refusaient à prendre part aux conférences qui devaient s'ouvrir à Orizaba le 15 de ce même mois d'avril, ils se retireraient du territoire du Mexique avec leurs troupes, et regarderaient la conduite des commissaires français comme une violation de la Convention de Londres et des préliminaires de la Soledad.
Ainsi se termina la conférence. On s'étonnera peut-être que des agens subalternes, comme les commissaires, aient osé déchirer entre eux l'œuvre collective de leurs gouvememens respectifs, avant d'avoir reçu des ordres positifs à cet égard; mais la surprise cessera si l'on considère que ces gouvernemens, eux-mêmes, étaient divisés sur la manière de rendre effective l'intervention, et qu'obligés, pour avoir an moins l'air d'être d'accord, de se faire mutuellement des concessions plus spécieuses que réelles, ils s'étaient refusés, ainsique nous le voyons par le discours de M. Billaud, à préciser le but de l'expédition et avaient laissé à leurs agens le soin d'interpréter la Convention dans un sens conforme auï vues secrètes de chacune des parties contractantes.
Cette manière d'envisager la question pourra paraître étrange à ceux qui n'ont pas l'habitude d'étudier la valeur des mots, et qui se contentent, dans un discours ministériel, de savourer les raisons que le gouvernement, juge et partie dans sa propre cause, a bien voulu confesser au pays. Mais il en est tout autrement de ceux qui étudient froidement les questions pour séparer, autant que possible, la vérité de l'erreur. A ceux là, il faut quelque chose de plus substantiel que de simples affirmations, et pour établir la vérité de notre doctrine nous ne voulons que les déclarations mêmes du ministre à qui nous répondons. 9
En effet, M. Billaud, dans son discours au corps législatif, a laissé, malgré lui sans doute, échapper une partie de la vérité.
" Dans le projet primitif delà Convention, a-t-il dit, il n^ était pas " question de réventualité (Tune expédition dans Vintérieur du " Mexique: l'action devait se limiter au littoral." C'est-à-dire, que pour ne point éveiller les craintes de l'Angleterre, on ne lui confia tout d'abord de l'expédition que ce qui était nécessaire pour ne point
alarmer sa susceptibilité. Puis on lui fit comprendre qu^une opération ainsi combinée ne suffirait peut-être pas, et l'on ajouta, mus sans parler de Fappel aux populations de la République pour les inviter à changer la forme dp leur gouvernement, ub paragraphe ayant pour but " d'autoriser les opérations nécessaires à la réalisa- *^ tion de l'objet spécifié dans le préambule;" et «e point gagné, on passa immédiatement à un autre.
Dans ce fameux projet dont la Convention du 81 octobre n'était que l'ombre, et encore bien dégénérée, il y avait une clause qui, si elle eut été maintenue, aurait suffi à elle seule pour en terminer avec les espérances des monarchiens. Il j était dit, nous ne faisons que répéter les paroles de M. Billaud: " Les hautes parties contractai!- '' tes s'engagent à ne point faire usage des forces qu'elles emploient ^ en vertu de la présente Convention, pour des objets autres que "ceux qui sont spécifiés dans son préambule, et spécialement à ne " point s'-en servir pour intervenir dans les offavres intérieures de ** la RépubliqiLey
L'engagement était clair, précis, sans embaje. H ne fut introduit dans le principe que pour endormir les craintes de lord John: mais l'expédition résolue, on revint adroitement près de lui sur les conséquences qu'il pourrait avoir. On lui fit observer qu'cm n'avait nullement l'intention de contraindre les mexicains à adopter telle ou telle forme de gouvernement; qu'on les laisserait au contraire parfaitement libres à cet égard; d'autant plus libres qu'on avait des motifs plausibles pour affirmer qu'ils viendraient eux mêmes réclamer comme une faveur un appui moral qu'on ne pouvait en aucune manière leur refuser, et l'on obtint de la facilité du noble lord la suppression de ce paragraphe facheu^^afin, dit M. Billaud, de ne pas décourager le mouvement national, que les gouvernemens de France et d'Espagne, sur la foi de leurs agens et des traîtres intéressés à les tromper croyaient certain, et que les puissances intervenantes attendaient pour procéder à l'organisation monarchique ou républicaine^ d'un gouvernement conforme à la volonté des puissances alliées.
Pour nous, comme pour M. Billaud, cette addition et cette suppreision caractérisent la politique consacrée par le traité du SI octobre; mais nous croyons en sus, que pour se maintenir dans le vrai^ il fiiut^
te cfkVA n^s péB &it) tenir ccnoptechs eBgagemens yerbaos éehnngés «ntpe le» âégoeiatecmi> et stirtodt ne pM jooer sur les mots, en pré* tendant que si les iMJdeains n'ont point fwt de démonstratiens en fa* T0W de Finteryettâoa ei de la monaftobie, e'est nnlqnemettt parée <|a'ila en ont été enapickée par le jong de fer qoii pèse sur eux.
Cette- ëtmage manière d'argumenter est nae figni^ de rhétorique, rok terme de Palais à l'asage de la basœke grande et petite, cp a ponr knt de mettre ce qn^on désire à la pkœ dcice'qai est, et de fiôre pas* eer qodqneibis Vwo pour l'antre aux yeuoB die «eoz qui n'y regardent pas de trop près. Dans l'espèce, on rejetait bien loin, soit è la tribune, Boit dans les actes diplomatiques, l'emploi de la force; mais on o/" Jrait son appui moral et Fon attendait les ëvéncmens. SÎIes mexicains se fussent insurgés contre leur gouvernement^ comme l'ont espéré un instant les commissaires alliés, c^eût été une preuve incontestable qu'ils voulaient s'affrancbir de ce joug dont on parle tant, sans jamais dire en quoi il consiste; ma^ loin de se soulever contre M. Juarez» ils se sont au contraire serrés plus fbrt au tour de lui pour défendre la Bépubliqpie et résister à l'invasion; donc, au dire de MM. Billaud, Jarien et Saligny, c'est une preuve qu'ils sont retenus malgré eux par ce joug dont ils veulent à toute prix s'affranchir. Dans l'un et l'autre cas, ceux qui disposent de la force sont certains d'avance qu'ils finiront par avoir raison, mais puisqu'il s'agit de force, nous prendrons la liberté de faire observer à M. BillauJ, qu'en 1790, la première constituante, a fait enlever par un discret l'orgueilleuse devise burinée sur les coulenvrines du siècle de Louis XIV, tUHma ratio regumj et depuis lors ce mot de force, relégué dans Farsenal de la tyrannie, a été pour jamais effacé du dictionnaire en usage chez les véritables deâcendans des géans de 1789.
Cependant il pitfhit que les chefs de l'expédition, ceux de mer aussi bien que ceux de terre, devaient avoir des instructions particulière» dont il n'a jamais été parlé, car autrement nous ne saumons comment expliquer Tappui matériel qu'ils ont donné, en plusieurs circonstances^ aux adversaires de M. Juarez. Nous ne parlons pas des pronunciamentos ridicules opérés à Yéracruz et à Orizaba, en présence et nous pourrions presque dire avec le consentement des chefs de l'expédition, ni des actes arbitraires dont ils ont été suivis contre ceux qui n'ont pas vonhi y prendre part; ces événemens ont dé}à été ju-
gés en Europe pour ce qu'ils Yaleat et nous cnxjotiB inutile de noo^ en occuper. Nous ne parlons pas non plus du aecoursdiOKné à lln^ Ame Marquess, pour le sauver d'une ruine c(»3aplète au moments de sa réunion à la division française : M. de Launeaoea» dans son rapport publié par les journaux de PâriS) a reôonnu lui-même, que sans l'arrivée du 99^ de ligne, les défenseurs du gouvernement en terminaient avec oe misérable assassin; mais M. Bilkad. qui s'est étendu avec timt de plaisir sur la nécessité de renverser l'adminîstration actuelle, aurait bien dû s'expliquer également sur la mission confiée à MM. Hocquart et Boyer, pour opérer ooâtre l'ile da Çar^ men et l'Etat de Tâbasco.
A Campéclie, d'abord, après l'échange des communications indispenr sables entre le commandant de VEdair^ M. Boyer, et les autorités constitutionnelles de l'Etat qui refusaientleur adhésion au pronunciamento de Yéracruz, quelques coups de canon avaient été échangés de part et d'autre entre la canonnière française et le petit fort de San Luis, situé sur la côte de Lerma, sans avoir amené aucun résultat important. Mais quelques jours plus tard, ^occupation de la plus grande partie du district dissident, du Carmen par les forces de Gampêche^ attira sur cet Etat la colère de M. Hocquart commandant d'une autre canonnière française, nommée La Chrenade. M. Hocquart commença par s'emparer de tous les petits bâtimens qui chargeaient du sel au port de Celestino, et se rendit ensuite ft Sisal d'où il adressa au commandant militaire de Gampêche, une sommation, passablement cavalière, pour qu'il eût à reconnaître le gouvernement d'AImonté. Mais le commandant militaire de Gampêche répondit par un refus, et la Grenade s'étant alors embossée devant la ville^ l'inonda pendant trois jours d'une pluie de projectiles, aupointy dit tm journal de la localité^l Espiritu Publiée, qu^au départ de ce bâtimeni, il y avait parmi leshabiUmSy étrangers et nationaus, plus de morts que de vivans.
Puis ce fut le tour de Tabasco. Les quelques traîtres qui s'étaient prononcés dans l'ile du Carmen pour Alçionté et l'intervention, avaient invité M. le gouverneur de l'Etat de Tabasco à seconder leur' mouvement, et l'avaient menacé, en cas de refus, du blocus des côtes de l'Etat par l'escadre française ^ ; mais le gouverneur repoussa ces
.1 << SI PAT m^heurt bii écâvaient les traîtres, Y. £. pensait autremeat qoe les
liYBQces avec indignatidn et méprisa les menaces des insurgés. Alors le commandant de VÉelair, M. Royer, crut devoir appuyer lui-même là sommation -des réactionnaires et adressa la note suiytuite au gouyemeur de Tabasco.
*»' Laguna de Terminas, à bord de PEclaîr,
Iônfail862.
" Monsieur le gouverneur.
'' Un mouvement national à la tête du quel se trouve placé M. le général Almonté connu par son patriotisme, a éclaté a Yéracruz et dans beaucoup d'autres villes du Mexique : ce mouvement a pour but d'organiser le gouvernement sur des bases solides, qui puissent à l'avenir préserver le pays de la guerre civile et donner toute sorte de de sécurités tant aux nationaux qu'aux étrangers.
Im France qui protège cette manifestation nationale^ est bien déterminée à sévir contre tous ceux qui^ méconnaissant leurs droits de citoyens, voudraient mettre obstacle à cette œuvre d?ordre et de liberté.
" En conséquence, je compte sur votre patriotisme éclairé pour que dans le plus bref délai possible vous me fassiez^ savoir ^ que la population que vous administrez adhire au gouvernement de M. le général Almonté.
^ Recevez M. le gouverneur, l'assurance de ma considération très distinguée.
^ Signé, BoTBR.
^' A Monsieur le gouverneur de l'Etat de Tabasco," .
M. le gouverneur Duefîas, répondit négativement à cette nouvelle sommation, et nous devons ajouter que, malgré ce refus, jusqu'aux
M soussignés, nous avons le regret de loi annoncer qne Tescadre française procé- << dèraitaa blocus de l'£tat, et les embarcations^qui soitiraîeni de ses ports seraient << dès Ion considérées comme prises de guerre
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