‹ Le Mexique et l'intervention européenneChapitre 51 sur 59 · LE CITOYEN BENITO JVAREZ, PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

LE CITOYEN BENITO JVAREZ, PRÉSIDENT

Constitutionnel de la République^ à la Nation :

Concitoyens :

An moment où le gonvernement de la République, fidèle aux obligations qa^l avait contractées, préparait le départ de ses commissaires pour la ville d'Orizaba, afin d'ouvrir, avec les représentans des puissances alliées, les négociations convenues dans les préliminaires de la Soledad, un incident aussi imprévu qu'inusité est venu éloigner la probabilité du règlement satisfaisant des questions pendantes, auquel le gouvernement travaillait avec ardeur, dans l'espoir de voir triompher la raison, la vérité et la justice^ car il était disposé à accéder, à toute demande fondée en droit»

Par les documens que j'ai fait publier, vous verrez que les plénipotentiaires de la Grande Bretagne, de la France et de l'Espagno ont déclaré que, n'ayant pu se mettre d'accord sur l'interprétation qu'ils devaient donner à la Convention de Londres, du 31 octobre, ils considèrent cette Convention comme rompue, afin d'agir séparément et d'une manière indépendante.

Vous verrez également que les plénipotentiaires de l'empereur des français, manquant d'une façon inouie au pacte solennel dans lequel ils ont reconnu la légitimité du gouvernement constitutionnel et ils se Sont obligés à traiter seulement avec lui, prétendent qu'on écoute un enfant dénaturé du Mexique, soumis au jugement des tribunaux pour ses crimes contre la patrie; qu'ils révoquent en doute les faits quils ont reconnus solennellement il y a peu de jours, et qu'ils brisent^ non seulement la Convention de Londres, mais encore les préliminaires do la Soledad, en violant leurs engagcmens avec le Mexique aussi bien que ceux qui les liaient à l'Angleterre et à l'Espagne.

Le gouyernement du Mexique, a la conscience de sa légitimité; par* ceque cette légitimité dérive de l'élection libre et spontanée du peuple qui soutient les institutions que la RépulHique s'est données et a défendues avec constance : le gouvernement se trouve investi de facultés universelles par la représentation nationale, et il considère, comme le premier de ses devoirs, le maintien de l'indépendance et de la souve* raineté de la nation, qu'il croirait outragée, s'il s'abaissait jusqu'à descendre dans la discussion de points qui impliquât la souveraineté et l'indépendance mêmes, conquises an prix d'efforts aussi h^oiques.

Le gouvernement de la République, disposé, comme il l'est encore, je le déclare solennellement, à épuiser tous les moyens honorables de conciliation pour arriver à un arrangement, ne peut cependant ni ne doit, en vue de la déclaration des plénipotentiaires français, fûre autre chose que repousser la force par la &rce et défendre la nation de l'agression injuste dont on la menace. La responsabilité de tous les désastres retombera sur ceux-là seuls qui, sans motif nd prétexte^ ont violé la foi des conventions internationales.

Le gouvernement de la République, Sé rappelant encore quel est le siècle où nous vivons, quels sont ks principes (j[ue Soutiennent les peuples civilisés, quel est le respect que lk)n professe pour les nationalités, se plaît à espérer que s'il reste un sentiment de justice dans les conseils de l'empereur des français, ce souverain, qui a agi sur de lîtauvaises informations quant à la situation du Mexique, réprouvera qu'on abandonne la voie des négociations, dans la quelle étaient entrés ses plénipotentiaires, et l'agression que ces derniers projettent contre un peuple aussi libre, aussi souverain, aussi indépendant que les peuples les plus puissans de la terre. Une fois les hostilités rampues, tous les étrangers pacifiques résidant dans le paya resteront sous l'égide et la protection dès lois et le gouvernement invite les mexicains à leur donner, à tous, et aux français mêmes^ l'hospitalité et les considérations qu'ils ont toujours trouvées au Mexique, dans l'assurance que l'autorité agira avec énet*gie contre ceux qui répondront à ces considérations avec déloyauté, en aidant l'envahisseur. L'armée et les autorités de la République observeront, danâ la guerre, les règles du droit des genfa.

Quant ft la OranJe Bretagne et h l'Espagne, placées aujourd'hui dans une situation que leur gouvernement n'ont pu prévoir, le Me*

z»|ne est disposé à remplir ses eagagemens aussitôt que les dreonstances le permettront, c'est-à-dire à régler, au moyen de négociations) les réclamations pendantes, à satisfaire celles qui sont fondées en justice et à donner des garanties suffisantes pour l'avenir.

Mais, en atteni^nt, le gouvernement de la République remplira le devoir de défendre l'indépendanoCj de repousser l'agression étrangère, et accepte la lutte à laquelle il est provoqué, comptant sur l'effort unanime des mexicains et sur ce que, tôt ou tard, triomphera la cause du l>on droit et de la justice.

Mexicains! —Le magistrat suprême de la nation, librement élu par vos suffrages, vous invite à seconder ses efforts dans la défense de l'indépendance ; il compte, pour cela, sur toutes vos ressources, sur tout votre sang, et il est sûr qu'en suivant les conseils du patriotis*. me, nous pourrons consolider l'œuvre de nos pères.

J'espère que vous préférerez toute espèce d'infortunes et de désastres à la honte et à l'opprobre de perdre l'indépendance ou de consentir à ce que des étrangers viennent vous enlever vos institutions et intervenir dans votre régime intérieur.

Ayons foi dans la justice de notre cause; ayons foi dans nos propres efforts, et, unis, nous sauverons l'indépendance du Mexique, en faisant triompher, non seulement notre patrie, mais encore les principes de respect et d'inviolabilité de la souveraineté des nations.

Mexico, 12 avril 1862.

BfiNrro JuAREz."

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