ASSASSINATS DE TACUBAYA
Dans un brochure intitulée: Des suites de la contre-révolution de 1660 en Angleterre, M. Benjamin Constant a décri les tristes conséquences des réactions politiques en ce pays.
Après avrâr raconté les engagemens violés, les amnisties enfreintes, les protestations foulées aux pieds par Charles II et Jacques II,
tk, Ie0 pecfécutieKLi dirigées Aoixitt ie» afioiens étfemeun .4e la R6« imîblique «nglsise^ B. .Oonst^iLt r«kppeUe ke moyen» >oé^wc 4i l'.âuUi des qadb «n «rVfiit, au nom du roi, argmdflé l'eapùnuMige at la délation pour £^pp«r f^iui •trenent .Q|&iix qû ne profttMknt .pas kt opûiioiui
lies vingt premières années du règne de Charles II, dit-il, présentent quinze prétendus complots, sous des dénoi^^l^çAS .¥^é^9, et dans chacune de ces proe^dures, on voit figurer les mêmes espio;QS, les mêmes dénonciateurs, les mêmes témoins. Ces témoins, la plupart condamnés précédemment rour rois, pour actes de faux, pour lés .d^lit^ les plus infâmes, étaient logés dans le palais de Wite-Hall, entourée de gardes et comblés de pensions et de bienfaits. Pour captiver la confiance de juges bien dignes d'eux, ils rétractaient chaque fois leurs dépositions précédentes, et se déclaraient, par un serment nouveair, coupables de parjure, dans les sermens antérieurs qu'ils avaient .prêtés.— ^Ainsi pf^rirent dans les supplices une jnfini^ê 4e catholiques et surtout de protestans, dont l'unique crime était d^avQJr.aptrcfpis serr vi dans l'armée républicaine.
.SQii9.<][)i<^ues II, 4e]i;( .mpii^trQs, Jeferies et {i^pk, p&ri^ippirent l'Ai^igleteirre; et toujoi^s ^vres ou ft^riçux, il8.i^^rept,pijrt^ut4e^ supplices à, l?..4ériQip9*-T- C'était jft^ ^jfi de la musique ^Jifils,j^aie&tp6* 1^ à la foi^.plu§i^)ir&. centaines |le œnd9mQé^.---,Lip90^ et :Çmjff^ blés furent livrés ^ii^ soldat^,— ]> pays entier fut couvert de \&^. ^i de membres déchirés; et chaque village put contempler à l'aise le cadavre supplicié de quelques uns de ses habitants. — Un femme, connue par sa bienfaisance, avait donné asile à un fugitif; le malheureux la dénonça, et elleJ^fbcvlé&vvfe.r^Une;i(iiir&.d0 ans, dont
le fils servait dans l'armée du roi, fut accusée du même crime. Trois fois les jurés la trouvèrent innocente; trois fois Jefieries la renvoya avec l'ordre de la déclarer coupable. — A la fin, ces instrumens à jai9»ift:iB^p)M9tQé4^i?6pt^ ]^ ti^^r, et Jai^iaefi II, p(»)r ^'e^vif^r de n'^oir , pas fait gfâçe à oetfie kf^rtaij^e,rfliit|qtBAl.i^^t.pi?9piis. Jcf-' feries de ne soustraire à la mort aucun de çepx qjOîllf^u;^ oopdaiimÎA.
C'ast ainm, qu'après la s^CAiàde r^tauration, .wjiB ^yons eu en I^we, U$ AMaffii^iteilii J^di, kp opjo^a {«6v#ta}ctS| r ejp ^jtttipn du
maréchal Ney^ de Labédoyère et de Mouton Duvernet; l'esrpulsioh des eonyentionnels, les conspirations fomentées et suivies d'exécutions capitales; et que, même après 1880, nous avons entendu M. Pasquier, président de )a chan^bre des Pairs, proclamer au nom de cette assemblée la solidarité du sang versé par elle à cette époque néfaste.
Eh bien! toutes ces horreurs devaient encore être dépassées par l'infamie des assassinats de Tacubaya.'
Dans les événements qui s'étaient en effet passés en Angleterre, sous les règnes de Charles II et de Jacques II, et en France sous celui de Louis XYIII, les passions réactionnaires étaient exaltées par le souvenir .des souffrances qu'avaient endurées les partisans des Stuarts et des Bourbons, à la suite des révolutions qui lés avaient obligés à fuir leur pays pour se réfugier sur la terre étrangère; et comme ils n'avaient rien appris, ni les uns ni les autres, durant leur longue émigration, ils ne virent dans les vengeances qui souillèrent leur retouf^ que les justes représailles des maux qu'ils avaient endurés depuis le commencement de la Révolution.
Ici, rien de pareil n'était arrivé. La Révolution d'Ayutla, pacifique s'il en fût, n'avait causé de préjudice à personne. Loin d'avoir à s'en plaindre, le clergé aurait dû s'incliner devant la modération dont le gouvernement fit preuve à son égard; puisque, tout en proclamant " qu'un des plus grands obstacles qui s'opposassent à la prospérité '^ et k Fagrandissement de la nation, provenait du défaut de mouve- " ment ou de libre circulation d'une grande partie de la propriété fon- " cière, base fondamentale de la fortune publique" ' ,' la loi du 25 juin 1856, cependant, cette loi contre laquelle les prêtres eHes moines ont tant crié et qu'ils ont eu hâte de faire rapporter six jours après l'occupation de la capitale par les troupes dont la trahison avait été payée avec l'argent qui en provenait; cette loi, disons-nous, laissait au clergé la nue propriété de toutes ses richesses, et se contentait d'adjuger les biens ecclésiastiques à ceux qui les occupaient en qualité de locataires, au moment de la publication de la loi, à la chat'ge par eux d'en rembourser la valeur au propriétaire, c'est-à-dire au clergé, en
1 Fréambole de la loi du 25 juin.
prenant ponr base cPestimation le loyer qaHh servaient, et en considérant le dit loyer oomme s'il eut été le résultat d'un intérêt provenant d'nne somme plaeée à 6 p§ par an. ^
L'armée, non phis, n'avait point i se pliAndre, ear en roulant Pas-
sajettir au droit commun, le gouvemement ne ♦eulait que mettre un tonne aux abus résultant de sa juridiction particulière; et nous ne comprendrions pas que la France, si fière des principes proclamas chez elle en 1789, trouvât mauvais que le Mexique tentât d'imiter la conduite dont elle fiât aveQ raison son principal titre de gloire aux yeux du monde civilisé»
C^ hif cependant, au sein de l'armée et du clergé, que se formèrent ces pratestati(Mà8 qui devaient se traduire, le 17 décembre 1857, em coup d'Stat; et l'irritation cnnssant chaque jour avec les difficultés que rencontrait bt oontre-Eérolution, finit par aboutir à l'un des plua snxi^ crimes dont les annales de la réaction auront à roug^ devant la postérité; nous voulcma parler des assassinats As Tacubaya!
Nous avons expliqué comment M. Mirtfmon, après le tour de passe passe qui lui avait valu la présidence occupée avant lui par Zuloaga, était parti pour sa première campagne contre Yéracraz. A la même époque; M. Dégollado, général en chef de l'armée constitutionnelle, à la tête de 4 à 5,000 hommes, tout au plus, dont encore la moitié à peine étaient armés, fit un mouvement contre la ville de Mexico, dans le but d'empêcher les autorités de cette ville d'envoyer des renforts au corps expéditionnaire, et vint camper à Tacubaya, village* situé à 4 kilomètres environ de la capitale.
L'alarme fîit grande dans cette dernière ville. Le général Antonio Gorona, chargé du commandement en l'absence de Miramon, convoqua le ban et l'arrière ban des défenseurs des Garanties ; et bientôt on vit entrer dans la capitale tout ce que la réaction possédait de fidèles, depuis les Pandours de Mejia, jusqu'aux Routiers commandés par le général Leonardo Marquez.
Celui-ci arriva le 8 avril 185^. .Deux jours après, c'est-à-dire le 10,
l Article 1er de la loi précitée.
fl sortit à la tête de 4 i 5,000 bommes enTiron, et de 40 pièces d'artillerie pour aller faire le siège dn village où s'étaient établis les dé fensears de' la constitution, et fut repoussé dans un assaut q«'il donna ]e même jour, entre 4 et 5 beores de l'après-midL
Le lendemain, ik fut encore repoussé par deux fois, et ce ne fut qu'à la troisième attaque qu'il parvint k se rendre maître de la ligne de fortifications élevées k la bâte par ses adversaires.*-^!! était alors environ 11 beures du matin.
A la même heure, Mr. Miramon entrait au palais accompagné seulement de ses aides de camp. Il avait été obligé d'abandonner le siège de Véracruz avant même de l'avoir sérieusement commencé, et il arrivait d'autant plus furieux de sa déconvenue, que comptant sur la trahison pour lui ouvrir les portes de cette place, il n'avait fiût aucun préparatif pour s'en emparer.
Il monta à cheval à midi pour se rendre de sa personne sur le lieu de l'action. Il fit prudemment un circuit, de 4 lieues au moins, pour ne pas se rencontrer face à face avec les restes de l'armée constitutionnelle, et opéra sa jonction avec le général Marquez vers les trois beures de l'après-midi.
Maintenant, que se passa*'t-il entre ces deux hommes si bien faits pour s'entendre? — Nous l'ignorons.— Nous savons seulement qu'après avoir saccagé ce vUlage, les prétendus défenseurs des Garanties, encore dégoûtants de sang, se portèrent sur l'hôpital où l'on avait déposé pêle-mêle, sans distinction d'amis et d'ennemis, les blessés de la veille et des jours précédents. Là se trouvaient réunis sept médecins, sept hommes de cœur et d'avenir, que leurs devoirs tenaient enchainés aux lits des mourants. Alarquez les en fit arracher, et le soir, ils furent impitoyablement passés par les armes, en* compagnie de plusieurs officiers blessés, que le hasard de la bataille avfit livrés aux réactionnaires dans la même journée.
Ces assassinats furent commis aux portes même de la capitale de la République ; sous les yeux du clergé, des Ministres de France et d'Angleterre et du parti qui réclame à lui seul le privilège de la modération ; sans que le clergé dont les intérêts seuls entretenaient, la
guerre civile qui ensanglantait la Bëpublique depuis plus de quinze ' mois ; sans que les Ministres européens qui prétendaient représenter à Mexico les avantages de là civilisation ; sans qxié les hommes qui parlent à chaque instant de la modération de leurs principes, intervinssent au nom de la religion qui interdit la vengeance et encore plus l'assassinat; au nom de la civilisation qui pi;pteste contre ces &çons de bestiaires ; au nom de la véritable modération qui nous prescrit de nous respecter dans la personne des autres, et fait de notre ennemi vaincu un personnage sacré pour nous, l'hôte au quel nous ne pouvons refuser l'entrée de notre foyer domestique.
Il furent exécutés à sang froid, sans même avoir pour excuse l'exaltation de la bataille, sur des hommes blessés ou désarmés, et par conséquent sans défense ; et ce qui pis est, sur des médecins que la sainteté de leur ministère tenait enthainés, ainsi que nous le disions plus haut, aux pieds du lit des mourants, et qui furent arrachés de^ce sanctuaire de la douleur, pour être sommairement fusillés.
Ils furent exécutés pendant la nuit, à la lueur tremblante d'une lanterne, comme si les assassins eussent craiht que, pendant le jour, le soleil ne se voilât, pour ne pas assister, spectateur hnpassible, à la perpétration d'un crime aussi horrible.
Enfin, ils furent exécutés par le général Leonardo Marquez, conformément aux. ordres qu'il en avait reçus de Mr. Miramon, ainsi que cela résulte des pièces suivantes publiées, par ordre du gouvernement, le 11 avril de l'année dernière.
" Ministère de la Justice et de l'Instruction Publique.
'^ Je soussigné, Bamon I. Alcaraz. secrétaire général du Ministère " de la Justice et de l'Instruction Publique, certifie, qu'il existe dans " les archives du sus dit Ministère, un document original qui y a été " déposé par le juge de la ?• chambre criminelle, chargé de faire une ** enquête sur les assassinats de Tacubaya, et que le sus dit document, " écrit tout entier de la main de Mr. Miguel Miramon, sur une feuil- " le de petit papier portant le chiffre de Madame Conception Lom- " bardo de Miramon^ est conçu ainsi qu'il suit :
" Général en chef de Parmée nationale.
'^ Excellence.
'' Ce soir même, et sons la plus stricte responsabilité de Y. E. vous'
^ ferez passer parties armes tous les prisonniers appartenant à la
" elasse des officiers subalternes et supérieurs, et vous m'adresserez
^ un état iniHquant le nombre de tous ceux qui auront éprouvé ce sort.
" Dieu et loi. — Mexico, le 11 avril 1859.
• " Signé.— MiRAMON
'< Et plus bas :
^ A S. E. le général de division commandant en chef de l'armée, d'opérations, D. Leonardo Marquez; • • • • Tacubaya."
, ^ Certifié conforme à l'origÎBal.
" Mexico, le 11 avril 1861.
Signé. Bamon L Alcaraz* ^
Nous n'exaspérons pas ici le quel des deux, de Marquez ou de Miramon est le plus coupable; ni si les infortunés médecins étaient com-
1 Voici le texte espagnol de ces deux documenU.
M Ministerio de Justicia 6 Instruccion pûblica.
^ Ramon I. Alcaraz, oficial mayor del Ministerio de Justicia é Instroceion pûblica, — Certifico: qne en este ministerio existe un documento original, entregado por el jiiez 7? de lo crimtnal, encargado de la caasaqae se esti formando en averiguacîon de los asesinatos de Tacubaya, eserito todo de pafio y letra de D. Miguel Mi« lamon, en an pliego de papel fino chicô con el timbre de Cancej^tion Lombarde dé Mbroman^ y que à la letra dice :
^ General en gefe del ejército nacional.
<( Exroo. Sr.
^ £n la misma tarde de boy y bajo la mas estrecha responsabilidad de Y. £• mandarà sean pasados por las armas todos los prisioneros de la c)ase de oûciales y gefes, dàndome parte del numéro de los que les haya cabido esta suerte.
(• DioB y ley. Mexico, Abril 11 de 1859.
^ Signé : MnuMoii.
^ £s copia exacte de su original. •
«Mëixie^ Abril 11 de 1861.
Signé. Ramok I. ÀLCAaAZ."
pris dans l'ordre de mort adressé le 11 avril 1859 par Miramon à Marquez, ou si celui-ci a outrepassé cet ordre en les faisant fusiller. Ce sont là des questions secondaires qui, devant une cour d'assises, prêteraient peut-être matière à un avocat pour invoquer, en faveur de son indigne client, le bénéfice des circonstances atténuantes; mais de* vant la conscience indignée elles ne changent rien à la nature du crime commis par leur ordres. Tout deux, Miramon aussi bies que Marquez, celui-ci aussi bien que celui-là, doivent compte à l'humanité du sang versé dans cette horrible nuit; le premier pour avoir exécuté les assassinats; le second pour l^s avoir coioamandés: ou, s'ils furent commis sans son ordre, ce qui nous parait fort douteux, pour ne pas avoir fait immédiatement arrêter l'assassin, au lieu de présider au triomphe qui lui fut décerné le lendemain, au moment de son entrée dans la capitale. Passons donc et voyons l'effet que produisit sur le gouvernement anglais la nouvelle de ces inf&mes boucheries.
Non seulement les Ministres de France et d'Angleterre ne firent rien pour s'opposer aux assassinats dont nous venons de parler; non seulement ils ne firent aucune protestation quand ils en furent instruits, mais même ils ne daignèrent pas en parler dams leur correspondance avec leurs gouvemeibents; et si le cabinet de saint James en fut informé, ce fut uniquement parceque, au nombre des victimes, il y avait un médecin, d'origine anglaise, le docteur John Seferino Duval.
Mais si les Ministres de France et d'Angleterre s^étaient entendus pour garder le silence en cette circonstance, l'administration réactionnaire comprenait trop combien elle avait outrepassé les limites de ce qui pouvait fti être permis, pour ne pee devancer les justes repro-' ches qu'on était en droit de lui adresser; aussi, dès le 80 juin, elle aavait ordonné à son agent à Londres, Mr. Th. Murphy, de déposer entre les mains du Ministère, une plainte' contre la conduite tenue, pendant le siège, par MM. G. Mathews et Frédéric Glennîe, le premier secrétaire de la légation, et le second consul du gouvernement anglais à Mexico.
Mr. Murphy demanda donc une entrevue à Mr. Seymour Fitz-Geraid, et celui-ci, loin d'écouter ses doléances, lui déclara au contraire avec toute l'indignation d'un honnête hommO; ce que le gouvernement
anglûfl p^ait des assassinats oommis le 11 ayril à Tacnbaya, et lui signifia) ainsi que nos lectenrs pourront s'en assurer par la dépêche suivante, que le gouyemement de Mexico aurait à payer une indem* nité i la veuve de Duval, faute de quoi le gouvernement anglais reconnaîtrait le gouvernement constitutionnel.
Voici cette* dépAche:
'^gation Mexicaine près de S. M. B/
N.* 16. Londres 29 Juin 185Ô.
Réservée.
Très-importante.
' Szoellence.
"J'ai eu une conférence avec M. Sejmour Fitz-Gerald, sur le contenu de la lettre très-réservée de Y. E. num. 7, en date du 30 ^vril dernier, relativement à la conduite de M. G-. Matbews, secrétaire de la légation Britannique à Mexico, et à celle du consul anglais, Mr. Frédéric Glennie, pendant l'occupation de Tacubaya et des environs de la capitale par les forces de M. DégoUado.
"M. Seymour Fitz-Gerald m'a répondu qu'il était peu opportun de ma part de fabre des plaintes au gouvernement de S. M. quand il a* yait entre les mains une représentation écrite par, un négociant de Mexico (il n'a pas voulu me dire son nom), conceraftit M. John Du" val, sujet de S. M. B., qui, en compagnie de plusieurs autres étrangers et nationaux, aurait été assassiné de la manière lapltis cruelkj la plus inhumaine et la plus htmteuse, par ardre des autorités de Mexico; uniquement parce qtûen les avait trouvés pansant les blessés de Tacubaya, comme (tétait leur devoir en qualité de chtrurgiens.^Ii a ajouté que jamais le gouvernement de S. M. n^avaii eu connaissance df actes aussi barbares^ aussi indignes d^nn peuple qui a la prétention de passer pour civilisé et qui méritent Vexécraiion de Vunivers entier; et il a terminé en disant que le gouvernement de S. M. était résolu à exiger une grande réparation, une forte
indemnité qui devra immédiatement être payée à la veuve de Duval, car dans le cas contraire, il reconnaîtrait immédiatement le gonvernem,eni constitutionnel
"Signé: Th. Murpmy.
•*A S. E. le Ministre des Relations Extérieures à Mexico."
Cette conversation dut, en effet, être suivie d'ordres pér^mptoires, car à la date du 4 août suivant, c'est-à-dire, trois ou quatre jours après l'arrivée du'courrier qui apportait cette dépêche de Mr. Murphy; Mr. Otway, faisant trêve pour un instant à sa nonchalance habituelle, nous tenons à rester poli, adressait lui-même, à Mr. Munoz Ledo, une note dans laquelle, à travers" les circonlocutions en usage dans les documents diplomatiques, on voyait poindre, enfin, quelques dbutes, sur la légitimité du gouvernement imposé par le coup d'Etat.
Légation de S, M, Britannique.
" Mexico 4 août 1859.
" En conséquence d^s instructions qu'il vient de recevoir de son gouvernement, le soussigné, M. P. de S. M. B. a l'honneur d'adresser à S. E. D. Octaviano Muôoz Ledo, Ministre des Relations Extérieures de Mexico, la note suivante relative à un événement d'un telle, importance, que tes instructions sont à cet égard des plus claires et des plus précises.
" En conséquence, le soussigné croit devoir déclarer à S. E. que cette note n^est pas seulement une opinioîi personnelle émanant de luiy mais que chacune des paroles qui y sont contenues, a tout le poids et Timportance que lui donne Vinterprétation exacte des désirs et des intentions du gouvernement Britannique.
'' CeluiHsi a appris par divers conduits aussi sûrs que véridiques, ks détails de l'exécution qui a eu lieu à Tacubaya, à la suite d'un
' triomphe obtenu par les troupes du gouyemement, au mois d'avril dernier, sur les forces constitutionnelles, et il a pensé que le soussigné, en sa qualité de Ministre Britannique ne pouvait hésiter à adresser une protestation énergique d'indignation contre elle. On lui ordonne donc de la faire spécialement sur l'exécution de M. Duval.
" Gest à cette occasion que le soussigné se dirige en ce moment au gouvernement suprême, attendu qu'il a des preuves abondantes que ce malheureux fut assassiné au moment où il exerçait sa profession de médecin; et que bien qu'accidentellement il fut citoyen des Etats- Unis, il était réellement né aqglais, et n^avait jamais renoncé, ni par ses paroles, ni par ses actes à la protection de son pays.
" En conséquence, on ordonne au soussigné d'exiger du gouverne* ment mexicain l'unique satisfaction qu'il est en son pouvoir de donner, c'est-à-dire, une somme d'argent pour le soutien de la veuve de M. Duval.
5,000 livres sterling, ou 25,000 piastres, ne pourront à la vérité consoler madame veuve Duval, mais elles pourront alléger la misère à la quelle elle est réduite par suite.de la mort malheureuse de son mari; et le soussigné a l'honneur de demander pour elle cette somme au gouvernement suprême, en ajoutant que si elle ne se paye pas immédiatement, il devra probablement fermer sa lêgaiimu
^ Le gouvernement de S. M. a d'abord hésité à donner ce pas décisif attendu qu'il est très-difficile de juger d'après ^s règles ordinaires des majorités, aussi bien que par la position territoriale, le quel des deux partis que se disputent l'empire, possède les meilleurs titres pour être reconnu en qualité de gouoemement de fait de la Bépublique; il a ensuite douté qu'il ait bien fait de donher une pré-» férence non interrompue à celui dont S. E. M. Muôoz Ledo est l'organe; et dans les circonstances présentes, il aurait une véritable répugnance à partager V espèce de respoîisabilité qui lui échoterait indirectement en continuant à entretenir des relations amicales avec un parti qui, nofi seulement, est capable au moment du triomphe
exactions telles ^que Pexécution de M Duval, mais qui, après le
triomphe^ refuserait de réparer les maux causés par sa fureur ^ ainsi que P exigent Vhmmeur et la justice.
^ Le soussigné &,c.
Signé, C. OTWAf f
^ A S. E. D. Octayiano Mnîioz Ledo, Ministre des Relations extërieures. — ^Mexico.''
Ainsi le gouvernement Anglais* éclairé, quoique un peu tard, par les assassinats de Tacubaya, sur la moralité des héros du coup d'Etat, en était déjà arrivé aux regrets, et se considérait responsable^ jusqu'à un certain point, des conséquences de ces atrocités, dans le cas où le parà qui les avait commises refusant de réparer, autant que cela dépendait de lui, les maux causés par la fureur des siens, il continuerait à entretenir avec ce parti des relations amicales. Ce fait parlé assez haut pour se passer de tout commentaire: nous nous con^ tentons de le soumettre purement et simplement au gouvernement français, et nous le laissons libre de juger par lui-même de ce que Ton eut pensé à Londres, en voyant un général anglais recevoir nn des assassins de Tacubaya, Marquez, dans son camp, et en faire un des soutiens de la cause qu'il serait venu protéger en ce pays.
Quant au gouvernement dont il s'agit, il était alors trompé par son Ministre, M. Otway, puisque cet agent n'avait pas même daigné l'instruire des horribles boucheries du 11 avril, et qu'il ne fut informé des circonstances qui avaient accompagné l'assassinat de M. Duval, que par une correspftidance étrangère à la légation (voir la dépêche dé M. Murphy). La réclamation de son Ministre eut le sort que devait avoir une pièce écrite par un homme qui temporisait pour le moins, s'il ne lui était entièrement acquis, avec le parti contre lequel il réclamait: On éluda sa demande sous prétexte que M. Duval n'était pas anglais mais américain, ce qui était matériellement faux puisque, sur une demande du gouverneur de Goahuila et Nuevo Leon^ datée du 26 avril 1857; la quelle demande contenait fc la fois l'énoncé de son nom et de sa nationalité anglaise; on lui avait délivré à Mexico, le 14 mai suivant, une carte de sûreté, inscrite au fo. l25 du registre des dites cartes, et portant le numéro 6,642. Puis M. Otivay faiblit, le gou-
vemement anglais fit comme lui, et ce ne fat qu'en 1861, sous le ministère de M. Zaroo, que se termina cette affaire, au moyen d'une gratification de 25,000 piastres donnée k Madame veuve Duval.