TREIZIEME ET DERNIÈRE LETTRE
SOMMAIRE
Une lettre d*Éurope. — la Police, et monseigneur Pacca, ex-gouverneur de Rome. — Départ de Tlascala. — Le chemin de Cortès. — Accident tragi-comique": avis aux voyageurs de ces contrées. — Le Congrès, les autorités et les babitans de Puebla. — Le Colonel Àrrago, et des lettres pour l'Europe. — Nouvelle et plus sûre manière de voyager. — Le chemin de Puebla à Vera-Cruz. — Le Passage du Pînal. — Mariage d'un Curé, ou plutôt, en quoi consiste le mariage, selon ce Curé. — Dialogue entre le Curé et l'auteur, sur la question du célibat ecclésiastique : les Saints-Pères; les Conciles et les Papes; le célibat chez les Anciens; les Prêtres de Cybèle eunuques; Grégoire VII. — Le chemin, suivi par Cortès, de Xalapa à Tlascala. — Le mont Pizarro. — Vue et illusion d'optique des plus curieuses.— Perspective imposante du grand volcan d'Orisabu et dn grand Coffre de Pérote. — Pérote, autrefois Xocotla , le siège du grand Prince OtinteU ; forteresse de Pérote. — Élévation prodigieuse des plus hautes terres de Tantamanga, comparée à celle des hautes terres de VAnahuac. — Passage soudain d'un climat à l'autre, sous la même latitude. — Changement dans la configuration de la terre. — Bierveilles de la Nature. — Tableaux enchanteurs. — Torrens de lave. — Volcan inconnu, d'explosion récente. — Vue lointaine d'une grande cascade. —Chemin embaumé qui conduit è Xalapa. — Aventure : les journaux du pays ;
un procès; l'auteur, un Bustamente, le Jury , le Couvres et le GouTerneur. — Un Moine et un testament de \wt.
L'auteur, de criminel devenu législateur. — La vilk k
Xalapa et ses habitons : ses productions. — Le cheinio d<* Xalapa à Vera-Crui. — ElPuente del Rey. — Les Thermopjles de cette partie du Mexique ,' autrefois Ceompoatla. — Vera-Cruz : où elle était jadis , où elle est maintenant; l'une bâtie par Cortès , l'autre par Monte-Rej. — La forteresse d'Ulua et Vera-Cru*. — Hostilités, bombardement, etc. — La fièvre jaune. — Les Anglais , les Anglo- Américains, les Amis des libertés des peuples. — \2 auteur et la forteresse d'Ulua. — L'auteur, son cheval, un yoleur, l'Alcade, et le Général Rincon. — Grand aqueduc. — ITe des Sacrifices, son étymologie, sa garnison, etc. — La rivière Xamova. — Contrastes frappans. — Excursion solitaire de quarante milles sur les bords de la mer. — Alvarado : c qu'il était, ce qu'il est; causes de sa prospérité. — L'auteur, ses caisses de minéraux, et le Commandant de h place, le même qu'à Tampico. — Ce Commandant et le Général San-Ana dans le Yucatan : Biographie. — Projet d'un grand canal à travers divers isthmes ; aperças historiques de ces projets. — L'Isthme de Guasacuafco. — Les Étrangers à Alvarado. — Guerre de concurrence. — Les Français, les Anglais et les An glo- Américains. — Les Indes- Orientales et les Amériques pour les Anglais. — Le Mexique et *es destinées futures. — Trois grands élémens de sinistre prélude , qui le menacent encore : opinion de l'auteur. — Deux grands témoignages qui justifient les observations de l'auteur sur les Espagnols. — Ses adieux aux Mexicains.
Alvarado, i4 niai i8s5.
Je suis arrivé , je crois , au moment de baisser la toile sur mon pèlerinage dans le Mexique , et Feu-
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Iroit où il finit m'est plus propice que celui où il a omuiencé , car j'y trouve une de vos lettres , celle tu 9 avril de l'année passée. J'avais tout disposé iour qu'elle n'eût pas à m'échapper, tant votre correspondance m'est précieuse! c'est elle qui anime e peu de recherches et de réflexions que je vous offre sur le pays que je parcours ; sans le plaisir de vous écrire et de vos réponses , j'aurais abandonné I l'apathie ce que je donne à ma plume.
Vous vous étonnez , Comtesse , que le Gouvernement sache avant vous le contenu de mes Lettres ! Avez-vous oublié qu'on avait fait des espions jusque de mes Pénates? Que mon cuisinier était obligé de dire au confesseur, et le confesseur à la police» quand je mangeais gras ou maigre, comment je me nourrissais les jours de jeûne prescrits par l'Église , etc. , etc. — Et vous voudriez qu'on n'interrogeât pas mes Lettres? Laissez -les lire, pourvu qu'ils vous laissent lire aussi. Que Matioli y fasse tous les commentaires qu'il lui plaira ! Ce doit fabricator Epeus, qui n'eut pas honte de me faire un crime , même de mes aumônes, en m accusant de ne les répandre que pour faire du peuple : un de ces monstres dontCicéron disait : e vultu nosce ilfos. Peut-être mes Lettres tomberont un jour entre les mains du public ; elles seront lues par des hommes raisonnables , par de bons Chrétiens , quand le Jésuitisme aura cessé à la fin de profaner le Ciel et de f corrompre la Terre. On jugera si j'ai soutenu la
cause de Dieu, de, Momrs, de I. Vertu. r «*won, contre l'Impiété, l'Indécence , le V 1 Imposture. Mai. je sais d'avance quel «^ de me, lettres, h Méchanceté, l'Hypoc^ Despotwne. Devant ces puissances cruefla heur aux opprimés ! L'injustice fut-elle la Pl jJtante , ils n'ont pas même le droit de a'«,i «Ire. Vous vous rappelé, comme il .'« »■» que Monseigneur Pacca, le Gouvernear de 3. ne mefit pendre pour avoir en le courge ^ plaindre hautement d'un exil infiW mm«é mentendre, et de la manière la plu, **(** pour lui avoir prouvé ouvertement qmV M'était B que de son despotisme, que j«« JMj» mente. Ce Pacca, k honte de la ftërture , Yoppro- . de rH,im«»te, qui, poursuirl emùle peut sa cnmes atroce, , par l'exécration publique, put * ^.traire .« glaive de la loi , seulement puce pi P**a dan. un pap où tout ce qui tknUkp*
quils .attendent aussi à de nouvelles .*»' ^ demaplume contre l'Irréligion , rhj.fi».
raswre , et qui ne tremble que de*
# On me somma de partir, et IV fu. flwu cor* arec le. croche. n.r «,î> l> l f 7 ^ » ^V* »«*** fémur. «racrure à la couse au œ&c *
si
( 3i7 ) >ieu. Je sais que nous entrons en lice à la naissance ontre les iniquités des hommes, et n'en sortons [ua la mort ; mais ce n'est qu'avec la vie que je me tonnerai pour rendu. Passons sur ce triste sujet, et ontinuons notre route , à partir de Tlasçala , où je ous ai laissée avec ma dernière Lettre.
A mon départ de cet endroit , je projetais de attire le chemin qu'avait tenu Cortès pour y venir. ) utre l'intérêt que cette circonstance lui prête, > utre le plaisir d'y voir deux ponts encore en bon btat , des anciens Tlascaltheças, c'était aussi mon chemin, le plus court et le moins mauvais; mais ma destinée n'entend pas trop raison ; elle voulut Lutrement.
Le Gouverneur de Tlasçala m'avait donné une ettre de recommandation pour le Commandant de i troupe stationnée à Huatnantla , sur la route que je m'étais proposée; et certes* c'était de son propre rnouvement , puisqu'il me chargeait même de ses dépêches d'office , comme vous pourrez le voir par sa lettre que je vous envoie ci-jointe*. Mais, le soir de la veille de mon départ, il me fait demander, me dit que la route était infestée de voleurs , qu'il était imprudent pour un voyageur étranger de la suivre; il me conseilla de m'en retourner par celle de Puebla , comme la plus fréquentée; j'insistai , mais a la fin je dus céder à ses argumens.
* Voyez » à U fin de ce volmqe , le n« 1 1 .
Pendant les trois jours de ma résidence àî!i cala , j'avais fait ma cour à ces mappes Indien dont je vous ai parlé, qui existent encore daa' archives de cette municipalité. J'étais prêt à p.* que je les demandais encore ; l'agent que j'av employé pour me les ménager, me faisait voirf que lueur d'espoir : je dis à mon domestique de i précéder, avec ma charge, en compagnie d'un ca{ taine de milice qui partait aussi pour Puebla , ^, m'arrêtai pour attendre encore «un peu le dévek pçment de mes diligences : coupons court, je n'ot tins que l'arbre généalogique des Rois de Tlascti dont je vous ai aussi entretenue , et deux pti d'ancienne manufacture Indienne , quî faisaient dit-on , partie du . service avec lequel on trait Cortès, à son entrée dans TIascala. Je partis deu heures après mon domestique.
Je n'avais pas fait trois milles, que je vois venir troi personnes à cheval, très-bien montées, ayant tout* lesapparences de Cabatteros (personnesdistinguées je m'arrête pour leur demander s'î\s avaient rei contré mon domestique , et à quelle distance : il ne me laissent pas même commencer, qu'ils ion dent sur moi. Jamais surprise ne m'a plus stup? fait, et plus hébété. Je mets les mains, par insM'f< sur mon fusil que je portais reposé sur le devant* la selle ; c'est trop tard : deux m'ont déjà empo^ de deux côtés, et le troisième me jette le ^itt cou, et me traîne en bas de mon cheval; ils sauten
y?mummm*mm*^**—*—*~^^^^^i^^^*m
( 3i9 ) ir mon épée, les pistolets à la main; et alors, sans isil , sans épée^ne corde au cou, escorté de leur» rues et de leurs menaces.... je vous laisse codee- >ir quel homme j'étais , et quelle figure faisait, our la première fois de sa vie, votre très-humble "jrviteur.
;' La première demande qu'ils m'adressèrent, c'est ù était iw charge , et ici, il faut que j'arrête, un istant ma narration pour vous mettre sur la voie (i e leur.coûvoitise. ,
1 De Mexico j'avais envoyé à Alvarado toutes jdies pierres ; nja(is il çieq restait .deux caisses collectées depuis * % chargées dur, une mule avec mon petit équipage le voyage. Sans doute les voleurs les avaient vues h Tlascala , où jui* étranger excite encore la curiosité de tout le monde : ils les prirent pour de l'argent, et vinrent les attendre sur la route.
Quoique agité par mille sentimens violens, surtout par le dépit et la honte de m'étre jeté moimême comme un niais entre leurs mains; je conservai assez de présence d'esprit pour leur répondre que la charge était en arrière. — Pourquoi? — Le Gouverneur a voulu la faire escorter, -s— Comment tarde -*- elle tant à venir? — Les soldats sont allés chercher leurs chevaux à la pâture , et j'ai pris doucement le devant pour mieux jouir du pays. — Combien sont -ils, les soldats qui l'escortent? — Je l'ignore, j'ai laissé cela à la sagesse du Gouverneur. — Donne-nous ta montre. — Je la leut donnai. —
Donne-nous ion argent. — Je leur donnai quatre ou einq piastres que j'avais dans les poches de moo gilet ; mais, comme ils furent assez honnêtes pour ne pas me fouiller, je ne crus pas de mon devoir de leur remettre aussi une douzaine de doublons que j'avais dans une petite poche de mes pantalons; et je berçais leur espoir d'une meilleure prise dans ma charge. loi commence le tragi-comique.
Us m ordonnèrent de les suivre. En vain e$sayais-je de leur démontrer l'inutilité des attaché* qu'ils m'avaient mises au cou : je leur répétais que je marchais à merveille suis soutien, que. . . — Marckt, Picora (qui veut dire coquin). — C'est juste, Cabal ieros, leur répondis-je avec respect. — Ils me conduisirent dans une profonde b&ranoa (fravin) ; ]à , deui de ces CabatUro* voulaient me garrotter les mains et les pieds avec k même corde qui me pendait au cou. L'idée de la situation où ils allaient me mettre et de la convulsion qui en résulte ordinairement dans un corps aussi élastique et élancé que le mien , me mit eu fureur contre cet attentat ; je me débattais comme un frénétique contre leur violence. ... — Je les vis s'arrêter un instant comme étounés. — Je saisis ce moment pour leur protester hautement qu'ils pouvaient me tuer s'ils voulaient, mais que je ne permettrais jamais que de nouveau! Juifs me traitassent comme les anciens avaient fait de Jésus-Christ. Ici s'éleva une dispute sur qui de nous était plus chrétien, car ils me croyaient Ad-
( 3*i ) glais, et ils regardent les Anglais,, sans distinction, comme des impies. Les convaincre qu'un homme assailli et volé était plus chrétien que les voleurs , et qu'il n'y a d'autres impies dans ce monde que ces scélérats qui s'écartent si monstrueusement des préceptes de l'Évangile, n'était pas chose facile. Ils se rendirent néanmoins. Je ne sais s'ils furenftouchés de mes argumens ou fatigués de ma résistance ; mais ils me laissèrent là , sur ma parole d'honneur que je ne bougerais pas, qu'autrement ils me tueraient de mon propre fusil.
Ils s'acheminèrent vers une petite hauteur , probablement pour découvrir de loin l'arrivée de ma charge. Que de réflexions alors se pressèrent en foule dans mon esprit i Quel moyen de salut aviser ! Si je demeure , et qu'attendant en vain ma charge , ils découvrent à la fin qu'elle est déjà passée , à quels périls ne m'exposera pas leur rage ! d'un autre côté , si je fuis , poursuivi et facilement atteint par leurs beaux chevaux, ma peau ne sera pas moins criblée ! Cependant je vis plus de chances de salut dans ce dernier expédient. Je me résolus : je cours à mon cheval , qu'ils avaient attaché par le licol à un arbre, à peu de dislance de moi; je coupe le licol avec mon canif qui m'était resté , et vite, au galop, en piquant de# deux, et le poussant de toute ma voix , de tout l'élan de mon corps. Le pauvre Ronzinante, fatigué d'un long voyage, et boiteux , aurait été attrapé , si des passans ne se-
taient heureusement offerts à la vue : et mes caballeros s'en retournèrent. Peut-être jugaient-ilsmieux d'aller au-devant de ma charge que de continuer à me poursuivre; et me voilà sauvé, même avec mes plats de Cortès et l'arbre généalogique Indien, que les voleurs n'estimèrent point dignes de leur attention ; au contraire, ils se moquaient du soin que j'avais pris de me les procurer.
Mais, demanderez- von s, comment la charge a-telle pu échapper aux voleurs , qui , certes, devaient l'attendre depuis le matin de bonne heure? Portant ^ un grand chapeau de' paille qu'on voyait de loin, et ayant encore mon cheval blanc, le souvenir de Don Mariano Herrera, j'étais le signal du convoi qu'Us épiaient; il est donc naturel , que ma charge étant accompagnée par un caballero du pays, qu'ils connaissaient sans doute, ils n'eussent jamais pu s'imaginer que ce fût la prise qu'ils convoitaient. Mais comment ont-ils été informés que j'avais renoncé au chemin de Huamantla > pour reprendre celui de Puebla? C'est ce que je ne saurais vous dire; et c'est bien le cas de répéter : Lo quant wr parietes ! car je n'en ai parlé qu'avec le Gouverneur.
Je m'arrêtai au moulin de Topayanco * pour exciter les gens du lieu à poursuivre avec moi les voleurs : il avaient lairde me rire au nez; peut- ^ être étaient-ils dn leurs. — Je continuai mon chemin vers Puebla , où je trouvai ma charge saine et sauve.
Dans cette Tille mon affaire fit un grand bruit. Le Gouverneur prit ma déposition et tous les signale» mens des voleurs : il parait qu'un deux était le fameux Vicerite Gomcz : celui qui s obstinait à voter pour ma mort pendant tout ce débat , mais que les deux autres semblaient peu disposés à seconder. Le Congrès décréta un exposé du crime au Congrès général de la Confédération pour démontrer de plus en plus la nécessité de détruire ce repaire de brigands, le territoire de Tlascala , en le mettant sous l'administration d'un État voisin. Ces autorités et ces habitans m'ont , dans cette circonstance, témoigné autant d'intérêt et de regret, qu'ils m'avaient donné auparavant de preuves de leur hospitalité et de leur politesse. C'est avec plaisir que je leur répète mon admiration et ma reconnaissance.
Cet incident malheureux me procura , du reste, le bonheur de faire la connaissance personnelle du Colonel Ârago : c'est lui qui a reçu mon exposé , en sa qualité de Chef de l'État-Major du Gouvernement et de la Division. Il a voulu me donner des lettres pour la France ; je les ai reçues , mais sous la condition du retour *.
Le chemin de Puebla à Àlvarado n'est pas plus
* Je la revois cette France aimable, la patrie de l'Humanité, le refuge consolateur de l'Étranger malheureux ! mais les lettres de M. Arago , et bien d'autres choses encore, ont fait naufrage sur les écueils de l'île de C aïe os, avec le bâtiment qui nous transportait à San- Domingo* Je remets la narration de cette catastrophe tragique à un autre Pèlerinage.
sûr que celui de Tlascala , pour un pèlerin solitaire; je renonçai donc sagement à mon indépendance pour fermer le moins mal possible ma carrière Mexicaine qui approchait de sa fin : je m'associai à une Conducta de deux cents mules qui portaient de l'argent à Àlvarado , escortés par une compagnie de dragons.
Le passage du Final, entre Puebla et Nopaluco, est un des plus dangereux de toute la route : des collines éparses, isolées, forment des sinuosités et des vallons très-propres à une attaque de surprise; aussi les 'caravanes, quoique armées, y passentelles avec beaucoup de précautions , en s emparant des débouchés à mesure qu'on les approche.
Dans un village, sur cette route, s'est offerte une circonstance singulière , qui peut avoir de l'intérêt pour d'autres que pour moi, et qu'en conséquence j'ai cru devoir vous communiquer.
Quoique le Gouverneur de Puebla m'eût chaudement recommandé au maître de la conducta, celui-ci n'avait aucun soin pour moi : c'était un Espagnol, j'étais un Étranger. — Dans le Mason du village, à peine avais-je pu, en devançant la caravane , obtenir une petite tanière ; ensuite , les soldats , les muletiers , etc. , s'emparèrent de la cuisine et de la cuisinière; il m'était impossible de me ménager quelques mets. Notez que je m'étais débarrassé à Puebla de mon domestique et de mon mulet, ma charge étant confiée à la caravane; j'étais
donc mon maître, mon domestique et mon écuyer. Je pris une tablette de chocolat dans ma poche , et quelque autre petite provision sèche, et je cheiv chai un endroit charitable où Ton voulût bien m'admet tre au coin d'une table pour faire mon souper.
Je crus que je pouvais combiner l'instruction et l'hospitalité chez le Curé : j'y allai, et je ne me trompai pas.
Je vis d'abord en lui l'homme poli et courtois; en lui parlant un peu, je le trouvai instruit et aimable. * Toutes ces qualités sont communes à l'homme vraiment évangélique; tel est, je crois, mon Curé; il a de plus une qualité , grande source de tous les sentimens humains : il est^ère de famille.
Comme il l'est franchement, et qu'il ne s'en cache pas , je me permis .quelque observation sur la circonstance. De là une petite discussion, que je vous rends aussi fidèlement que j'ai pu me la rappeler en rentrant au Mason.
Le Curé. — Rien dans les Saintes-Écritures ne défend le mariage à qui que ce soit; au contraire, tout l'y recommande, et principalement le crescite et multiplicamini; un grand publiciste de votre pays a dit que la meilleure institution des Juifs était d'abhorrer la virginité, et que c'est par leur dévotion au mariage qu'ils dominent encore , en quelque sorte , sur la terre.
Bkltr ami. — Mais vous savez que les Apôtres abandonnèrent leurs femmes aussitôt qu'ils eurent reçu le Saint-Esprit : et c'est à quoi Ton assimile la consécration des prêtres quand ils reçoivent les ordres.
Ls Curé. — On le dit; mais ce n'est pas Jésus- Christ qui eu a parlé. Cette action inhumaine, antisociale , barbare , n'a pu venir ni de lui ni de ses Apôtres; en voulez-vous une preuve? c'est que Saint-Paul écrivait à Titus , « Choisissez pour pré Ire celui qui est le mari d'une femme, qui aime ses enfans , et qui ne soit pas accusé de libertinage. » Il écrivait à peu près dans les mêmes termes à Timothée.
BELTRi*i. — Le célibat est une institution destinée à détacher tes prêtres de toute occupation mondaine, et à les vouer entièrement au service de l'Église; on a cru que la chasteté était nécessaire pour les rendre plus purs et conséquemment plus dignes de leurs fonctions augustes.
Le Curé. — Dites plutôt qu'on a voulu que nous n'eussions à nous attacher à d'autre famille qu'aux Papes. Paphnucius , é véque de Thèbes , en Egypte, qui fut ensuite Martyr et Saint , déclara , devant le Concile de Nicée, contre les défenseurs du célibat, qu'il embrassait ton* les vices, et que dans le mariage on trouvait la vraie chasteté; le Concile jugea cumûie lui.
BfiiTMMi. — Mais, les hommes et les femmes de 1* Antiquité se vouaient également a la virginité quand
( 3a; ) ils se consacraient à l'autel : les Vestales , les filles de Py thagore , la Pythia de Delphes , les prêtres de Diane; et, dans des temps plus reculés encore, les prêtres et les prêtresses d'Apollon et de Bacchus.
Le Curé. — Vous devriez ajouter que les prêtres de Cybèle se faisaient Eunuques, pour vous convaincre que cela seul peut faire observer la chasteté , et que 9 sans cela , le célibat n'est que l'exercice de l'imposture, de toutes sortes de crimes et de scandales.
Beltrami. — Mais enfin , Grégoire VII , non-seulement défendit le mariage aux prêtres, mais excommunia tous les prêtres déjà mariés.
Le Curé. — Comme il était séant à lui de défendre le mariage des prêtres ! Lui , qui avait tant fait parler scandaleusement de ses pratiques avec Malthide, etc. ! Et un Pape pouvait-il , de sa seule autorité , prohiber ce qu'avaient recommandé les Saintes-Écritures, les Apôtres, d'autres Saints; ce qui avait été protégé par des Conciles , et exercé par les Pères les plus respectables de l'Église? Carterius, un Évêque Espagnol, marié lui-même deux fois, assure que tous les Évêques du Concile de Ri mini étaient mariés. Par la suite, on revint bien des fois contre cet abus d'autorité du despote Hildebrande : Votre Eneas Silvius Piccolomini, qui fut, plus tard, Plus secunduSj quand au Concile de Baie , on objectait à Amédée de Savoie d'avoir été marié , pour empêcher son élection
a la place de leur anti-Pape Eugène IV, il lui donna son vote, en disant: *Non solàm qui uxorem habuiL sed tixorem kabens, potest assumere. • Ce même Pape, dans une lettre à une dame, que vous devez avoir lue y» écrivait que frauder la Tfature de ses droits était absolument une folie. — Charles-Quint, qui savait amplement les inconvéniens du célibat , fit proposer au Concile de Trente d'en délivrer de nouveau les prêtres ; le Concile penchait en faveur de la proposition, quand il fut dissous. Enfin, le célibat est contre les lois divines et humaines , et les prêtres sont beaucoup plus exemplaires là où ils se marient , que là où ils ne se marient pas : témoins les prêtres des Églises Grecque et Protestante d'un côté , et les prêtres Catholiques de l'autre.
Beltrami. — A la bonne heure, ces prêtres se marient ; mais vous n'êtes pas marié , et vous avez des en fans, même notoirement.
Le Cuvé. — Je ne suis pas marié vis-à-vis le préjugé,, mais je me considère marié vis-à-vis la société; je regarde cette femme comme ma compagne inséparable, et les fruits de notre union, comme mes enfans chéris. Par l'exercice des vertus domestiques, j'apprends mieux la manière de bien instruire mes paroissiens sur leurs devoirs de père, de fils et de mari. Au reste, je ne suis pas le premier prêtre qui avoue publiquement une femme et des enfans : saint Grégoire, Évêque de Naziance. était connu fils d'un autre Grégoire, Évéque aussi
( 3^9 ) de JNaziance; et tous saurez, sans doute, que .dans les décrétâtes Romaines, sous le statut 0$iu$> 3 on •trouve une grande liste d'enfans, déclarés de Prêtres , d'Évéques et de Papes , dont plusieurs furent à leur tour Prêtres, Évêques, Papes et pères de famille. Le Pape Osius, lui-même, était (ils du subdiacre Etienne , et il fut père , sans le cacher. Je voudrais vous rappeler Alexandre VI et son fils le Duc Yalentin, mais il ne sied pas bien d'invoquer deux monstres dans une question de droit, de raison , de vertu et d'humanité.
Beltrami. — Mais, adducere inconvénient non est solvere argentum, dit le texte légal et ; puisque vous tenez à l'Église Catholique, vous devez en suivre les préceptes , ne fussent-ils que des usages : car, vous ne Fignorez pas, hoc est jus quod à moribus constitutum est.
Le Curé. — Ce n'est pas l'Église qui a défendu le mariage; et Pierre, sur lequel Jésus-Christ la fonda, n'en a jamais dit un mot. Si plusieurs Papes, plusieurs Conciles , plusieurs Saints , les Saintes-Écritures elles-mêmes autorisent ce qu'un seul Pape , bien despote , a défendu , je sens le pouvoir de me l'autoriser aussi sans scrupule. Au reste*, il semble que vous ayez beaucoup voyagé dans le Mexique; je vous laisse comparer pour les mœurs ce village et les endroits où vous aurez vu les conséquences du célibat.
Cette observation me rappela les scandales crians
que nous avons tant de fois rencontrés aiïWurs dans le Mexique parmi les prêtres et les moires célibataires : je me tus, mais sans approuver ni L conduite ni les argumeus de mon adversaire. En pareil cas , j'aime mieux laisser les discussions incertaines que de les résoudre; mais il est incontestable, que si la Cour de Rome connaissait les conséquences du célibat Mexicain, elle pencherait, peut-être, quelles que fussent ses répugnances politiques ou religieuses , pour l'abolition de celte institution dénaturée et anti-chrétienne. Il n'est pas douteux également que j'ai trouvé peu de villages dans le Mexique où le Curé soit plus estimé et respecté que notre Académicien. — Continuons notre chemin.
A deux milles avant d'arriver à l'hacienda de los Virèye* , on trouve la tête du chemin par où je serais venu aboutir sur celui de Vera-Cruz, si, au lieu d'aller au-devant des voleurs, j'eusse exécuté mon projet de prendre la route , qui de Tlascala conduit à Huamantla. C'est la route que suivit Cortès pour se rendre à Tlascala.
Eu s'approchant du Mont Pizzarro, à travers une vaste plaine , et à la levée du soleil , un beau spectacle, un quasi - phénomène se présenta à mes yeux. Je croyais voir un lac immense devant moi. et je fus surpris de voir les premiers mulets qui nous précédaient à une grande distance , y entrer sans difficulté pour le traverser. Je croyais les voir
( 33i ) n danger à mesure qu'ils avançaient ; mais point [ 11 tout : l'eau était toujours de la même profonl^ur , et ne leur venait qu'au ventre. Ma curiosité ^doublait , et je pressais de questions mes compagnons de voyage, qui, sans me répondre, fumaient «ur cigare . et se plaisaient à prolonger mon illuion. J'arrive près du bord du lac: c'était un hrouilard épais qui couvrait la surface de la terre , à la i auteur de deux ou trois pieds. — Jamais apparence n'a tant trompé mes yeux * et jamais l'air ne >*est déguisé , je crois , si merveilleusement sous les apparences de l'eau. Tout ce terrain métamorphosé ^st couvert, de soude carbonatée. Je laisse aux savans à décider, si c'est le brouillard qui cause cette matière, ou la matière, le brouillard , etc.
Cette plaine vous offre un autre spectacle, dont la majesté peut moins se rendre; on voit Torregiare dans de superbes lointains ; au Sud , le Grand Volcan d'Orisaba; au Nord, le Grand Coffre de Parate, ou le Pinahuizapan , et vis-à-vis, les hautes montagnes escarpées qui ferment la chaîne d'union de ces deux grands Colosses de la Terre.
Jtu bout de cette plaine on passe*autour de l'extrémité méridionale du Mont Pizarro , qui est près-» que isolé, et qui reçut peut-être son nom de quelque aventure du célèbre Pizarro, qui faisait partie de l'expédition de Cortès. On tourne sur la gauche, et, longeant le revers Occidental des montagnes que nous venons de voir, on arrive, après une dixaine
( 35a ) de milles , au village de Pérote , à travers un pays très-riant et très-fertile.
Je crois que Pérote est l'endroit où était Xocoik, le siège d'Olintetl, le premier grand Prince Mexicain que Cortès rencontra sur son passage de Xalapa à Tlascala : le climat froid , la physionomie physique du pays , les distances qui le séparent dt ces deux endroits, tout se combine avec ce qui a étt dit de Xocotla. Maintenant c'est un beau villas avec de beaux champs , que les eaux qui coulent du Coffre, à l'Est, arrosent et fertilisent Une forte resse qui ferait la jalousie de Vauban , le défend au INord, et fait de l'endroit la clef des hautes terre de ce côté du Mexique. On y a formé une école militaire.
C'est ici que nous devons rechercher la différence entre les traits physiques de ces hautes terres. et celles que nous avons vues 9 en montant de Tampico à Saint-Louis-Potosi , et de là aux sources du Saiut-Ander et du Rio-Grande.
Vous nous avez vu monter sept à huit étages, bien séparés , pour parvenir au sommet de haute; Cordillières au -^dessus de Saint-Louis , ou de Tancien Tantamanga ; deux étages seulement conduisent au sommet de celles qui divisent le Mexique. ou l'ancien Anahuac, en Oriental et en Occidental: le plateau de la vallée de Mexico , et celui de 1* grande vallée qui, du revers Occidental du Grand Volcan de Popocatepetl , ou de Puebla , s étend
usqu'au volcan Iztaccihuatl, ou (J'Orisaba et le Coffre de Pérote. Le plateau de Toluca , au-dessus le Mexico , appartient au- revers Occidental des Oordillières de l'Anahuac, comme ses eaux, à la 3acifique.
Le plateau de Mexico est à 2277 mètres au-desîus du niveau de la mer. Le plateau de Puebla , à 'endroit où la ville est sise , n'est qu'à 2 196 mètres, nais il s'élève graduellement en s avançant vers Pelote , qui est l'entrée du plateau en venant de Yera- Zruz, et la clef, comme nous l'avons observé, des lautes terres de cette partie du Mexique; ici l'élévation au-dessus du niveau de la mer est de 2555 .mètres; encore d'après M. le baron de Humboldt.
Depuis Pérote , ou , pour mieux dire , depuis las Vegas, petit village au-delà de Pérote, et plus élevé, on descend toujours jusqu'à la mer sans rencontrer aucun autre étage oh plateau , pas même à Kalapa, qui est bâtie sur le penchant Oriental du Coffre. Pour conclure, la montée sur les hautes terres du Mexique , est beaucoup plus graduée et plus admirable, selon moi, de Tampico à Saint- Louis-Potosi , que de Vera-Cruz à Mexico. 11 est vrai que? là ne se déroulent pas les deux grands spectacles des deux volcans , de Puebla et d'Orisaba.
Cependant la descente de las Vegas à Xalapa, qui est d'environ vingt-cinq milles , offre l'aspect d'un pays étonnant, un des plus extraordinaires qui
( 334 ) soient au mopde. Mais comment vous le petcdrt1
Les premiers pas, en descendant de cet endroit Xalapa, vous rappellent, pour la première foi> d puis que vous êtes entré sur les hautes terres J Mexique, que vous êtes dans la Zone torride. sa: que pourtant elle vous incommode encore. Ici nature change tout-à-fait d'aspect; elle se revêt < son plus beau vert, et plus vos yeux peuvent f* cer dans les vallons et les abîmes qui se montre: sous vos pieds, plus vous les voyez sombres et m* d'une végétation puissante. — Au moment que * pensées et vos sens se reposent en extase surf charmant spectacle, vous en êtes distrait soudain pnn grand contraste : par des régions de laves, qi comme des torrens, se sont frayés des chemins^ 1>~ lant tout sur leur passage, à travers ce beau sejo* de la nature.
On ignore encore daife quelle partie de la nia*> tagne du Coffre a eu lieu cette ébullitiou terrestn» d'autant plus qu'on n'en trouve aucune trace sur *J tommet. Si l'on suivait la lave en montant, on pou* rait facilement conclure, je crois , que cet érrir ment a commencé là où ses traces finissent Qw que non savant, j'aurais peut-être pu réussir iw» même à faire cette découverte , et je l'eusse >otw tiers tentée; mais, en compagnie, je n'étais pas > mesure. — Je continuai mon chemin en mure»* rant, la tête baissée, contre le sort qui me doni* de si grandes volontés et si peu de moyens.
, Mais, me demanderez-vous , peut-on juger par les apparences à quelle époque s est opérée cette conflagration?
La lave, ici cellulaire, là, caverneuse, a si bien conservé ses gothiques, ses pores et ses cavités, qu'on la dirait d'une formation toute nouvelle ; quelque part , elle est si légère , si soulevée, si ondulée, qu'à cinquante ou soixante pas on croit approcher un champ récemment labouré. Ailleurs, si elle n'était pas noirâtre , on croirait voir les flots d'un torrent enflé se mouvoir aux yeux de l'imagination et se précipiter de ces rochers ; mais une circonstance indique que ce phénomène ne date pas d'une époque bien reculée : la jeunesse des arbres qui ont poussé çà et là hors des crevasses de la lave. Il n'est sans doute que bien postérieur à la Conquête, dont l'histoire n'en dit rien ; et si les Espagnols n'en ont pas fait mention , c'est qu'ils ne s'occupaient que de ce qui assouvit l'avarice. G 'est l'or et l'argent, et non la lave, qui absorbaient leurs soins ; ceuxmêmes, qui m'accompagnaient, se moquaient de me voir contempler si avidement ces merveilles vol* caniques. Bref, telle est la quantité de la lave qui a inondé ce passage, que des vallons en ont été en-' tièrement remplis. Reprenons noire route.
On continue à marcher au milieu de la plus silencieuse solitude; et des conformations extraordinaires de la terre se renouvellent à chaque instant devant vos yeux. On se croh^ dans les déserts de la
création ; mais perçant de ses regards les payage> lointains, tantôt sur de rians plateaux, tantôt à trivers de sombres vallons, de profonds ravins, là, «tr des rochers escarpés, ici, sur les beautés les plus ravissantes, les plus variées du règne végétal, on toï un clocher surgir parmi les sapins ; une chaumkr remplir le fond d'une pelouse ; des troupeaux jurer la chaîne de montagnes rangées en coulisses.. L'illusion fuit ; mais le tableau n'en est que plus attrayant et plus admirable. Ce mélange bizarre a je ne sais quoi d animé, de vivant ! je ne sais qu« qui respire la liberté et le bonheur; et l'on oub! un instant qu'on se trouve sur cette terre où laty rannie et l'avarice ont fait retentir dans tous r mondes les horreurs les plus criantes de leur oppression , de leurs atrocités.
A l'aspect de l'étonnante configuration de c* régions, je me suis expliqué sans peine commet' le général Vittoria a pu s'y cacher, et s'y soustram pour des années aux persécutions des Espagnols rf d'Iturbide.
A moitié chemin de las Yegas à Xalapa, on trom une taverne. D'une hauteur, qui la surmonte immédiatement avant d'y arriver ,• on voit dans is lointain, de sept à h irit milles environ, une catf*> d'eau , à 1* Est-Nord-Est , qu'on n'a pas su me no& mer, dont la chute est peut-être la plus haute <|> existe au monde. Quels tableaux aurais-je pu ofo* encore ici aux âmes bien nées, si ma main.."1*"
t rougis à chaque pas de la fâcheuse ignorance de
ma main dans l'art du dessin : cet art qui , en rani-
r niant le passé, nous redonne en quelque sorte ce
que les Parques cruelles, le temps inexorable, nous
ravissent ; qui aide l'histoire et perfectionne la na-
"' ture. t
" Une grande chaussée , embaumée par le parfum L* d orangers et d'autres arbres aromatiques, qui :l l'ornent de deux côtés, conduit jusqu'à l'entrée de ll Xalapa, qui est elle-même un jardin, une pépinière * d'arbres fruitiers des deux .Mondes.
11 De las Vegas jusqu'à Xalapa, nous avons des- ^ cendu pour 1200 mètres environ, Xalapa étant,
- d après M. de Humboldt , à 1 3âo mètres au -dessus
- du niveau de la mer ; et jugeant moi - même las à Vegas , d'après la hauteur de Pérote , à près
de 2S20.
$ Peu s'en est fallu que mon premier pas dans i Xalapa ne fût fâcheux ; mais il n'a été que comique, t et il faut ici que je vous occupe d'un commérage ; que j'ai voulu vous épargner à Mexico : il se pose devant ma plume d'une manière irrésistible. L'his- ; toire n'en sera pas longue, même selon le précepte du poète Romain. ... « Née stertl mea carmina jtullis. »
Je vous ai dit que le nom Bustamante figure sous toutes les couleurs dans l'histoire de la Révolution du Mexique. Il en est quisonl blancs, comme don José, etc. ; d'autres qui sont noirs, parmi lcs-
quels figure éminemment el licenciais bi stamàsti : je veux \wurler de don Carlos Bustamante. Il a joue tous les rôles , toujours ou un ambitieux , ou lia anarchiste. Il en avait la conscience; et il s est empressé de publier lui-même , avant tout autre , des mémoires sur ces grands évén^jnens, aimant mieux être peintre que portrait.
Sans doute, ces mémoires, Tenant d'un tel homme , ne peuvent pas être farcis de mensonges , de méchanceté , de calomnies pour les antres , et de générosité pour soi-même. C'est ce qu'on lui reproche tous les jours dans les journaux publics; mais ce n'est pas là mon affaire : ce qui m'appartient , c'est de les lire ou de ne pas les lire ; et je ne les ai pas lus , pour éviter de tremper dans des préventions ou des erreurs, quand je trace çà et là quelque souvenir historique de cette terrible Révolution. Au reste 9 il n'a fait que commencer, et probablement la critique ne le laissera pas arriver à la fin.v
Il ne me convenait pas non plus d'insurger contre les invectives qu'il se plaît à lancer, ou les animosités qu'il s étudie à répandre indistinctement contre les étrangers : un Pèlerin qui ne se mêle de rien et uc veut rien, est au-dessus de toute atteinte, et ne doit point s'approprier ce que repoussent sa dignité et sa conscience : mais je ne pus me taire à l'insolence , à lïugratitude dont il traitait indignement un écrivain étranger, le seul, jusqu'à cette
( 33g ) heure, qui avait montré le peuple Mexicain sous des traits flatteurs, et le Mexique comme terre bien loin d'être ce que tant d autres écrivains lavaient peinte : une tanière de brutes* un repaire de brigands, etc. Voici, Comtesse, à peu près ce que j'écrivis à l'éditeur de l'Âquila, sur les méchancetés critiques de M. Bustamante, contre l'ouvrage de cet étranger.
« J'ai lu plusieurs histoires de la Nouvelle-Espagne : la seule qui m'ait fait sentir de l'estime pour les Mexicains est celle de William Davis Robinson : elle seule m'a préparé à venir les voir avec admiration. C'est avec surprise, et non sans émotion, que je vois l'un de vos écrivains déchirer sans cesse dans vos colonnes un ouvrage qui le premier a montré l'Âme de ces peuples revêtue d'une généreuse indépendance et d'une noble indignation, et les a placés au rang des héros.
« Je n'ai jamais vu M. Robinson, et je ne le sympathise que par les sentimens qu'inspire la lecture de ses pages libérales. C'est la justice et l'admiration qui me font parler en faveur du vrai mérite, en faveur des elforts généreux d'un homme qui, le premier, a osé dévoiler au monde, sans crainte et sans politique, la tyrannie qui opprimait ces beaux pays : ces pays, auxquels la sagesse et la nature réunies, peuvent à l'avenir ménager un poste éminent dans la hiérarchie politique des nations civilisées. •
Je laisse à vous et <a nos amis a juger des exprès-
( 34o ) «ions de cet article ; mais, certes, l'intention en était pure. M. Bustamante le foudroya d'une diatribe virulente» et il finissait son long article par demander, avec la plus vile impertinence, ce que venaient foire les étrangers dans ce pays i excitant de nouveau contre eux l'animosité publique.
Alors je crus devoir lui répondre, les mains sur les flancs*
Comme son article manifestait de l'insanité, et Ton dit vraiment qu'il est aussi malade de tète que méchant de cœur, je commençai par lui rappeler le précepte du grand Frédéric : « Que, dans les différentes actions de la vie, il faut se garder contre soimême, surveiller ses inclinations, se tenir toujours sur le qui -vive contre son naturel. » Je fis observer qw Virgile voyait peut-être un D. Carbt Bustamante. quand il disait
Quaie per mcbmam lcrui $ab lue* malk va.
Est iter in sylvis
J'ajoutai que sa critique contre Robinson était du pédantisme et de l'intérêt, comme teudante à faire valoir ses Mémoires, plutôt que l'ouvrage de l'impartialité et d'une âme généreuse; je lui reprochai la lâche insolence dont il se permettait d'insulter aux étrangers, et lui dis qu apparemment il était comme l'aveugle de la Fable « qui craignait les rayons du soleil ; que, pour ma part, il saurait
'UM'maPtott un jour ce que les étrangers de bien vien-
^i/fcarf^jr^8 mon départ de Mexico, la susceptibilité le
p/wrife-É6* il chargea ses amis de Xalapa d'accuser
„ i article de libelle 9 et de me traduire, à mon
... , ice, devant le tribunal de cette ville*
, . , , accusation, fut portée, avec toutes les solen»
i et toute l'animadversion possibles ; et le
, ne se croyant point .compétent sur le fond,
;a sur Tordre, sans m'attendre. Il déclara le tri-
nu il (kî iMi
\ al de Mexico seul compétent, à raison du lieu
' m /action et du domicile du plaignant , et décida
^''•sidîairenient , que de toute cette affaire U ré-
^' tait que le seul Bustamante aurait été le cou-
?kfe^le> 8i Beltrami eût voulu récriminer.
mMtm Cependant le général Baragan, Gouverneur et
nui), l^uujiandant de l'État, digne ami de Bustamante,
partageant sa haine contre les étrangers, quoique
.sez affectionné aux Espagnols, ne pensait pas
^^^mme les jurés ; il ordonna qu'on m'arrêtât à mon
r rivée, pour que je dusse attendre à Xalapa la dé*
ision du tribunal de Mexico. La consigne pour
n'arrêter avait été donnée à la barrière par où je
* uf devais entrer ; mais un Xalapegnois, dont je m'étais
^accompagné, me fit passer par un chemin de tra»
4l:" verse, et je fis innocemment une niche au Généralisa
■vr sime et â sa consigne.
]f\ J'allai loger précisément chez un de mes jurés. '' Mon premier pas fut de me présenter devant le
cmilK'
tribunal et de protester solennellement contre fc despotisme et l'acte arbitraire de M. le Général- Gouverneur: je me présentai au Président du Congrès ; je lui fis mes excuses de déranger le pouvoir législatif pour des affaires Judiciaires; mais puisque M. Baragan se permettait de s'en mêler, et de les traiter avec l'épée , je venais invoquer de lui la loi commune. — Extraordinaria extraordinariis curmtur. — Il en fut indigné, et me rassura.
J'allai ensuite chez M. Baragan lui-même; \e parlai comme un homme qui en avait plus pitié que peur ; je lui dis même que j'avais pour lui des lettres de recommandation, mais que ce n 'était pas le cas de les lui présenter, et que, me trouvant sous la protection de ma protestation, de la loi, de la suprême magistrature et du droit des gens, j'avais motif de ne craindre ni ses préventions ni soo despotisme.
Ce général Teran, dont je vous ai souvent parlé dans mes précédentes lettres, improuvait lui-même cette mesure, quoiqu'il soit assez facile et trop expéditif dans ses procédures. Il était présent quand je déroulais mes plaintes à M. le Gouverneur; il fallait le voir, avec son air malin et goguenard! L ordre d'arrestation fut révoqué, et je me promenai dans cette jolie petite ville, qui réunit tous les climats homogènes, les productions des deux Mondes, plus, la vanille, qui lui appartient exclusivement: des Créoles aimables , de riches Espagnols, beau-
up de Prêtres et de Moines, Vera-Cruz bombare lui ayant légué un grand nombre des siens, et t tout paraît sous un aspect bien plus prospère îe ne le promet cette certaine drogue qui y fut démverte et porte son nom.
Mais je ne puis m empêcher de revenir un inant à la susceptibilité deBmtamante. Ne se fâchaitpas contre les expressions de mon indignation, ' iste et provoquée, tandis que, dans XAquila du mars , il se répétait lui-même avec un orgueil omplaisant, tout en essayant de les réfuter, des i jures, des imprécations lancées contre lui par ' es propres concitoyens , comme, erravit sicut a$i- >u$. — Intempérante. — Pujabante. — Robespierre. F — Pico de horca y cuchilto ( coquin digne de po- *ence). — Antropofago, etc. etc., s'y berçant même %vec une espè e de plaisir brutalement senti. Mais pje vous lai déjà dit : // povcrino è matto (le pauvre homme est fou).
'" Xalapa m'a fourni un autre incident qui mérite, f je crois, une observation.
I Une veuve a laissé tout son bien à un Moine, son • confesseur, par testament fiduciaire. Vous savez où cette fiducia commence chez les Moines, comme leur charitas: elle part d'eux-mêmes, et souvent elle finit où elle commence. Je connais un Moine à Mexico, qui, à force de testamens fiduciaires, s'est beaucoup enrichi, avec toute sa famille; et nous
en avons aussi connu un grand nombre chez noi> et ailleurs.
Les héritiers légitimes se sont pourvus conte le testament et le Moine* Cet État, comme tout le Mexique, n'a pas encore de Code réformateur, et la jurisprudence ou la licence passée est toute en faveur des Moines» Cependant, l'abus est si criant, qu'on a cru qu'il méritait une providence subite. On m'a fait l'honneur de m'ai parier et de me demander mon avis ; j'ai résisté, selon mon système de ne point me mêkr des affaires étrangères à mon pays ; mais j'ai dû me rendre à la plus noble confiance. — J'ai respectueusement opiné que, dans l'absence de lois positives du pays, on devait avoir recours aux lois de l'équité et de la morale, au droit commun, et, dans ce cas particulier, aiu saints Pères mêmes. — Les lois de l'équité et de la morale voient avec horreur l'abus monstrueux d'un ministère sacré, et la spoliation d'un héritier légitime, pour favoriser la corruption ; et, d'ailleurs, un Moine, par les vœux de pauvreté , etc. . se rend lui-même inhabile à toute succession. Une loi de Valentinien, qu'on trouve dans le Code Théodosien, faisant ainsi partie du droit commun généralement adopté, défend expressément ans Ecclésiastiques*, et, à plus forte raison, aux Moines, de recevoir quoi que ce soit des veuves et des femmes, jrar testament ou autrement* Saint Jérôme s'élèw
:* ( Mo )
tement contre cet abus, en écrivant à Eustots : « Quand vous voyez les Ecclésiastiques appro- • ,WIr les riches veuves d'un air de douceur et de
• jteté. vous croiriez qu'ils étendent leurs mains
ne. ul> ^
xr leur donner leur sainte bénédiction; c'est
it le contraire : c est pour recevoir le prix de leur $$ . .
HXrisie. » Enfin, je leur fis observer que Napoléon
lit aussi prévu ces abus dans son Gode, môme
atre les médecins.
aff<
On m'écouta avec bonté , et il y a tout à parier ,L"y"\e j'ai fini par être législateur , là où l'on voulait
. faire passer pour un criminel. C'est cette idée, 'la moralité qui découle de cet incident, qui m'ont *>rté à vous arrêter un moment de plus à Xalapa. ■ "D'De Xalapa à Vera-Cruz, il n'y a d'intéressant , à Iron avis , que le Puent e del Rey , un pont qui passe y(\r la rivière Antigua , dans une gorge profonde : 'c/il première Thermopile de ce côté du Mexique con- '■'"^e une armée ennemie qui oserait venir l'attaquer* ^est un endroit bien des fois mémorable pendant ^ Révolution, que Vittoria a souvent pris et per- *ru, et qui ne cesse d'être le point d'appui de tou- ^?a les factions révoltées.
:?t C'est ici. je crois, qu'était la Cempoalla, si célèbre dans l'histoire de la Conquête , la première ville "'udienne que Cortès rencontra après son débarquement , le premier rayon d'espérance , ou le premier ressort d'encouragement pour une telle entreprise : c'était le siège d'un grand Cachique, et la
capitale d'une nation ennemie des Mexicains. Tout combine avec ma conjecture : la distance d'un soleil ( d'une journée ), de X endroit du débarquement; une grande rivière qui séparait les Cempoatlas 3 ou Totonaques de Y Empire de Moctezuma , et qui était à peu près à moitié chemin entre l'endroit du débarquement et Xalapa; et une forte position, nécessaire pour un peuple qui avait résisté contre un Roi puissant. L'endroit est maintenant désarmé ; mais une simple colonne volante suffirait à l'armer promptement et à le mettre en état de défense contre un ennemi redoutable 9 si elle était composée et commandée par des braves , ne fussent-ils pas des Léoriidas. — îNous arrivons à Vera-Cruz.
Multi multa diciwt, sur l'endroit où Cortès était débarqué sur ces plages.
L'embouchure de YAntigua est à vingt milles au Nord de Vera-Cruz, et l'embouchure d'une rivière devait offrir à un Européen des avantages et de la sécurité ; c'est donc apparemment là que débarqua Cortès , et que fut bâtie la première Yera-Cruz. Les traditions des Aborigènes confirment cette conjecture : l'endroit était à un soleil de Cempoalla, et Cempoalla à moitié chemin de Xalapa. J'aurais voulu consulter à cet égard les registres de la municipalité de la nouvelle Yera-Cruz ; mais la ville a été canonnée et bombardée à plusieurs reprises par les Espagnols, qui tiennent encore la forteresse de llloa; elle n'est plus qu'un désert et un tableau al-
(347 ) freux de ruines. L'endroit fut appelé la Vera-Cruz^ de la commémoration du jour qu'on y a débarqué; mais la Vera-Cruz d'aujourd'hui en est , je le répète , à plus de vingt milles au Sud.
Ce fut le Yicfe-Roi Monte-Rey qui fit bâtir cette dernière, vers la fin du seizième siècle; probablement pour la mettre sous la tutelle d'une forteresse formidable, bâtie ensuite sur le roc qui lui fait face, à un quart de mille. On appela d'abord cette forteresse de Uloa , d'une équivoque sous laquelle les premiers Espagnols comprirent le meft de Acolhua ( ou Acolhuas ) , nom adopté par les premiers Rois de Tescuco , et que s'approprièrent également les Mexicains quand ils devinrent les maîtres de presque tout l'Anahuac. On abandonna alors l'ancienne Vera-Cruz , dont la situation , sans doute plus riante, et de mille manières plus avantageuse , avait le malheur de n'avoir pas un site pour une forteresse qui la dominât.
La situation de la Vera-Cruz moderne est affreuse. Bâtie entre une mer de sable et l'Océan , il faut une lunette d'approche pour reposer ses yeux et sa sympathie sur quelque mauvais échantillon de végétation champêtre ; la fièvre jaune y siège , plus ou moins homicide, pendant toute l'année, et pour que rien ne manque aux délices des Parques 9 un marais , au Sud-Ouest , leur fournit aussi son contingent de sacrifices humains. Mais :
Auri sacra famés, quid non mort a lia pectara cogis 1
Et l'on y venait de même en foule.
C'était l'entrepôt de tout le commerce de la Vieille Espagne avec la Nouvelle, l'empire du monopole de Cadix , et des ministres d'Espagne ; le lieu où tombait tout l'or et l'argent qui sortaient des riches entrailles de ses vastes Cordillières.
La ville a de beaux bâtimens , de.belles rues , et une belle église paroissiale , et sept couvens s'y étaient fondés , bien qu'on ne tardât pas à émigrer, et sommairement, pour l'autre monde ; tant l'avarice est p!us*forte dans toutes les classes de la société , que la crainte de la mort. Ce qu'offre d'admirable cette petite Tyrus transatlantique, c'est ud aqueduc qui ménage à b ville de l'eau excellente, puisée à dix milles de la ville , au Sud , dans la rivière Xamapa.
Je vous ai dit que cette ville est maintenant presque toute en ruine, souvent bombardée par les Espagnols qui tiennent encore le fort : Us Ja bombardaient pour se venger des excursions de la marine Mexicaine, quand elle s'emparait de quelque bâtiment qui leur apportait des vivres et des munitions. Notez, Comtesse, que ces bâtiment appartenaient toujours aux Anglo-Américains , ou aux Anglais •: Aux amis des libertés des peuples. Dans un journal de Xalapa, du 1 o janvier dernier, on lit, â la fin d'un long article, plein de lamentations contre ces messieurs, « Los lngleses y Anglo-Amerîea- »nos, que ban contribuido y contribuyen à la
( 349) »ecsistencia de Uloa, son responsables a la huma- » nidad de todas las desgracias que a quel ha eau* » sado en los habitantes de la plaza de Vera-Cruz. » C'est sur les Anglais et les Anglo-Américains que pèse la responsabilité de tous les malheurs , vomis de cette forteresse sur les Mexicains.
Les Mexicains ont aussi fortifié la ville du côté de la mer, et ils tâchent de faire tout le mal possible au fort ; mais, fatigue et poudre jetées : on ne le prendra que par la famine, ce qu'ils n'ont pas à craindre avec les secours Anglo-Américains ; d'ailleurs, une marine purement de Corsaires , combinerait avec un difficile succès une attaque de terre et de mer. On fait faire, ro'a-t-on dit, des frégates dans les États-Unis, que commanderont les officiers de cette nation ( Voyez quelle anomalie , le même peuple portant aide à la fois aux Mexicains et à leurs ennemis ! ) : alors réussira l'attaque.
Il y a quelque temps qu'on ne bombarde plus ; je me permis donc de sortir un instant voir le petit mole qui pare la porte de mer, mais on me cria , très-honnêtement , du fort, de m'en aller au plus vite si je désirais m'en retourner avec mes jambes. Je leur fis ma profonde révérence, et, très-docile, ne me le fis pas dire deux fois.
Encore un accident, Comtesse, et qui a failli me faire fantassin.
Les muletiers, qui maintenant vont tous à AI va-
rado, ne passent pas par Vera-Cruz; je Ia& caravane, et m'y rendis seul pour la toit. • donc plus que jamais mou maître, mon (k que et mon écuyer. Heureusement jaTais^j grand soin pour la pauvre bëte qui me p J'allais la voir pour la faire boire et lui donc' peu de maïs : elle était disparue, on layaitffi'* Je donne l'alarme, mais je préchais au déserU' fin je vois un dragon à cheval, je l'envoie la consigne aux portes principales : il 0>' temps et le voleur est arrêté. Le commante ' poste m refuse mon cheval. Je vais chezWil dormait lasiesta. Alors je me rappelai 9^ lji une lettre de recommandation pourt^ Commandant de la place, le général Riflcoo:! le voir, et mon cheval me fut rendu. UP bête, reconnaissante du soin que j'avafeeu hennissait de consolation en me revojan**
J'ai su plus tard que l'Alcade n'en a^D ment inquiété le voleur. A ses yeux, cV r bleinent une œuvre méritoire que de étranger qui a l'audace de venir au Mexifl" concevez que monsieur l'Alcade était un gnol.
La ville deVera-Cruz est sortie, en quelq^1 de la mer : elle est toute bâtie avec des on l tirés du fond de la mer. Ces matériaux sont * des madrépores , de ces pierres où ces
0OfW
se creusent leur habitation. On ne trouve pas même un caillou dans les environs , ni à quelque distance de Vera-Cruz.
A quatre ou cinq milles au Sud de la forteresse d'Uloa, paraît une petite île, ou plutôt un banc de sable, élevé à quinze ou vingt pieds au-dessus du niveau de la mer, qui disparaîtrait toutes les six heures, ou serait disparu à jamais, si le golfe du Mexique n'était, comme je lai observé ailleurs, exempt des marées qui agissent et réagissent si puissamment sur l'Océan Atlantique.
On appelle ce banc l'île de los Sacrificios , de ce que Grijalva, qui la découvrit un an avant l'arrivée de Cortès, y trouva un grand nombre de squelettes, d'ossemens de créatures humàiites, probablement sacrifiées par les Indiens à leur Neptune , lequel, par reconnaissance, en échange de leurs offrandes, leur fit cadeau des Espagnols.
On y a établi un camp militaire , avec une petite flottille, qui bloque la forteresse de Uloa : précautions inutiles , tant que les Anglais et les Anglo- Américains se plaisent à asservir les droits de toutes 1 les nations aux lois du plus fort, à leur despotisme 1 maritime et à leur avarice. La garnison de Uloa se moque de ce camp, et se plaît à voir que le climat > et le soleil brûlant, qui rend ses sables un foyer 1 ardent , font plus de ravage sur les Mexicains que n'en ferait leur canon, et elle épargne sa munition. ; Cette petite île est à uu mille de la terre, où la gar-
nison est obligée d'aller puiser de la mauvaise eau.
A sept ou huit milles de Vera-Cruz on passe sur un bateau la rivière Xamapa. De là , j'ai presque toujours longé le rivage de la mer, seul , à travers une solitude qui n'est interrompue que parle bruit, sourdement mugissant, des vagues de la mer, qui s'étendent doucement sur un rivage incliné, changeant a leur gré le lit de sables mouvans qui le couvrent. Quel contraste entre le séjour suMimement varié d'une nature animée sur les montagnes que je venais de descendre, et l'aspect d'une nature morte ou mourante, sur les espaces immenses de l'Océan et sur des régions monotones de sables arides ! Cependant je crus être heureux pendant les deux jours que je parcourus ces quarante milles, entre la Xamapa et A bar ado. Je me représentais encore une fois tout indépendant du Monde civilisé , comme les quatre jours que je passai seul sur la Rivière sanglante * où j'avais presque même oublié que c'était pour aller chercher les sources du Roi des Fleuves* que je me trouvais dans cette situation ; que je devais en sortir et franchir tous les obstacles qui s'opposaient à mon entreprise. Une cabane de pécheurs , où je me retirai la nuit, nota rien aux rêves de mon imagination.
Vous me voyez marcher lentement sur ces plages, la tête baissée , conduisant mon Ruminante à la main . le laissant souvent libre , pour courir sur une coquille ou un fruit exotique, que la mer je-
tait et reprenait du même flot; vous me voyez m 'arrêter souvent, remuant le sable de mon bâton, pour y chercher quelque ouvrage curieux , que la Nature jalouse cache souvent aux yeux des mortels ; vous me voyez. . . Oui, bien des choses se remuaient
dans ma tête !.... et dans mon cœur Enfin, je
voyais la main du Créateur qui me montrait une autre création dans les traits si saillans de dissemblance qui distinguent ce nouveau monde du vieux. Mais nous voilà arrivés à l'endroit d'où je vous écris.
Alvarado prend le nom de la rivière qui y forme un grand lac , et se décharge dans la mer par une embouchure de deux milles de long. Ce village n'était autrefois qu'un repaire de pécheurs , ou de pirates, de contrebandiers, à qui les plages solitaires que nous venons de parcourir facilitaient tous les moyens de mettre leurs entreprises à couvert de la vigilance de quelques soldats , stationnés par le Gouvernement dans un fort à l'embouchure de la rivière , et qui souvent se concertaient avec les contrebandiers et les pirates.
La Révolution qui fit de la forteresse de Uloa et de Vera-Cruz deux empires séparés , dont les hostilités apportèrent tant de malheurs sur la dernière, favorisa Alvarado, et en fit ce qu'était Vera-Cruz avant la Révolution : l'Entrepôt général du Commerce entre le Mexique et les Nations étrangères. Il est , comme Tampico , sorti du néant à une proa-
T. II. a 3
( 354) petite étonnante que la fièvre jaune , les Motqwiot, et mille antres fléaux ne suffisent pas à paralyser, tant la soif de l'or, je le répète, triomphe de toutes sortes d'obstacles.
On dit que les deux extrêmes se touchent : c'est vrai; du moins j'en suis 'moi-même une preuve actuelle; car je finis ma carrière Mexicaine comme je lai commencée : il m'arrive de combattre ici, en partant de ces contrées, avec le même Colonel qui m'ennuya tant à Tampico à mon arrivée pour m'en disputer l'entrée; mais heureusement il est toujours aussi ivrogne qu'il l'était alors, et le vin n'a qu'un court empire contre la justice et la raison. 11 avait l'air de vouloir examiner tous mes papiers , toutes mes caisses de minéraux , mes curiosités, etc. , mais je lui tins pied, et mes recommandataires se joignirent à moi pour couvrir de honte ses attentats vexatoires. Ne prenait-il pas pour prétexte que mes caisses pouvaient contenir de For et de l'aident en barres ou en espèces, pour lesquels on paie un droit? Le directeur de la Douane lui répondit que ce n'était pas son affaire , et il me fit l'honneur de me dire qu'il se fiait à ma parole, se reposant sur les témoignages des négocians, qui m'avaient recommandé. J'avais si bien arrangé mes minéraux dans les caisses que les visiter c'eût été tout bouleverser, et briser surtout les plus délicates et les plus belles cristallisations. Ici je dois rappeler avec la plus vive reconnaissance les bontés et l'intérêt que
m'a prodigués et me prodigue encore M. Fontanges, un des négocians auxquels j'ai été recommandé.
Ce pauvre Colonel (Don Pedro de Landero ) aime à jouer le rôle de despote, d'anarchiste, etc.; et il met , partout où il va , la révolution et le désordre. Il vient d'être rappelé de Campéche, où, opposé au général Santana , qui n est pas non plus l'homme de l'ordre et de la tranquillité , il avait anarchisé tout l'État de Yucatan , dont Campéche est la Capitale. Je ne passerai point sous silence cette affaire vraiment criante , et qui n'est pas encore apaisée ; elle fait , en quelque sorte , partie de l'histoire de la Révolution dont nous avons tant de fois rencontré les traces dans ce pèlerinage.
Santana est le Général-Commandant et le Gouverneur du Yucatan. Croyant voir , dans les élections des députés pour le Congrès de l'État , et dans la conduite du Congrès lui-même, des intrigues, des menées contre-révolutionnaires, il accula de Gariupinisme toutes les autorités de l'État , les déposa , et mit l'État sous un Gouvernement militaire, le tout, de la manière la plus sommaire. Le Colonel Landero, commandant la place de Campéche, s'était mis à la tête des factieux contre Santana; il fut rappelé par le Gouvernement général de la Confédération , qui le destina , par intérim* au commandement A'Alvaradoy comme s'il avait voulu me ménager le plaisir de le voir une fois encore avant mon départ.
Je ne saurais vous dire de quel oôté est la raison
J'estime qu'ils ont tort tous les deux , également anarchistes. Il est certain que les Espagnols ne cessent de fomenter la discorde, et de combiner une contre -révolution; leur correspondance avec la Havana est aussi indubitable que facile dans le Yucatan ; mais , Santana , quelque excusable que le rendent ses intentions , mérite le blâme par le mode despotique dont il les a persécutés. A la vérité, peut-être a-t-il dit : « extremis malis extretna remédia. »
D'un autre côté, Landero, subalterne de Santana , devait lui obéir , comme un soldat à son général , et comme un citoyen au Gouverneur de l'État, car tout acte de désobéissance au Gouvernement est un commencement de dissolution sociale. Il devait respecter, dans les mesures de son chef, eussentelles été revêtues d'apparencesarbitraires, la sublime sentence : *salus populisuprema lex. » Au reste, toute haute surveillance et toute responsabilité n'appartenant, en pareil cas, qu'à Santana, Landero, en se révoltant, n'a montré qu'une insubordination séditieuse.
Je vous ai dit que Santana n'est pas non plus l'homme de l'ordre et de la tranquillité : c'est ce que toute sa vie politique autorise à croire ; je vais vous en tracer une petite esquisse, qui ajoutera à vos notions sur le pays et sur les hommes , dont sa situation dépend le plus.
Santana , d'une bonne famille de la province de
( 357 ) Vera-Cruz, a eu cette éducation purement militaire, qui , sans le secours d'une autre qui la coordonne avec sagesse, a le plus souvent pour conséquences immédiates , le despotisme et le libertinage. Il déploya tous les vices du libertin, dès sa jeunesse, au service des Espagnols , qui lui offraient en cela de bons modèles ; et il trouva dans la Révolution les moyens d assouvir ses inclinations de despote. Sa figure , belle et heureuse , lui fut un puissant auxiliaire pour exercer l'un et l'autre penchant.
Santana ne manqua pas non plus d'ambition , et c'est ce qui lui fit jouer bien des rôles différens dans les premiers temps de la Révolution. Ensuite il fut Iturbidiste sous l'Empire , et le premier à se révolter contre Iturbide. À la chute de l'Empire, il eût voulu, sous une autre devise, monter lui-même au pouvoir suprême; mais Vittoria, qui s'était d'abord uni à lui contre l'usurpateur, le tint aux attaches , faisant déclarera l'armée, qu'elle recevrait le Gouvernement jugé plus convenable à la Nation par les représentai du peuple, qu'il fit réunir à la hâte en Congrès général.
Après le traité de Casa Matta, ou l'abdication d'Iturbide, Negrete, Bravo et Vittoria furent appelés au Gouvernement exécutif ; Santana se retira avec une troupe de factieux à Saint-Louis-de-Potosi , prit possession de la ville, et érigea le Gouvernement Mexicain en République fédérale, s'en déclarant le Protecteur. Il y régna quelque temps en dict^-
leur, et avec tout le faste d'un Souverain Asiatique, levant des contributions dans toutes les province? environnantes; ayant ses sérails et ses eunuques; accordant ses faveurs, ou )ePalo, au gré du caprice ou du despotisme. Mais le Gouvernement générai envoya contre lui le général Armijo avec des forces supérieures ; fl fut réduit à l'obéissance , et traduit en état d'arrestation à Mexico.
Ambitieux, adroit, et doué de grands talcns pour l'intrigue, il parvint à se faire nommer Commandant militaire du Yncatan; et, par les mêmes moyens, il ne lui fut pas difficile d'en devenir aussi le gouverneur civil; et il a fini, comme nous l'avom vu , par chasser ce même Congrès qui l'avait élevé à tant de dignités. Il continue maintenant ses intrigues dans le Yucatan. On dit qu'A va être rappelé ; mais il en fera encore de belles si on lui laisse encore les moyens de tourner le pouvoir en faction , des missions administratives ou militaires , en anarchie et en guerre civile.
Du Yticatan et de Sant&na, retournons où nous sommes, à Àlvarado.
Ce village n'est pas loin d'un endroit dont on a beaucoup parlé , comme un de ces isthmes qui ont fourni souvent le projet d'un canal de navigation , pour unir la mer Atlantique à la Pacifique. Cet endroit est Guasacualco , à cinquante milles environ au Sud-Sud-Est d'Aivarado. Sans rappeler l'histoire trop longue des projets d'unir ces deux mers, et les
( 35o ) divers endroits que des intérêts ou des rêves rem ont indiqués comme les plus propices à une telle entreprise , je me bornerai à signaler les lieux qui offrent le projet moins chimérique, pour ensuite conclure par Guasaeualco.
Il y a plus de deux cents ans que dans la province de Choco (dans la Nouvelle-Grenade), on avait découvert que, pendant la saison des pluies et l'inondation de la vallée de Choco , on pouvait communiquer, au moyen de petits canots, d'une mer à l'autre ; un Curé s'était même permis de faire pratiquer une petite coupe par ses Indiens pour faciliter cette communication. Mais la jalousie de quelques Espagnols , qui avaient des intérêts contraires, insijrgea contre l'ouvrage du Curé, le fit détruire, et peu s'en fallut que l'entrepreneur Curé ne payât cher sa découverte et son industrie.
Plus tard cm mit en projet l'isthme de Darien. Les rapports sur la possibilité d'y couper un canal, aussi grand que le détroit de Gibraltar , ne furent pas moins extra vagans que nombreux; mais à la fin on décida que les immenses montagnes de rochers qui l'entrecoupent , rendaient l'opération impraticable. William Pitt paria avec enthousiasme de ce grand projet, et I'Édinburgh Reveew disait que « This magniftcent undertakmg p régnant with, etc. , etc. , etc. , was so far from being a romande and chimerical pràjectj that it was not only yradicable, but easy (1).»
* «Cette entreprise magnifique, *i groue d'avenir, loin d'être un
Mais les spéculateur* Anglais, qui voyaient pfa» clair que Pitt et rÉoiNBCR^H Rsvisw, n'en firent
rien.
La Fa$hiony ou la rage, of cutting istkmuses (de
couper des isthmes), tomba sur Nicaragua. Les Anglo-Américains formaient une Compagnie pour y ménager ce mariage des deux mers ; leur imagination en voyait naître des profits gigantesques ; ils voyaient déjà leurs fils, dominateurs de ce passage, devenir les despotes du commerce des deux mondes; mais je ne saurais vous dire ce qui leur fit soudain abandonner l'ambition de devenir Micramégas imaginaires, et embrasser la sagesse de demeurer Yankee*, avec leurs dollars réels.
Maintenant les Ingénieurs et les spéculateurs de tous les mondes sont en grand mouvement pour couper l'isthme de Guatacualco, que d'autres appellent aussi de Tehuantepec; c'est celui qui est à peu de distance d'Alvarado.
La largeur de l'isthme est d'environ cent vingt milles. Des montagnes, de la hauteur jusque de cinq ou six mille pieds, le séparent , mais on dit que la distance à franchir entre la rivière Guasactialco, du coté de l'Atlantique, et celles de Ckimalapa et Tehuantepec, du côté de la Pacifique, n'est pas bien longue, et que des grands ravins qui entrecoupent ces montagnes offrent des sinuosité
projet romanesque et chimérique , était non feulement praticable, mî facile, *
propres à un canal de communication. La coupe du canal est, dit-on, d'autant plus facile, que le terrain est presque partout alluvial ; ses bords offriraient de grands avantages à une colonisation ; les embouchures du Guasacualco et du Tehuantepec seraient des ports sûrs pour les bâtimens qui viendraient mouiller aux deux extrémités du canal. Je leur souhaite beaucoup de fortune, mais je doute qu'ils y réussissent. Ce passage ne peut pas, je crois, convenir au commerce Anglais. — Les Anglais n'y associeront pas leurs guinées; et, sans leurs guinées toutes puissantes, l'entreprise, ne fûtelle pas chimérique, échouerait totalement ; et, si le défaut de leurs guinées n'était pas un suffisant obstacle, leurs intrigues auprès du Gouvernement Mexicain, et ailleurs, feraient le reste.
Alvarado est peuplé d'étrangers qui se font une guerre de concurrence, assez utile aux Mexicains. On a sagement dit que le commerce, là principalement où il commence ses essais, présente une perte à côté d'un gain, et souvent une dupe à côté d'un fripon. Autrefois les Mexicains étaient victimes du monopole des étrangers, aujourd'hui les étrangers le sont de la liberté du commerce Mexicain.
Tout le monde y envoie des marchandises; leur prix diminue , en se heurtant ; les Mexicains achètent à bon marché, surtout s'ils paient argent comptant, et vont vendre assez cher dans l'intérieur.
Mais, me demanderez -vous, comment les étrangers peuvent-ils tenir à cette sorte de commerce, si ruineux? C'est qu'à la fin seront vainqueurs ceus qui auront le plus de capitaux et de courage pour continuer à perdre long-temps : la concurrence baissera pavillon devant eux. Quels seront ces vainqueurs? Les Gainiez, Comtesse. — Les concurrences Française et Anglo-Américaine ne sont pas assez riches pour résister à celle des Anglais ; et vraiincqf , quoique des Américains et des Français j fassent le commerce, la marchandise qui y circule est j déjà presque toute Anglaise. Dans quelques années, les Anglais auront donc ( si les affaires répondent un peu aux probabilités) tout For des mines et du commerce de la plus grande partie de l'Amérique. Sans doute cette nouvelle domination nécessitera de grands coûts ; mais elle peut devenir un jour bien plus puissante que celle des Indes Orientales. L'une appartiendra à la Nation , tandis que 1 autre est le privilège et le monopole principal d'une Compagnie.
Dans ce pèlerinage, je vous ai tracé un court aperçu de ce que le Mexique a été et de ce qu'il est; mais que vous dirai -je de ses destinées futures? Comme nous l'avons vu , il possède bien des élémens d'indépendance et de bonheur , mais aussi sont-ils encore menacés par de grands germes de discorde et de malheurs : les Espagnols , les Moines et le Jésuitisme , qui s'y cache même sous la
devise du Maçonisme* ne négligeant ainsi aucune manière de tendre ses pièges.
Vous direz peut-être que j'ai trop insisté sur ces trois points ; mais peut-on jamais dévoiler assez les . ennemis de l'humanité et des libertés des peuples, surtout là où elles invoquent plus qu'ailleurs la voix du voyageur philanthrope ! peut-on jamais accuser assez les profanateurs de notre sainte Religion dans un temps où l'hypocrisie, l'avarice et l'ambition lui préparent une autre époque de protestantisme, encore plus destructeur peut-être quç celui du seizième siècle! Et du reste, permettez que, pour m'en justifier mieux dans votre estime et dans votre âme religieuse, je m'appuie de deux grandes autorités , qui donneront la dernière main au tableau véridique que je vous ai tracé des Espagnols et des' Moines dans le Mexique.
Quand Ferdinand fut appelé par Napoléon au célèbre Congrès de Bayonne, il s'arrêta quelques jours à Burgos pour mieux réfléchir sur la situation où il se trouvait. Il v rassembla à la hâte ce qu'il croyait y voir d'amis et d'hommes sincères, plutôt que des ministres, et leur demanda leur avis sur le quid agendum. Devait-il avancer vers Bayonne ou reculer? Le plus grand nombre de se#s conseillers lui donnait, pour garant de sa résolution d'avancer, la générosité de Napoléon et, en tout cas, l'héroïsme des Espagnols. Un d'entre eux fut d'un avis contraire, et, pour en démontrer les argumens justifi-
( 364) catifs, il émit consciencieusement des aveux qui tombent ici très à propos. Ce conseiller était lrquijo, qui avait été récemment ministre du père de Ferdinand ; et notez qu'il s'expliquait d'autant plus franchement que, consulté de loin, il répondait par écrit.
Il dit qu'on ne devait pas se fier à Napoléon. parce que l'Espagne elle-même n'offrait pas le type di la loyauté ; que dans l'Espagne ancienne on ne trouvait que des exemples d'assassinats de Rois par des usurpateurs, ensuite assis sur le trône; que dans les siècles postérieurs on vit les mêmes crimes commis pyr des Rois bâtards sur des Rois légitimes ; qu'Henri II en était un exemple; que de l'incestr qui donna naissance à ce prince, dérivaient le» dynasties qui avaient peuplé une grande, partie des trônes de l'Europe, et que, par conséquent, on ne devait point attendre des autres une loyauté qu'on n'a pas montrée soi-même , ni permettre que Ferdinand allât plus loin vers la France.
Il disait que , comme les Héros de Plutarque, les Héros de l'Espagne n'avaient acquis leur renommée et leur gloire qu'en marchant sur des milliers de cadavres; qu'on devait se rappeler les couronnes que Charles-Quint avait enlevées, et le* cruautés envers les souverains ses prisonniers de guerre ; que les Espagnols en avaient fait autant 3 d pis encore envers les Empereurs et Rois des Indes, et que si les Espagnols avaient voulu défendre ces action
sous le prétexte de la Religion , on pouvait biëh le faire aussi sous le prétexte de la politique; qu'enfin, cette tactique était commune à toutes les dynasties de l'Univers.
S'expliquant particulièrement sur les Espagnols 9 et sur ce qu'ils ont fait en Amérique , il dit que , par malheur, depuis Charles-Quint, la Nation Espagnole n'existe plus, parce qu'il n'existe point réellement de corps qui la représente, ni d'intérêts communs qui se réunissent vers le même but ; que l'Espagne est un édifice gothique , composé de morceaux , avec autant de forces , de privilèges , de législations et de coutumes qu'il y a presque de provinces; que l'esprit public n'y existe plus; que ces causes empêcheraient toujours la formation d'un Gouvernement solidairement constitué > pour réunir les forces , l'activité et le mouvement nécessaires ; que les émeutes et les tumultes populaires étaient de très-courte durée ; que tous ces troubles produiraient des effets pernicieux ( il a été grand prophète ) dans les Amériques* parce que les Naturels du pays voudraient développer leurs forces et secouer le joug qui pesait beaucoup sur eux depuis la Conquête; que l'Angleterre même les aiderait , en juste revanche de ce que les Espagnols firent imprudemment, unis aux Français j pour soulever leurs colonies.
C'est donc un grand personnage Espagnol, un ministre d'un Roi d'Espagne , qui confirme entièrement de son suffrage ce qui est dit çâ et là des
Esptgnolsdans ce pèlerinage. Entendons maintenant un grand écrivain, un philosophe célèbre, un pieux ecclésiastique, l'ami de l'humanité, l'abbé Raynal. Yoyons comme il joint son témoignage à mes observations sur les moines du Mexique \
• C'est à Londres , et pour Y Angleterre, que j'ai écrit cet ouvrage , c'est donc d'une édition anglaise que j'ai dû tirer le passage suivant de Raynal. Détroit par la Censure dans tontes les éditions françaises, je me vois forcé de la tradnire moi-même de mon miens dn texte anglais :
« Les Moines» en Amérique » sont une race d'hommes sans connaissances et sans principes; leur libertinage se joue de leur institution , et viole impudemment leurs vœux. Leur conduite porte le scandale as comble; leurs convens sont autant de /apcmaûwf, et leurs confesatonnaizr autant de marchés d'indulgences. Voilà comme, pour nne pièce de monnaie > ils tranquillisent la conscience du scélérat. Voila comme ils insnnent la corruption dans les âmes innocentes , et portent la séàuctioz dans les familles. C'est nne engeance de Simonistes qui font nn trafic public des choses sacrées. Le christianisme qu'ils enseignent est une source d'absurdités. Avides d'héritages, Us font servir à leur cupidité la fraude, le vol et le parjure. Ils corrompent les magistrats , et les changent en instrnmens [de leurs passions. Il n'est pas de crime pour lequel ils oe soient sûrs de l'impunité. Ils soufflent la discorde , animent les peuple a la rébellion. Ils sèment la superstition partout où ils touchent , et ce* eus qu'il faut accuser de toutes les calamités qui ont désolé ces région lointaines. Tant qu'ils existeront dans ces pays, ils tiendront en mouvement l'anarchie , par la confiance aussi aveugle qu'illimitée qu'ils inspirent à ces peuples, et par la pusillanimité des dépositaires de l'autorité dont ils disposent an gré de leurs caprices. Voyons cependant de qaelfc utilité ils peuvent être. Les considère-t-on comme des explorateur ! Mais quel bien en doit attendre une sage administration l Y verrait-on un contrepoids au pouvoir du Vice-Roi? Hais quel misérable expédient Ne seraient-ils là que pour servir les intérêts dn Souverain Pontife! Le leur permettre serait encore impolitique. Sous quelque aspect qu'il* s'rffient 4 vos yeux, les moines, au Mexique % sont une race de médtfJ* Indignes d'y demeurer plus long-temps, tant ils y répandent de scandale et de désordre. ■
« The Monks in America are a set of men without knowledge and without principles ; their independence tramples upon their institutions, and makes them regardeless of their vows. Their conduct is scandalous , their houses aro so many places of evil ressort, and their tribunals ofpenance so many trading shops. From thence it is, that for a pièce af money they quiète the conscience of the villain; from thence it is that they insinuate corruption into innocent minds, and that they seduce women and girls into the bancheres. They are a set of simonists who make a public traffic of holy things. The christianity they teach is defiled with ail sorts of absurdities. Greedy of inheritancy , they de fraud, rob, and perjure thetnsetves. They dégrade the magistrate and thwart them in their opération. There are no crimes which they can not commit with impunity. They inspire the people with a spirit of rébellion. They are so many eneouragers of superstition, and C the causes of ail the troubles that hâve agita ted thèse distant régions. As long as theyexist tliere 3 they will kcep up anarchy, from the confidence, as blind as it is unlimited, which they hâve obtained of the people, and from the pusillanimity with which they hâve inspired the depositaries of the authority , whom they dispose of at pleasure by their intrigues. Let us therefore inquire of what great utility they are ! — Are they informers? A wise administration has no need of them. Are they to be menaged as a conter-
poise to the power of the Viee-roy? This is an Mie appréhension. Are they tributaries of the grat? this is an evil that must be put a stop to. Undrr whatever aspect we consider matters 3 the monts m a set ofwretches, who scanda lize and disturb Mexico too much to altawe thon to remain there any longer. ■ C'est ainsi que parlent deux grands hommes des Espagnols et des moines espagnols ; ils en auraient dit bien davantage si , comme moi , ils s'étaient promenés au petit pas dans ces régions l Et cependant mes expressions sont plus modérées que les leurs. Si M. le baron de Humboldt a passé sous silence les abus que nous avons signalés , c est que sa plume était influencée par la reconnaissance due à un Roi qui lui avait permis l'entrée dans cette terre, cachée et défendue rigoureusement à tout étranger. Il a sacrifié aux convenances les sentimens et la voix de son âme généreuse.
% Ici se termine mon pèlerinage au Mexique. C'est demain que j'embarque mes caisses pour New- York ; bientôt je m'embarquerai moi-même, incertain où me conduiront mes destinées. Que la Providence me soit aussi propice dans mes promenades nouvelles ; qu'elle me conserve votre estime, cette arme si redoutable à mes ennemis. Je continuerai de vous tracer le tableau physique et moral des pays qu'il me sera donné de parcourir, k charme de vos correspondances se joindra encore, je l'espère , à mon désir de vous être agréable ,
( 369 ) pour faciliter ma tâche en stimulant ma paresse et animant ma plume. S'il était écrit que je dusse finir loin de tous mon pèlerinage terrestre *, puisse la Providence nous réunir par delà ce monde , et faire contribuer à notre bonheur céleste l'éternel échange de nos sentimens d'estime et d'amitié. — Adieu , Comtesse ! le Ciel vous bénisse , et , avec tous , les vôtres et les miens.
Adieu aussi à tous , peuples long-temps esclaves et toujours dignes d'être libres ! Adieu, Mexicains! Puissé-je vous avoir vengés des calomnies de vos détracteurs, ou légers ou méchans, par une esquisse impartiale et fidèle de vos mœurs , de vos arts, de vos institutions anciennes et nouvelles! Puissé-je avoir mêlé à mes vœux et à mes espérances l'expression de quelques vérités utiles !
*.......» mottissima corda
Humano gemgri dore te Natura fatttur.