‹ Le MexiqueChapitre 2 sur 21 · J. C. BELTRAMI · texte numérisé non relu

J. C. BELTRAMI

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Étranger, Je dois, pour me faire connaître au lecteur français, entrer dans des détails qu'en tout autre cas je voudrais éviter. C'est à ce titre qu'on me pardonnera, j'espère, de parler de moi , avec un peu d'étendue , dans cette préface.

Cet ouvrage est la continuation du Pèlerinage que j'ai publié l'année passée à Londres en deux gros vol. in-S" (*).

(*) Quelques observations sur ce Pèlerinage ne sembleront peut-être pas indifTérentes.

Embrassant une étendue de quatorze mille milles environ , il conduit le lecteur de ma chaumière aux sources de la Rivière sanglante et du Mississipi, et de là aux embouchures de ce dernier fleuve.

On devait le faire paraître à Paris en même temps qu'à Londres. M. Jullien, le directeur de la Revue Encyclopédique, dont le monde littéraire savant, et les Étrangers, admirent, à si juste titre, les talens et l'obligeante courtoisie , avait bien voulu s'en occuper. Un de ses illustres collaborateurs, M. le baron de R...., l'avait assuré de sa coopération : c'est lui qui se chargeait de la révision de mon mauvais français, à mesure que j'envoyais deLondres le manuscrit sortant des mains du traducteur anglais, et les premières épreuves.

Pour faire voir que l'ouvrage avait obtenu amplement leurs suffrages, je pourrais citer ici textuellement les lettres qu'ils daignèrent m'écrire , si elles n'exprimaient, en termes trop flatteurs pour l'auteur, les présages de succès; mais je me bornerai à rappeler la note mise en bas de l'article où les rédacteurs de la Revue Encyclopédique (vol. Sq, pagf 659) me firent l'honneur de parler du Pèlerinage, imprimé en Anglais.

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Inférieur, peut-être, sous le rapport physique et géographique, il n'offre pas moins d'importance par le côté politique et moral.

« Nota. Un de nos collaborateurs avait traduit en français l'ouvrage de M.'Ji3eltrami , sur des premières épreuves (et sur le manuscrit) envoyées de Londres, et il avait pris des arrangeuiens avec un libraire de Paiis, pour assurer la prompte impression de son travail. Des obstacles imprévus, indépendans de la volonté du traducteur, ont empêché jusqu'ici cette publication , qui , nous l'espérons , ne sera pas long-temps différée. »

J'ai appris que ces obstacles consistaient dans la banqueroute de l'imprimeur, qui était en même temps l'éditeur.

Les deux volumes dont se compose mon Pèlerinage en Europe et en Amérique, embrassent, le premier, mes promenades dans divers Etats de l'Europe, et principalement en France et en Angleterre; le second, mon passage de l'Atlantique, une petite revue des Etats-Unis orientaux et occidentaux , le passage des Alleganys, tout le cours de l'Oluo et du Mississipi , la découverte des sources de ce grand fleuve , qui se jette , au Sud, dans le golfe du Mexique; de celles de la Rivière sanglante, qui, descendant au Nord, va verser ses eaux dans la mer Glaciale, dans la baie d'Hudson ; la description des pays et des tribus sauvages, qui occupent un monde de déserts, ou inconnus ou presque inconnus.

Ce que je dis de l'Europe a été qualifié avec faveur dans plusieurs États du Continent, quoique, dans quelques-uns, il ne soit pas trop permis de louerl'homme qui expose franchement sa manière dépenser. Je citerai notamment les suffrages qu'ont obtenus des traductions en Allemagne, (ix^nmésiéceminent encore^^arleMorgeyiblutt deStuttgard {iyaLViiliS2g); et les éloges de presque tous les journaux anglais, qui ont même reproduit plusieurs fragmens , en particulier mon tableau physique et moral du Parlement ( le Times a ouvert par là , dans ses colonnes , la session en 1828) ; mon portrait allégorique de leur John Bull; mes Premiers pas dans Londres, etc., etc., bien que, en généi al, l'ouvrage flatte moins qu'il ne heurte la susceptibilité facile et l'orgueil national de ce peuple. Entre

aulies, le TVcekly Times s'exprime ainsi « M. Beltrami, very happily

mingics ihe charactcrs of ihe aniiquary, connaisseur, the man of tetters, and the Iraveller. Ile is nevcr found at fault; whatever suhject arises, as

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Les peuples que je peins étaient ou inconnus ou défigurés par l'ignorance, la superstition et la tyrannie.

Vous percez, de vos conjectures, jusqu'à la première lueur

connectcd w'ith ancient lùstoi^', the fines-arts, littérature, or geography, is sure to rcceive most apt illustration from our indcfaiigable voyageur. TVo also admire lus almost total absence of dogmatism : an ipse dixit is not to be foundthroughout the ivork, but events appear io be depicted in their natural colours, andthen left to the taste andj'udgement oftlie rcader. M. Deltramis mind is evidently of the mercurial order ; it glanées hastily at an object, throws a full yct momentary light upon it, and then hastcns on to toueh on other poiiits. The remarks of M. Bel trami onhisroadto and tiough France are replète ivith the émanations ofan élégant taste and an informcd mind; his vaKietion of Napoléon is pcrfeelly correet : whilst the writcr pays every homage to the lasting évidences ofthe Imperor's gcnius ivith which Fi ance is fillcd, he does not loose in his vénération of profound intellect, a memory ofhis selfdmess, . . .

Le ScoTS-TiMEs, un des journaux les plus estimés de l'Ecosse, se plaignant du vide que renferment d'autres ouvrages, même de ses concitoyens, sur le continent qu'ils parcourent, déclare que c'est mon ouvrage qui vient remplir ce vide.« A work affording this desideratum novu lies before us, and as such is well worthy of serious investigations. » Ensuite , après une longue critique, me faisant l'honneur de me comparer au Baron de Staël, il ajoute : « It is not often that a foreigner at once hits upon the sirong points, and appréciâtes the many seeming contrarielies of our national character. We hâve little hésitation, howener, in saying, that ire thinch M. Beltrami, cven during his short stay, has donc so, We ivould say that his Pinelli sketch on England is one ofthe faircst and most graphie that has been lately made by any foreigner. »

Le Qnarierly Bevicw lui-même, quoique le plus grand Séide du cabinet de Saint-James, que je n'ai pas trop épargné dans le cours de l'ouvrage, me compare avantageusement à don Michel, à l'occasion de mon tableau de la Tamise; et, après d'autres citations, il continue ainsi : « M. Beltrami' s observations on London and the manncrs ofthe English generally are more iorreet tlian foreigncrs are apt to make.. . . . They occupy halfthe first volume. Lui we shall pass them contcnting ourse! res, as a spécimen, wilh thia 1 h

qui s'échappe des ténèbres de leur antiquité la plus reculée ; TOUS passez à travers leurs temps fabuleux et merveilleux, les suivant jusqu'à la Conquête, image trop fidèle de la fable de

brief and masterly sketch of John Bull moral character and pcrsonal habits »

Mes observations sur l'Amérique n'ont pas été moins honorées de l'approbation publique. Elles m'ont valu les mentions favorables, et souvent répétées, d'un grand nombre de journaux, surtout en Amérique, en Angleterre et en France.

C'est à la Nouvelle-Orléans qu'aussitôt descendu des sources du Mississipi, etc., et en présence même du grand fleuve, le héros de la pièce, je publiai d'abord et séparément ma Découverte, sous les yeux de mes juges naturels et les plus sévères, qui ne devaient pas voir sans jalousie qu'un Européen eût pu tout seul faire ce qu'avaient inutilement tenté des Expéditions envoyées dans le même but. Je ne voulus pas, comme d'autres voyageurs, mettre l'Océan entre ma plume et le théâtre de mes exploits. Voici notamment quelques-uns des témoignages de l'opinion publique Américaine :

Le Courrier Louisianais (i5 avril i8?,4) • <i It may irai be said ihul

M. Bettrami's work is the only one giving a full knowledge of the Mississipi, and of the tribes living on iis banks. Before he discovered the real sources of that great River, as many merely wcrc given to it as its outlets. The Wlxiie Bear Lakc, the Leach Lake, the Read Cedar Lahe, were disputing, cach olhcr, the honour of being the sources of the fincst river in the ivorld ; and MM. Pike and Scoolseraft that of having discovered it. TJlien ive rcflcct that a Stranger, assisted by only a few interpreiers, has donc more, alonc, than ail the Expéditions undertaken at great expenses by Gouvernement ; ivheii ive Ihiiik c^f the dangers to which he has been exposcd ; the toil and fatigues he has cndurcd, the obstacles of ail kinds which he has had to surmount to achieve such an undertaking, vue can-not hclp admiring the persévérance and courage of that dislinguished individual, and regretting that the glory of the enterprise do not belong to one of ou r onc cilizens. »

Le Constilulionnel, jouriîal imprimé en Français...: « Nous voudrions, après avoir |\i chacune des lettres de M. Rellranii, pouvoir faire partager

l'aigle gouvernant les oiseaux de toute l'Ornithie, sans d'autres droits que ceux de son bec et de ses griffes. Vous rencontrez les restes de réactions fratricides, de révolutions récen-

à nos lecteurs le vif plaisir que nous éprouvons toujours en suivant ce hardi voyageur dans sa noble entreprise ; mais les bornes d'un article de Gazettenousforcent à n'offrir, pour le moment, que des extraits; et notre embarras est assez grand lorsqu'il faut faire un choix dans un écrit où tout doit intéresser également. »

Mais le Gouverneur, le Sénat, le Congrès de l'État, le Maire de la ville, voulant me récompenser de leur avoir montré les sources et le cours entier du fleave qui fait à la fois l'orgueil et la richesse de ces immenses contrées, m'offrirent aussi les félicitations les plus nobles et les plus affectueuses dans des lettres que je me plais à conserver comme un des monumens de mes ^lé/en'na^c* transatlantiques. Je ne donne ici quelques fragmens que de celles en français du Maire et du Congrès, les deux autres me témoignant en anglais des sentimens non moins généreux.

Le Maire : «... Si votre pays fut le berceau du grand homme qui nous a fait connaître cet hémisphère, de nos jours il était destiné à être celui de l'homme qui devait lui arracher des secrets dont la révélation vous appelle à la considération publique »

10 avril 1824. Signé Ruffignac.

Le Congrès: «... Les habitans delà Louisiane ne doivent-ils pas éprouver là reconnaissance la plus profonde, la prédilection la plus particulière , pour l'homme savant et courageux qui , au prix des plus grands sacrifices, des privations les plus pénibles, est parvenu à découvrir ies sources du fleuve auquel ils sont redevables de la majeure partie de la prospérité de leur pays? et lorsque leurs députés vous expriment ces sentimens, n'est-il pas vrai de dire qu'ils ne font que prévenir les vœux de toute la

population? »

i3 avril 1824. Signé Canonge, membre secrétaire.

J'ai reçu des témoignages non moins flatteurs des journaux, de corps scientifiques et littéraires, de professeurs de New-York, etc., etc.

A mon retour de l'Amérique à Londres, ce fut le Monthly Magazine (mars 1827), une revue de grande autorité, qui, publiant ce que les Américains avaient dit de ma Découverte^ etc., me sollicita de la reproduire eu

les, qui vous retracent les évènemens les plus n^émorabie? , les héros et les monstres qui y ont figuré ; et vous voyez les

anglais. Son lungarticle, dans lequel, modestement, je n'ose trop me contempler, finit ainsi : nTFe Iwpe ihat tlw réception vohlchM. Beltrami's Discoveryofthe source of llie Mississipi, /ms met voit'a (en Amérique) whill induce him lo mahe it known in iliis country (en Angleterre); and in addition io give tho ihe world tlw détails ofhis subséquent adventurcs. »

Gène fut qu'après cette généreuse et publique sollicitation, et d'autres encore, que je me décidai à écrire mon Pèlerinage en Europe et en Amérique, où je reproduisis la Découverte des sources du Mississipi, etc. Sans rappeler ici ce qu'ont dit le même journal et d'autres journaux Anglais de ce qui dans l'ouvrage a trait à l'Amérique , je n'ajouterai que cet extrait du Monthly Review, février 1828 : «TA «5, the glory ofhaving accomplislied a work which varions expéditions had failed io exécute, iiiougk suppor- Icd by unlimilcd funds , stimulatcd by promised rewards and comprehcnding ihe ability, energy and labours of many, was won triumphanily by ihe perscvering enierprise of an unpatroniscd individual. The sources of the Mississipi had bcen variousty appropriated by former iravelers : the laiest expédition^ undertaken f par le général Cas) for tlw purpose of asccriaining thcm, fixed upon Lalie Cedar, now Gassina, as bcing ihe truc point.... »

En France, la Revue Encyclopédique, la Revue Britannique, le Journal des Voyages, les Annales de la Société Géographique, etc., etc., en ont aussi parlé plus d'une fois; et M. de Chateaubriand a bien voulu me citer avec éloge et m'emprunter quelques pages, dans son Voyage en Amérique.

Je suis le seul, jusqu'à présent, qui connaisse et qui ait décrit, sans négliger même d'indiquer tous ses grands tributaires, le cours entier du Mississipi, qui est d'environ 1 100 lieues, et que je n'ai pas quitté un instant de ses sources à ses embouchures ; et un homme qui a vécu, chassé et mené une existence nomade avec les peuples les plus sauvages de la terre, au milieu des premiers traits de la création , doit s'être tro-uvé à même d'oll'rir aux deux mondes des aperçus et des tableaux au moins aussi curieux que nouveaux.

Je suis entré dans tous ces détails pour couclure que la France peutiHre n'aurait pas vu d'un œil indifférent la traduction de mon Pétcrinage en Europe et en /imcri(/uc

personnages qui figurent encore sur la scène Mexicaine. Le passé, en vous étonnant, vous attriste ou vous indigne ; le présent vous soulage ; l'avenir vous offre de douces espérances : le tout vous instruit. Il serait bien difficile à une âme sensible de n'être pas vivement émue , en se promenant sur le sol Mexicain , devant les tableaux si variés de contrastes, sans cesse renaissans , d'une nature toute brute et d'une civilisation ébauchée. Le Musulman y passerait peut-être avec une indifférence moins asiatique qu'il ne passe au milieu des vénérables antiquités de la Grèce , de la Troade, etc., etc.

Souvent la configuration extraordinaire de la terre, les spectacles merveilleux d'une nature morte et vivante, toute nouvelle , et même des découvertes géographiques , fixent aussi nos regards étonnés.

Pour faciliter la lecture de l'ouvrage, si on le juge digne d'occuper quelque loisir, il m'a semblé bon de tracer sommairement l'itinéraire que j'ai suivi.

Je traverse d'abord le golfe du Mexique. Les différens phénomènes que j'y rencontre, je tâche de les expliquer, à travers les contradictions de ceux qui les ont vus de loin. Puissé-je avoir été de quel'î[ue utilité aux savans!

Je débarque sur les rivages de la mort , de la fièvre jaune, dont je décris la nature, les ravages, et la manière dont je suis parvenu à triompher de ses atteintes ; où les lamentations de l'Humanité, toujours couverte du linceul funéraire, font un contraste frappant avec le chant, le gazouillement enchanteur d'oiseaux les plus rares, qui font retentir de leur joie ce triste séjour, et dont l'éclatant plumage dore les forêts et les tombeaux; où l'avarice lutte avec courage contre l'action homicide de tous les élémens.

Avant d'avancer dans les terres, j'essaie de vous faire connaître le terrain sur lequel je vous ai conduits, par un aperyu historique et philosophique, qui vous montre le chaos.

l'antiquité, le moyen âge et les temps les plus modernes de ces pays extraordinaires, qui sembleraient être plus vieux que le Vieux Munde. Là, je vous mets sur les traces de l'expédition Mexicaine que 31ina commença aux embouchures du Saint- Ander, et qui, bien loin de l'endroit du début, alla finir en tragédie sur un des grands théâtres de la Révolution encore vivante de ces peuples, où la Parque crnelle arrêta ses exploits et sa carrière mortelle, que la renommée ranime, en quelque sorte, avec le faible secom-s de ma plume.

En nous avançant vers les hautes terres, un grand colosse, l'une des merveilles du monde, se déploie à nos regards étonnés. Est-ce l'ouvrage de la Nature ou de l'homme ? Je donne à cet égard mes conjectures.

Le passage soudain d'un pays plat, brûlant d'une canicule éternelle, à de hautes régions , où le printemps ne finit que pour recommencer, est un phénomène des plus surprenans ; c'est la réunion, sous un même degré de latitude, des extrêmes des différentes natures, dedifférens climats, de différentes configurations de la terre. Je peins le tout de mon mieux, sous l'aspect physique et moral; je vous conduis d'escalier en escalier, d'étage en étage, sur les plus hautes Cordillières de Tantamansa. De leur sommet , je vous montre , à l'Est, l'horizon qui couvre de son voile l'Atlantique; à l'ouest, celui qui cache la Pacifique. Là, deux sources, qui, sous nos pieds, découlent de deux côtés opposés, semblent nous montrer la naissance, encore inconnue, des deux principales rivières du Mexique : le Rio-Grande, ou San-Yago, qui se jette dans la Pacifique, et le Saint- Ander, tributaire de l'Atlantique. J'expose les apparences, les probabilités et les théories propres à nous confirmer dans cette découverte.

D'autres, peut-être, auront un jour plus de loisir, de moyens cl de talent pour mieux voir que moi, et mieux fixer voire opinion sur ces deux points intéi-essans de la terre, mais

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