CHAPITRE VI
encore moins de maîtres d’hôtel : il suffit d’une laveuse de vaisselle pour cuisinière, et le magasin du confiseur fournit aux exigences secondaires. Encore le créole n’est-il pas très-difficile sur le choix et la tenue des femmes préposées aux soins culinaires. Vêtues de lambeaux, on les voit, les cheveux en désordre et semant la vermine autour d’elles, manier à pleines mains les viandes qu elles préparent, et s’aider de leurs ongles pour éplucher les légumes.
Elevés dans ces habitudes, les Mexicains n’y font guère attention , et bien des maîtresses de maison vont encore, à l’heure des repas, s’asseoir sur une natte dans la cuisine avec leurs enfants, et mangent avec appétit dans la société de ces harpies.
Que fait-il donc de 1 argent qui lui reste, I homme riche qui se plaît à vivre si mal? Il le joue, et, s’il ne perd pas tout, il achète des diamants à sa femme et lui donne une berline.
Il y a vingt-cinq ans, les dames allaient en voiture à la promenade, bien coiffées, avec des diamants, des perles aux oreilles et au cou, et enveloppées d’un grand châle qui cachait le reste de leur toilette, laquelle n’était qu’un déshabillé fort peu décent. Il n’y avait de bien que ce que l’on pouvait voir du dehors; encore ne l’apercevait-on qu’au travers d’une épaisse fumée de tabac.
Tout s’est singulièrement amélioré depuis cette époque. Les Européens sont arrivés * et les femmes ont eu honte de cet excès d’abandon. D’un autre côté, des familles riches ont été passer quelques an-
liées en Europe, et elles en ont rapporté des idees plus justes sur les convenances sociales, et un ton de bonne compagnie que les personnes du même rang cherchent à imiter. Le bas peuple seulement persiste à Mexico dans sa malpropreté.
La promenade de la Viga est la plus jolie qu’on puisse faire en voiture et à cheval ; mais elle n’est de mode que depuis le premier dimanche de carême jusqu’à la Pentecôte. Pendant ce temps-là Bucareli reste désert.
Ea Viga se trouve à l’est de la chaussée du sud, dite d’Iztapalapan , et s’étend le long d’un canal qui joint les deux lacs. Quatre rangées d’arbres forment une avenue principale pour les voitures et deux contre-allées pour les piétons. Une partie de la rive opposée du canal est bordée d’habitations rustiques, entourées de roseaux et de chinampas (57) verdoyantes, dots formant des plates-bandes parallèles, où les Indiens cultivent des légumes et des fleurs. Ces chaumières et ces cultures appartiennent au petit village d’Iztacalco, première demeure des Aztèques après la servitude de Colhuacan.
En suivant le canal, on arrive bientôt à Santa- Anita, dont les chinampas et les jardins sont toujours parés de fleurs. C’est là que les gens du peuple vont le dimanche se promener en canot et acheter des couronnes de fleurs.
Alors se développe au moment de la promenade un spectacle tout nouveau, qui mérite d’être vu. Une infinité de canots sillonnent le canal : les uns