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CHAPITRE VI

vont, les autres viennent, et chacun a ses musiciens et ses danseurs. Ceux-ci, au retour du pèlerinage de Santa-Anita, couronnés de roses, de pavots rouges et d’œillets, se livrent à une gaieté douce qui fait plaisir à voir. Hommes, femmes, enfants, vieillards, tous sont acteurs dans cette scène, soit comme musiciens, soit connue chanteurs ou danseurs; souvent même ils sont tout cela à la lois. C’est un concert immense qu’aucune vocifération , aucune clameur désagréable ne trouble jamais.

Ce peuple, qui ne saurait penser au lendemain, est alors heureux. Pour la première fois il devient intéressant : il y a même du poétique en lui. Aucune dispute, aucune rixe ne s’élèvera dans une réunion joyeuse, dès que les cordes de la guitare commenceront à vibrer : il est tout entier au plaisir. Mais aussi, que partout ailleurs l’intérêt soulève un différend : aussitôt les couteaux brillent, et des coups mortels sont portés.

Au jour d’ouverture de cette promenade, le concours des voitures est immense. Plies forment deux blés serrées de près d’un mille de long, tandis que d’autres garnissent deux places en demi-lunes, d’où l’on passe en revue les équipages, les toilettes des dames et les cavaliers. Les personnes qui se connaissent échangent entre elles en passant un salut, un signe gracieux de la main ou de l’éventail.

Les cavaliers viennent en plus grand nombre à la Yiga qu’à Bucareli. Les uns montent en selles anglaises, les autres en selles du pays. Le costume de

rigueur de ceux-ci est un pantalon boutonné du haut en bas sur les côtés, avec une ceinture de soie, une veste et un chapeau à grands bords, orné d’une double ganse d’argent ou d’or.

On y voyait aussi naguère des cavaliers infiniment mieux équipés; je veux parler de ceux qui avaient conservé l’ancien costume des riches campagnards, et qui le revêtaient dans des circonstances semblables. Quoique ce costume ait cessé d’être de mode, il est cependant encore porté quelquefois à Mexico , et beaucoup plus souvent dans les provinces du nord. Il consiste en un dolman de drap bleu ou vert et une culotte pareille. Le dolman, supérieurement galonné en argent ou en or, n’est jamais boutonné, et laisse voir une chemise de batiste brodée et une cravate a la Colin, dont les bouts sont passés dans une bague a diamant. La culotte, retenue sur les reins par une ceinture de soie rouge à franges d or, est aussi galonnée , et garnie de deux rangées de boutons en argent; elle est entrouverte sur les côtés jusqu’au milieu de la cuisse, et laisse flotter librement le caleçon de toile du dessous; mais à cheval les jambes du cavalier se trouvent enveloppées d’un morceau de cuir brun qu’une jarretière de tissu d argent retient attaché au bas du genou. Ce cuir, appelé bottes de vacher, est aussi brodé avec grand soin; il coûte quelquefois plus de 100 piastres. Malgré sa valeur, c’est un ornement peu gracieux ; mais il rend le cavalier plus ferme en selle; il est même indispensable lorsqu on se livre aux évolutions équestres,

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