C H A F I T R ! •: VI
en 1833, et le combat cj ni s’y donna le jour d ouverture fut le premier auquel j’assistai. Il y avait déjà deux ans que j’étais à Mexico, et je n’avais été nullement tenté jusque-là d’aller voir ces jeux barbares, quoiqu’il y eût tous les dimanches spectacle à un autre cirque près de l’Alameda. .le finis par me laisser entraîner; mais la première fois, je ne pus supporter cette scène terrible plus d’une demi-heure; j’en revins en proie à un sentiment d’horreur dont la vue du sang versé m’avait pénétré. Plus tard j’y retournai , et quoique ma poitrine restât constamment oppressée, je finis par m accoutumer assez aux impressions fortes que j’en recevais pour en attendre la fin, et y trouver même un certain attrait, alors que le taureau était plus terrible et le danger plus grand.
Ce n’est point, du reste, une bizarrerie qui me soit particulière, c’est un effet naturel et facile à expliquer. Si le taureau est mauvais, c’est-à-dire s’il est pacifique, les combattants courent moins de risques, il est vrai; mais aussi on n’assiste qu’au martyre de l animal. En le voyant tourmenter, puis égorger, aucun intérêt ne fait surmonter le dégoût qu’on éprouve, et l’on n’a plus devant les yeux qu’une scène de boucherie. Si au contraire le taureau est furieux , s’il lance des éclairs par les yeux, s'il frappe la terre et fait voler la poussière sous ses pieds, en remplissant l’air de mugissements sinistres, et (pie les toréadors , attentifs à ses mouvements, voltigent autour de lui plus exposés et plus circonspects; si à une attaque imprévue, un des coureurs près de rece-
voir la mort, l’évite par une passe habile, et qu’un tonnerre d’applaudissements gronde dans l’amphithéâtre, alors la vie reste comme suspendue; l’intérêt est au comble, et la pitié du spectateur disparaît sous la puissante émotion qu’il éprouve. On ne comprend jamais mieux qu’alors, dans cette enceinte où plane la mort, et à travers ces frissons de terreur ou de joie qui parcourent tous les rangs de l’amphithéâtre, que cet empire universel qu’exerce l’homme sur les animaux est une conquête de son intelligence et de son courage.
Les courses de taureaux ont été souvent décrites, et les cirques d’Espagne ont fourni des épisodes à bien des romanciers. Néanmoins, je crois devoir donner ici une esquisse de celles de Mexico; je tâcherai de la rendre assez succincte pour éviter l’ennui qui s’attache aux répétitions.
Un jour que le président devait honorer le cirque de sa présence, des amis m’y emmenèrent, m’assurant que la course serait magnifique; toute la ville était en émoi. En effet, le concours des spectateurs était immense : il n’y avait pas moins de huit mille personnes. L’amphithéâtre, construit en bois dans le genre de ceux de Madrid et de Séville, pouvait en contenir encore davantage.
L’enceinte de l’arène est formée d’une palissade de deux mètres de haut par-dessus laquelle sautent les toréadors à pied, quand ils sont poursuivis. Par derrière, un couloir circulaire sépare la palissade de plusieurs rangées de gradins, terminées par trois