‹ Le MexiqueChapitre 104 sur 247 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

rangs de loges qui occupent la plus grande excentricité du cirque.

La première société de Mexico remplissait les loges abritées du soleil. Les dames étaient parées de leurs plus beaux atours, avec des mantilles de blonde blanche et des fleurs dans les cheveux. Les gradins du même côté étaient aussi remplis d’hommes bien mis , et cette première moitié de l’enceinte était admirablement belle; les grandes dimensions du cirque, l’elégance, la richesse des toilettes, en rendaient le coup d’œil magique. Mais l’aspect du côté opposé étail bien différent : on voyait autour de la palissade et aux troisièmes loges des flots de peuple dont les derniers rangs se ruaient sur les premiers, et dont la misère et la malpropreté contrastaient désagréablement avec le luxe éblouissant du reste de l’assemblée.

A l’arrivée du président une svmphonie fut exécutée par une musique militaire; puis ceux qui devaient jouter dans la lice défilèrent sur deux rangs, précédés de quatre fous ou paillasses insignifiants. Les toréadors à pied sont vêtus comme Figaro : culotte et justaucorps de satin, bas de soie blancs, résille; c’est le costume andalou , à la fois brillant et commode pour les combattants.

Parmi eux se trouvent quelquefois des toréadors des cirques d’Espagne; mais ils ne sont supérieurs aux Mexicains ni en adresse ni en agilité. Ceux-ci accoutumés dès l’enfance aux exercices tauromachiques dans les campagnes du Mexique, comme les pâtres d Andalousie dans les prairies qu’arrose le Guadal-

quivir, savent découvrir comme eux dans les yeux du taureau le moment de l’attaque et celui de la fuite. A cheval ils le poursuivent, le saisissent par la queue, et le renversent avec une facilité extrême; à pied, ils l’irritent, l’attirent sur eux, puis l’évitent en faisant des voltes et des contre-voltes qui le mettent en défaut. Ce jeu est presque sans danger pour eux; mais dans le cirque , c’est autre chose : ils ne sont pas toujours heureux dans leur retraite, quand ils briguent des suffrages et qu’ils hasardent trop pour en obtenir.

Lorsque la troupe des combattants arriva au milieu du cirque, elle salua le président et se dispersa. Alors retentit la trompette de signal, et tous les yeux se portèrent sur la porte du ioril. Elle s’ouvrit , et un taureau noir, tacheté de blanc, s’élança bondissant dans l’arène. Surpris de l’éclat de la musique et des applaudissements, il s’arrête pour reconnaître le terrain : il promène ses regards sur tout ce qui l’entoure, et paraît indécis de ce qu’il va faire. Les toréadors l’ excitent de la voix, et font flotter devant lui des morceaux d’étoffe rouge; mais l’animal devinant son péril ne songe qu’à l’éviter : il cherche une issue, et fuit le long de la palissade. Vain espoir! la retraite est impossible, et il témoigne sa douloureuse surprise par un mugissement de détresse.

Cependant à son attitude fière , à son œil vif et étincelant, on devine aisément qu'il vendra chèrement sa vie. 11 bat ses flancs de sa queue, et se prépare à la défense, quand un toréador s’avançant à quatre pas

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