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CHAPITRE VI

Bien îles personnes pensent qu’un opéra-comique Français réussirait à Mexico, d’abord parce qu’il y a beaucoup de Mexicains qui parlent notre langue, ensuite parce que le répertoire étant plus varié, il serait plus facile de contenter le public en lui donnant plus souvent quelque chose de nouveau ; enfin parce que les frais de l’entreprise seraient beaucoup moins considérables. Je suis assez de cet avis , mais je crois qu’il faudrait pour cela que Mexico fût sevré, pendant plusieurs années, de ces opéras à grand spectacle auxquels il est habitué, pour prendre goût à des compositions d’un genre plus simple. Si la transition se faisail brusquement, les chefs-d’œuvre des Mozart, des Rossini, des Boïeldieu et des Meyerbeer courraient le risque de tomber tout d’abord dans le discrédit, et il serait difficile de faire revenir le public de sa première impression.

On joue aussi la comédie espagnole; mais en general les acteurs sont bien médiocres. La scène française fournit une abondante moisson aux traducteurs, qui ne réussissent pas souvent dans la reproduction de l’original : les pièces du Gymnase et du Vaudeville, les mélodrames de la Porte-Saint-Martin et de la Gaîté une fois habillés à l’espagnole, sont souvent méconnaissables. Cependant, quoiqu’elles perdent beaucoup à ce travestissement, elles sont encore, sans contredit, les meilleures du répertoire comique de Mexico.

Disons maintenant un mot du théâtre de Santa- Anna, qui s est élevé en 1844, sous la direction de

l’architecte espagnol Hidalgo. La façade île cet édifice n’a rien de remarquable par son architecture , rien de monumental par sa position, mais l’intérieur est élégant, commode et grandiose. Après le péristyle extérieur vient une cour à coupole vitrée, puis de larges escaliers, des corridors vastes et élevés, un double rang de galeries sur la cour, des foyers pour les promeneurs; tout est fait avec art et sans mesquinerie.

La salle est spacieuse, bien construite et bien décorée; elle a trois rangs de loges, avec une galerie inférieure qui remplace les baignoires, et une autre au-dessus des troisièmes loges pour le menu peuple. Au parterre, chacun a sa stalle, et se rend commodément à sa place par des allées ménagées au milieu et autour de la salle. Les loges, séparées les unes des autres par de légères colonnettes et des cloisons à hauteur d’appui, peuvent contenir aisément de huit à dix personnes. A chacune déliés est attenant un boudoir où l’on se retire dans les entr actes. Ces loges jouissent encore d’un autre avantage sur celles des théâtres de Paris, qui, du reste, sont les moins confortables du monde (59), c’est qu’au lieu de ces balustrades à hauteur d’appui qui cachent une grande partie de la toilette des dames, il n’y a devant elles, au théâtre de Santa-Anna , qu’un rebord de quelques pouces, qui les laisse à découvert de la tête aux pieds. Les élégantes s’y montrent tous les soirs avec de nouveaux atours : le velours et le satin , la blonde et la gaze, façonnés sous les doigts de nos modistes françaises, s’y étalent dans les mille caprices de la

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fantaisie. L’ensemble des loges présente un coup d’œil admirable.

Aujourd’hui la mise des femmes est mieux que riche , elle est encore de bon goût. Les modes parisiennes arrivent en deux mois à Mexico, et les dames mexicaines affectent pour la forme de leurs chiffons la même inconstance que les élégantes qui en donnent la mode à Paris. Mais ce qu’on ignore encore, c’est la convenance dans les parures de chaque âge : une jeune personne porte comme sa mère des robes de velours, des blondes magnifiques, des joyaux d’un grand prix ; elle est aussi de tous ses plaisirs, de sorte que longtemps avant son mariage * elle est déjà blasée sur le théâtre, les bals et la toilette.

On aperçoit rarement dans les loges quelques-unes de ces figures charmantes qui abondent dans les théâtres de Londres, et surtout dans ceux de Philadelphie et de Baltimore; mais on y rencontre îles physionomies agréables, des traits distingués et animés par de beaux yeux. Il y a peu de variété dans les attitudes des femmes; mais le jeu de l’éventail distrait de l’uniformité des poses : elles le ploient et le déploient continuellement avec beaucoup d’art; elles s en servent pour échanger tin petit salut amical , un signe gracieux , et en font un télégraphe d’amour d’un bout de la salle à l’autre. Une conversation muette, mais significative, peut être soutenue au moven de ce messager actif et discret.

On trouve parmi les femmes du peuple d’assez jolies figures; mais le climat, la misère et la débauche

en effacent bien vite ce que la nature y a mis d’attrait. Leur costume se compose d’une jupe d’indienne ou de mousseline claire. De là leur vient le nom de femme en jupon, par lequel on désigne leur classe. La seconde partie de leur vêtement est un pagne ou rebozo , dont elles se couvrent la tête et dont elles rejettent un pan sur l’épaule. Quand elles ont le bas de la figure caché par ce pagne, leurs yeux sont si beaux qu’on les croirait toutes charmantes.

Le teint des Mexicaines embrasse toutes les nuances depuis le blanc d’ivoire jusqu’à la terre de Sienne. On voit rarement des femmes blanches et blondes; par cela même leur beauté est plus vantée , comme chez nous l’alliance d une peau blanche à des cheveux noirs est réputée une perfection. Les peaux brunes n’ont de fraîcheur que dans les contrées fort élevées au-dessus du niveau de la mer; à Mexico, leur teinte uniforme et mate est le partage de la jeune fille comme de la matrone, ce qui rend difficile l’appréciation exacte de l’âge d’une jeune femme. Mais il leur reste la beauté caractéristique de leur nation : de grands veux, de jolies mains et de très-petits pieds.

Les femmes de la haute et de la moyenne classe s’habillent de la même manière, sauf la richesse des étoffes. Elles revêtent le matin le costume à l’espagnole : c’est une robe de soie noire et une mantille de la même couleur. Cette mantille est une parure vraiment séduisante; elle prête mille charmes de plus au visage qu elle ombrage. Lorsque les dames sortent à pied, dans l’après-midi, elles se couvrent la tête de

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