CHAPITRE VI
chiens qui fuient dans tous les sens. C’était l’heure où l’on brûlait jadis, pour la plus grande gloire de Dieu, des juifs et des hérétiques. On se contente aujourd’hui de les brûler en ef figie. Dans chaque rue, des hommes, des femmes de carton, garnis de pièces d’artifice, sont suspendus à des cordes allant d’une maison à l’autre; et au signal donné par le carillon des cloches, l’explosion des pétards met les mannequins en morceaux.
La civilisation, qui s’est si rapidement développée au Mexique, a produit bien des changements dans beaucoup de choses; mais on ne remarque pas pour cela que le caractère des Mexicains se soit grandement modifié; il est resté à peu près ce qu’il était. On peut leur reprocher aujourd’hui, comme au temps où ils étaient sous le joug espagnol, d’être trop peu scrupuleux dans les questions qui touchent à l’honneur, à la loyauté; de manquer de franchise, d’énergie soutenue, de noblesse. Ces défauts se retrouvent à peu près au même degré dans les différentes classes de la société, et ne pourront disparaître entièrement qu’ après quatre ou cinq générations ; de même que le sang des nègres, mêlé au sang des races blanches, y laisse pour des siècles les vestiges de l’esclavage.
Ce joug qui consistait principalement à maintenir la nation dans une profonde ignorance, dans des croyances absurdes sur les choses religieuses et profanes, a perverti les idées comme les sentiments, et altéré les saines notions du bien et du mal. Ainsi, le mot honneur est dans toutes les bouches, mais il n est guère compris dans son vrai sens : I hoimne privé, le
fonctionnaire public et le militaire en font tous une étrange application; on croirait qu’ils le résument à entendre la messe.
Les femmes mexicaines sont de beaucoup supérieures à leurs maris. Quoique mal élevées par eux , elles ont dans le coeur un fonds d’équité et de bonté tel, qu’en général on a beaucoup plus à se louer de leur commerce que de celui des hommes. Elles sont remplies de bon sens, d’esprit naturel et de tact On sait d’ailleurs qu’en tout pays cette dernière qualité est leur apanage. Au Mexique, une femme du inonde fait d’un rien le sujet d’une conversation attrayante; on n’en peut pas dire autant des hommes.
Pauvres femmes! leurs maris les ont trop longtemps considérées comme un bijou dont ils se paraient, et nullement comme une moitié d’eux-mêmes, devant marcher dans la vie à leur côté , d’un même pas et vers le même but. Les époux vivaient à peu près comme s’ils eussent été séparés d intérêts. Le luxe de la toilette de la femme devait avant tout être satisfait : une mode nouvelle amenait une nouvelle exigence qui ne voulait pas être ajournée. 11 était bien rare qu’une Mexicaine , avant de faire une emplette, calculât les ressources de son mari , tînt compte de sa gêne ou de ses engagements pris. Pour elle, dans toutes les conditions, le moment présent était tout; l’avenir rien ou bien peu de chose. De là sont nés bien des désordres.
Toutefois le caractère mexicain tend à une amelioration rapide. On re saurait énumérer tous les chan-