CHAPITRE VI
que ceux des royaumes d’Europe, parce que le criminel n’échappait pas à la potence, quand il avait mérité la mort.
Et l’on peut toujours obtenir le même résultat dans tous les pays chauds, là ou la vie est facile. Voyez la Havane, ou le peuple est encore plus méchant et surtout plus entreprenant qu’au Mexique : c’était une truanderie avant que le gouverneur Tacon y arrivât, parce que ( administration judiciaire était encore pire qu’au Mexique. On se voyait dévaliser jusque sur les places publiques, et tout homme qui avait le malheur de se plaindre était ruiné par les gens de justice, et dans l’appréhension continuelle d une vengeance de la part du voleur ou de ses camarades.
Mais Tacon arriva et tout plia devant sa justice inflexible : grands et petits, abattus sous sa main de fer, ne se relevèrent que pour prendre une autre direction, et les gibets leur rappelèrent qu’ils ne devaient plus s en écarter. Alors on put dormir tranquille, les portes ouvertes. La Havane devint plus florissante que jamais, et le nom de Tacon fut béni.
La responsabilité de tous les crimes, de tous les desordres qui se commettent au Mexique doit donc retomber sur ceux qui gouvernent, sur les juges qui à l’exemple d’Ali, pacha de Janina, agissent comme s’ils avaient affermé aux voleurs l’exploitation des routes (60). Qu’il s se montrent intègres , équitables , ardents défenseurs de l’humanité, et dès lors la sécurité renaîtra et le temps des révolutions sera passé.
Entre eux, les leperos mexicains se traitent avec
une barbarie impitoyable. Il 11e se passe pas un jour qu’il n’y en ait un ou deux de tués, dans des rixes qui s’élèvent ordinairement chez les marchands de vin. Les jours de fête surtout sont funestes à cette gent scélérate : j’en ai vu porter à la morgue jusqu’à cinq dans une seule matinée. Ce spectacle se renouvelle si souvent, qu’on finit par voir presque avec indifférence, étendus sur un brancard et à découvert, ces corps défigurés et dégouttants de sang.
Les combats que se livrent ces misérables sont bien plus terribles que les duels ordinaires : le coup mortel est bien plus assuré. La vue du fer et du sang ne saurait donc produire que peu d’effet sur eux; ils craignent peu une mort qu’ils ont souvent envisagée de près. Aussi les soldats mexicains, qui ne se recrutent que dans cette classe , sont-ils beaucoup plus braves que leurs officiers.
Toutefois, il faut ajouter, pour achever de les peindre , qu’ils paraissent d’une pusillanimité extrême dans toute autre circonstance. Un seul homme de la classe supérieure à la leur met en fuite cinq ou six portefaix; et s’il en saisit un au collet, il le terrasse presque sans éprouver de résistance, très-probablement par suite de cette terreur que tout homme bien mis, c’est-à-dire tout homme blanc, inspirait autrefois aux naturels du pays (61).
De ce peuple aux classes supérieures la transition est brusque; au sortir du Tartare de 1 humanité, on retrouve une société dont les liens offrent déjà une force compacte. Les moeurs y sont relâchées , il est