‹ Le MexiqueChapitre 115 sur 247 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

vrai, les sentiments y sont souvent peu élevés; mais tout en faisant le mal on y estime le bien , et si on se laisse entraîner , c’est parce qu’on ne trouve point la force de résister dans les principes d’une bonne éducation, et dans l’application intelligente d’une législation équitable et ferme (62).

Dans les classes élevées, de grands changements ont eu lieu depuis l’indépendance , c’est-à-dire depuis que les étrangers ont commencé à fouler le sol mexicain. L ignorance qui avait régné jusqu’alors abrutissait le riche comme le pauvre, le génie comme la médiocrité : à peine apercevait-on cà et là quelques lumières pâles au milieu de ces ténèbres profondes.

Aujourd’hui les établissements d instruction publique se sont multipliés, et remplissent sérieusement leur mission. L’histoire, la géographie, la littérature étrangère, sont l’objet d’une étude approfondie; la langue des colonies s’épure sous la plume de quelques écrivains distingués, et déjà la langue française s’est généralisée au point de devenir indispensable à I éducation de la jeunesse. Dans dix ans on parlera le français dans les salons de Mexico comme dans ceux

de Saint-Pétersbourg.

Les Mexicains sont tous poètes : ils écrivent en vers avec grâce et improvisent avec facilité. Mais il est rare de trouver dans leurs compositions, de même que chez les poètes espagnols, autre chose que des lieux communs; les idées originales y brillent rarement. Malgré cela leurs poésies plaisent à l’oreille, car on peut appliquer à l’espagnol ce que madame de Staël

faisait dire de l’italien à Corinne : née sous un beau ciel, la langue de Lope de Vega et de Zorrilla a un charme musical cjui fait trouver du plaisir dans le son des mots, presque indépendamment des idées. Voilà pourquoi il est plus aisé au Mexique que chez les peuples du nord de séduire avec des paroles, sans profondeur dans les pensées et sans nouveauté dans les images.

Malgré tant de progrès, l’instruction en général est encore bien limitée au Mexique. La majorité se contente de ce vernis brillant que donne la connaissance des langues vivantes; mais bientôt elle voudra aller plus loin : après avoir exercé sa mémoire, elle voudra exercer sa pensée et approfondir les études qui doivent l’alimenter.

L’éducation littéraire des femmes était encore plus négligée que celle des hommes. On commence à s’en occuper avec fruit, et tout porte à croire qu elles avanceront plus vite que nos mères , qui , sous Louis XV , savaient à peine signer leur nom.

La nature a beaucoup fait pour les dames mexicaines; c’est un devoir et un plaisir pour moi de le proclamer. En vain leur reproche-t-on quelques petits défauts que le temps corrige chaque jour : il n’en est pas moins constant que la douceur, l’affabilité, la charité sont des qualités précieuses qu elles possèdent à un haut degré; qu’elles naissent avec un bon sens et un esprit naturel qui les rendent aptes à comprendre facilement et à imiter promptement; qu’un sentiment profond et intelligent des convenances so-

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