CHAPITRE VI
ciales donne même à la femme de la condition la plus humble une aisance dans les manières et une grâce dans le langage qui lui permettent de figurer dans une société plus élevée, sans ridicule comme sans embarras.
Critiquera-t-on la négligence de quelques-unes pour des occupations sérieuses; l’insouciance de quelques autres pour leurs propres intérêts? Mais la faute première vient de la nature : plus le pays qui nous voit naître est fécond en ressources, plus la vie y est facile, et moins nous pensons au lendemain. La prévoyance n’enseigne à conjurer les maux éloignés que quand des générations se succédant au sein de la misère, ont éprouvé les angoisses du besoin et reconnu la nécessité d’en prévenir le retour. Voyez nos daines créoles des colonies françaises : quelle paresse! quelle nonchalance! quelle insouciance! Examinez de près les Anglo-Américaines, pensent-elles au lendemain, quand il s’agit de leur toilette?
C’est, au reste, cette insouciance de l’avenir qui a conservé dans le cœur des dames mexicaines une des plus belles vertus sociales, une vertu de l’âge des patriarches, l hospitalité. Chaque jour on voit des personnes vivant dans la pauvreté recueillir néanmoins des orphelins, les élever, les traiter comme leurs propres enfants. Souvent des familles entières, ruinées par la perte du chef qui les faisait vivre, se réunissent à d autres dont elles changent l’aisance en pauvreté ou la pauvreté en misère; et jamais un murmure île regret, d impatience ou de désaffection ne
vient diminuer le mérite de cet acte immense de charité. r^e jour où les dames mexicaines douteront de leur avenir, de celui de leurs enfants, elles seront économes des biens présents pour prévenir les maux quelles redoutent, et deviendront avares de leurs bienfaits pour l’enfant de l’étranger (63).
Des reproches constants, sans être adoucis par des éloges, découragent au lieu de fortifier contre le mal (64). Mêlons donc un peu de miel au breuvage amer qui doit ramener la force et la beauté dans le corps languissant que nous voulons guérir. Si nous allons jusqu’à critiquer cette générosité des Mexicains qui offrent leur maison et tout ce qu’ils possèdent à des inconnus; cette expansion de cœur qui leur fait donner le nom d’ami à des gens qu’ils n’estiment pas; pourquoi n’ajoutons-nous pas que, à part cette exagération des entiments, la politesse des Mexicains en fait un peuple tout à fait sociable et d’un commerce charmant; qu’on trouve encore en eux une image de ces formes si bienveillantes que possédait au suprême degré notre ancienne aristocratie , et que nous avons vues disparaître peu à peu , et à mesure que les idées de liberté malentendue ont faussé les esprits et que les préoccupations spéculatives les ont dégradés? Affabilité constante, égalité de prévenances sans distinction de personnes, critique sans amertume, décence dans les manières, calme sans froideur, gaieté sans bruit, sans désordre, tels sont les avantages, tels sont les agréments de la société mexicaine (65).
Mais s’il y a beaucoup à alléguer en faveur de la