CHAPITRE VI
sociabilité des Mexicains pris individuellement, je ne trouve que du mal à dire de tout ce qui est fait par les corporations, les assemblées législatives et le gouvernement. Je ne sais quel vertige s’empare des Mexicains lorsqu’ils se trouvent réunis; mais c’est un fait reconnu par tous les étrangers, avoué par les Mexicains de bonne foi , que quelque raisonnable que paraisse un homme dans ses paroles et ses actions dans la vie privée, il ne fait plus que des sottises dès qu’il se joint à ses concitoyens pour délibérer sur un sujet quelconque. Et si par hasard une disposition sensée, convenable, émane du conseil, elle 11e tarde guère à être mutilée, annulée dans les délibérations suivantes.
Dans une période de plus de vingt-deux ans , je n’ai pas eu connaissance d’une seule loi du congrès, d’un seul décret du gouvernement, qui ne fût dicté par un esprit étroit ou par une passion condamnable. Les travaux de tous les congrès font pitié à analyser. O11 en rirait si on se sentait indifférent à la prospérité du pays , abandonnant à son malheureux sort un peuple qui fait, il semble, tout ce qu’il peut pour le mériter.
Cependant la mission des députés au congrès est bien belle. Le remède aux maux qui affligent la société est facile à trouver , facile à appliquer. Si ces représentants de la nation, au lieu de s’occuper de niaiseries, selon leur coutume, au lieu de faire des lois à la douzaine qui meurent en naissant, ou tombent en désuétude au bout de six mois; au lieu de se promener dans les couloirs du palais en fumant leurs cigarettes dans le temps consacré à la discussion des
intérêts les plus chers de leurs commettants, s’inspiraient enfin de l’esprit du bien et s’armaient de résolution, ils reconnaîtraient tout d’abord que la pierre fondamentale de l’édifice social est l’administration de la justice, et que c’est par elle qu’on doit commencer les réformes; ils comprendraient qu’il est indispensable d’adopter une législation plus simple , plus équitable ; de réorganiser les tribunaux , les administrations, l’armée, châtiant avec sévérité les infractions aux lois, à la discipline, au devoir, quels que soient les coupables. Et si le congrès mexicain se montrait aussi grand dans ses fins , aussi redoutable dans ses moyens que la Convention française, tout en évitant des excès que l’histoire nous fait abhorrer, on ne tarderait pas à voir briller les beaux jours du Mexique, et le monde civilisé applaudirait à sa régénération.
Mais les avocats , les magistrats dont se compose la majorité des chambres, pâlissent à l’idée de substituer l’ordre au chaos, source de leur opulence; les administrateurs défendent avec chaleur les vices d’organisation de leurs bureaux, parce qu’autrement ils ne pourraient plus à leur aise dilapider le trésor; le clergé soutient ses privilèges, les militaires ne veulent rien céder des leurs, et tous à la fois, refusant d’appliquer sur la plaie le dyctame qui peut la guérir, laissent la gangrène politique envahir le corps social, préférant son anéantissement, dans un avenir plus ou moins prochain, à un sacrifice quelconque de leur part dans le moment présent.
Mais que se passe-t-il donc dans le sanctuaire de