‹ Le MexiqueChapitre 118 sur 247 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Thémis? Quelles sont donc les lois qui régissent les Mexicains? Nous le dirons en peu de mots.

Dans les procès contentieux , la balance s’incline habituellement du côté de l’homme riche, de l’homme puissant. L’arrêt du juge est le plus souvent en sa faveur, quelque extravagantes que soient ses prétentions; ou s’il n’ose lui donner gain de cause, il suspend sa sentence indéfiniment. D’ailleurs, les frais d’une procédure interminable finissent par fatiguer, par ruiner la partie adverse, et alors il la tient encore à sa merci (66).

Ce qui augmente la fréquence des jugements iniques, c’est un labyrinthe de lois contradictoires; c’est la confusion dans les décrets de circonstance, dont les uns sont encore en vigueur, les autres déjà rapportés ou non observés; c’est qu’on plaide par écrit et que les jugements sont rendus sans publicité; c’est que les tribunaux de première instance ne se composent que d’un seul juge, et que l’erreur ou la passion sont plus à redouter dans un individu isolé que dans la réunion de plusieurs, et qu’il est plus facile aussi de suborner un seul homme que d’acheter plusieurs consciences à la fois.

( ne certaine égalité paraît exister devant les tribunaux criminels : elle consiste dans l’impunité des coupables quels qu’ils soient, mais à plus forte raison s’ils ont de l’argent.

La loi, du reste, fait les mauvais juges; le défaut de censure, l’impunité absolue les encourage. Il n’existe point de formes clairement et scrupuleuse-

ment fixées dans la procédure. — L’instruction du procès est confiée à un seul juge. — Le jugement est remis au juge qui a instruit le procès. — Point de publicité obligatoire pour le jugement. — Point d’obligation pour le juge de motiver sa sentence.

D’un autre côté, la législation criminelle prend sa source dans le moyen âge, et on y trouve l’odieux et l’absurde à chaque pas. De sorte que si la loi est absurde, on ne l’exécute pas; si la peine est exorbitante on lui en substitue une autre; c’est-à-dire qu’on a recours à des moyens termes, qui sont en réalité les fléaux de la justice: l’inexécution de la loi, l’arbitraire du juge (67).

L’impunité entretient aussi l’esprit révolutionnaire dans cette république. Les réactions se font trop mollement pour qu’il n’y en ait pas souvent. On se borne à tuer quelques soldats dans les rencontres, à destituer ou quelquefois à exiler les chefs de la révolte; puis on laisse aller les choses, sans prendre de mesures sévères pour en assurer la stabilité. Le parti vainqueur prévoyant sa chute, craint les représailles, et n’ose exciter trop fortement les haines et la vengeance *.

Ce système repoussant l’effusion du sang, passe pour moral dans l’esprit de certaines gens. Pour moi , c’est le pire de tous, car il laisse la nation dans une anar-

1 Le parti libéral est celui qui mérite le plus le reproche de faiblesse. Les conservateurs , plus énergiques, sont vindicatifs, et se défont assez facilement de leurs adversaires quand ils les tiennent à leur merci. Cette sévérité est exemplaire loules les fois qu’elle est légale; mais il est à déplorer qu’elle ne le soit pas toujours.

Page 1