CHAPITRE VI
sous les drapeaux les Indiens de pure race; ils désertent presque tous.
Quant aux jeunes gens de bonne famille qui prennent l’épaulette, s’ils se distinguent par une tenue plus soignée et par des manières plus décentes, ils n’ont pas pour cela sur les autres une grande supériorité de connaissances, et les relations qu’ils établissent avec eux leur font plus de mal que les autres n’en retirent de bien. De là vient que l’état militaire est si peu en honneur dans l’esprit des gens du monde , que presque tous dédaignent de le faire prendre à leurs enfants.
On dit que la meilleure cavalerie de la république est celle du Bajio et de la Mixteca. Les Indiens de cette dernière province ont conservé le naturel belli- 4 (jueux qu’ils avaient du temps des rois aztèques, et qui les rendait redoutables à leurs puissants voisins. Le général Léon, cacique des Mixtèques, se distingua entre tous par sa bravoure à la défense de Molino del Rey contre les troupes de Scott : il ne quitta le champ de bataille que lorsqu il se sentit mortellement blessé.
A pied, tous ces peuples ne sont plus à craindre; ils ne savent pas mieux résister à une attaque que l’ Albanais démonté qui attend l’ennemi , assis sur ses jambes croisées. Aussi l’infanterie mexicaine est mauvaise; on ne compte que faiblement sur elle pour le gain d’une bataille. C’est ce qui arrive toutes les fois que l’infanterie est mal instruite, à plus forte raison quand les chefs qui la commandent perdent la tête
au premier coup de feu, et fuient ou se cachent, sans souci de leur honneur.
Avec une discipline exacte, une instruction convenable et des hommes de cœur pour officiers, l’armée mexicaine serait assez bonne; car le soldat, quand il est soutenu, voit le danger avec sérénité. 11 est habitué aux privations et se contente de quelques tortilles sèches pour sa ration. S’il n’a pas de souliers . il va nu-pieds, et ne connaît d’autre lit que la terre et une couverture.
Me trouvant un jour à dîner avec le général Gomez Pedraza, chez un de nos compatriotes, M. le docteur Villette, la conversation tomba sur la cause de la lâcheté des officiers, et l’ex-président de la république, homme instruit et penseur, l’expliqua ainsi : « Ce mal, dit-il , prend sa source dans notre législation même , *• qui défend le duel et inflige des peines terribles à ceux qui enfreindraient la loi. La proscription de cet usage barbare, il est vrai, mais nécessaire chez nous, fait que le point d’honneur n’existe pas pour les officiers, et qu’ils se trouvent assez vengés, quand ils ont qualifié de éhontés ceux qui les traitent de fripons, de lâches, ou qui les soufflettent publiquement. Habitués à un ordre de choses si capable d’endormir l’amour-propre et de détruire jusqu’à la moindre velléité du point d’honneur, il n’est pas surprenant qu’ils apportent sur le champ de bataille une humeur peu martiale; et comme aucune punition n’est infligée aux lâches qui fuient devant l’ennemi, il doit nécessairement y en avoir beaucoup qui suivent cette marche conservatrice.