‹ Le MexiqueChapitre 121 sur 247 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

» M ais si le duel était autorisé, quelquefois même exigé clans l’état militaire, pour venger une insulte; si en même temps une mort dégradante attendait celui qui quitte son poste au jour du combat, l’olficier mexicain s’accoutumerait peu à peu à voir une épée nue sans pâlir, et à frapper sans calecder (68). »

En effet, pour la plupart des hommes, le courage guerrier s’acquiert dans l’exercice du métier, d’ci qui aurait fui au premier coup de canon, s’il n’avait été retenu par la crainte de l infamie, devient un héros au troisième combat. 11 faut à toute chose un apprentissage plus ou moins long : le boucher impitoyable a frappé sa première victime d’une main mal assurée, le couvreur a pâli quand pour la première lois il a mesuré l abime au-dessus duquel il travaille suspendu, et le commandant qui guide d’un pas ferme son bataillon sur la brèche, a senti ses jambes se dérober sous lui lorsqu’il déchirait sa première cartouche, l'in prenant un état, on en prend l’esprit peu à peu; en recevant le titre de soldat on finit par se dévouer à la mort, et s’il se trouve encore un Tbersite après dix ans de campagne, mille Ajax en effacent la honte.

Les soldats mexicains ne sont plus braves que leurs chcls que parce qu’ils se livrent entre eux des combats à mort. On voit des gens du peuple dont le corps est couturé de coups de poignard.

L’armée mexicaine a toujours compté peu d’étrangers dans ses rangs. Parmi les plus distingués, nous nommerons l’Italien Filisola, mort il y a peu d années; il était parvenu au grade dégénérai de division;

Adrien Woll , Français de naissance, qui jouit du même grade et commande 1 l’État de Tamaulipas; enfin Jean Arago, frère du célébré astronome, mort en 1835 général de brigade.

On se soucie peu de prendre du service au Mexique, parce qu’on sait d’avance qu’on sera mal vu et exposé à des déboires, des passe-droits de toute espece, du moins tant qu’on n’aura pas obtenu l’épaulette d’officier général. Une fois qu’on a atteint ce haut grade, comme on relève directement du ministre de la guerre et du président de la république, on n’a plus a craindre les mêmes vexations; mais on reste toujours sujet aux phases politiques du parti auquel on appartient. D’ailleurs, toutes les fois qu’un étranger est fait prisonnier dans les guerres intestines qui désolent le pays, il se voit maltraité par le parti entre les mains duquel il tombe. «C’est un crime, lui dit-on, de prendre part à nos querelles. Celui qui reçoit 1 hospitalité dans un pays ne doit pas y être un instrument du désordre. Si donc il est pris les armes à la main , on doit sévir contre lui plus sévèrement que contre les nationaux. »

Véritablement, voilà quelque chose de bien étrange ! Chaque faction sollicite l’appui d’officiers étrangers, et leur fait ensuite un crime de les trouver sur le champ de bataille! On leur accorde d’emblée des grades de capitaine et de colonel, et on trouve mauvais qu’ils acceptent! On les accuse de troubler l’ordre établi, et le pays est dans le chaos! On leur reproche

1 Eu 1855.

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