CHAPITRE VI
de prêter le secours de leurs bras et -de leurs connaissances au parti anarchique, et les deux partis ont des étrangers dans leurs rangs, et les deux partis sont tour à tour anarchiques quelquefois en même temps!
Si l’on accorde cependant que chaque faction ait de bonnes intentions pour l’avenir, et croie pouvoir surmonter l’anarchie en gouvernant selon ses principes et sans opposition, l’étranger qui s’unit à un parti quelconque concourt donc au rétablissement de l’ordre suivant ses idées; et si on ne lui doit pas beaucoup de reconnaissance pour sa coopération , parce qu il agit avant tout dans son intérêt personnel, du moins ne doit-on pas le considérer autrement que tout autre champion du même parti, ni le traiter avec plus de rigueur, à moins d’être taxé d injustice?
A cela les Mexicains nous répondent : «Si vos compatriotes sont si maltraités par nous, pourquoi y en a-t-il toujours dans nos armées? Pourquoi servent- ils un peuple si inconséquent, si capricieux, si injuste?» Mais ignorent-ils donc qu’on n’accepte d’eux une epaulelte que par la nécessité de se procurer des moyens d’existence , et que quoiqu’on sache fort bien que le res sacra miser n’est pas toujours compris au Mexique, on veut vivre n importe à quel prix, et on s'enfonce sciemment dans un gouffre de jalousies et d inimitiés sans prévoir comment on en sortira?
Le nombre des étrangers résidant au Mexique n’est pas considérable (69) : il ne dépasse pas 25,000. Les Français en forment la sixième partie.
Parmi la classe ouvrière, il se trouve comme par-
tout des Français tapageurs, des amis de la ehicaue qui ont souvent des démêlés avec la police, et qui encombrent les tribunaux des alcades.
Malgré cela l’arrivée de tous ces ouvriers a procuré un bien immense au pays. D’un côté, ils lui ont apporté les arts perfectionnés, et ont donné une forte impulsion à l’intelligence des artisans du pays; de l’autre, ils obligent les chefs d’ateliers mexicains à être moins paresseux et de meilleure foi, s’ils ne veulent pas s’exposer à mourir de faim; car, comme ces chefs d’ateliers n’ont jamais une piastre devant eux, on est forcé de leur faire des avances pour toutes les commandes, et il arrive souvent qu’ils dépensent l’argent sans livrer l’ouvrage. On leur préféré donc doublement les ouvriers étrangers, parce qu’on n’est pas obligé de leur faire d’avances et parce que le travail est plus soigné.
11 est à remarquer que c’est presque exclusivement à la France que le Mexique est redevable des bons ouvriers qui ont fait avancer si rapidement les arts mécaniques depuis vingt-cinq ans l. Quoique les Espagnols soient beaucoup plus nombreux que nous , ils ne concourent qu’infinimentpeu au développement des arts mécaniques. Je n’ai jamais connu d’autres artisans espagnols que deux ou trois cordonniers et quelques tailleurs; mais en revanche, la Péninsule envoie en abondance dans son ancienne colonie des marchands de vins, des épiciers, des garçons debou-
1 L’instruction publique est aussi redevable aux Français des progrès qu’elle a faits.