CHAPITRE VI
tique et des portiers. Les espagnols brillent davantage dans les beaux-arts : les directeurs de l’Académie de peinture et de sculpture sont d’habiles professeurs, et ( architecte Hidalga est un homme d’un mérite peu ordinaire.
Quant aux Anglais, ils ont toujours fort peu contribué à l’avancement du Mexique eu quoi que ce soit : ils y viennent vendre leurs marchandises ou exploiter les mines, et pas davantage. Pendant longtemps, je n’ai pas compté plus d’un artisan anglais sur trente ouvriers français. Depuis, on en a engagé un assez grand nombre pour les fabriques de toile de coton. Sans celte circonstance, il n’y en aurait pas plus qu auparavant.
Malgré des faits aussi notoires, il y a beaucoup de Mexicains qui croient ou affectent de croire, je ne sais pourquoi, (pie les Anglais qui viennent chercher fortune au Mexique sont plus dignes de considération que les Français qui s’y trouvent au même titre. S’ils se donnaient cependant la moindre peine d’étudier les personnes, ils reconnaîtraient bientôt (pi ils sont injustes à notre égard. S il est vrai qu’à nombre égal, les Français présentent plus de gens aux formes rustiques que les Anglais, c’est qu’il 11e vient guère d Angleterre que des négociants et des commis, tandis (pie la France nous envoie des émigrés de toutes les classes. Mais si I on veut traiter la question impartialement, on doit comparer ensemble les classes (pii se correspondent. Or, pour peu que ces Mexicains veuillent ouvrir les yeux à la lumière, ils reconnai-
is
tront que, s’il est au Mexique des hommes distingues par leur naissance, par leur éducation, par leur savoir, ils y sont bien plutôt venus de France que d’Angleterre
Tout le monde sait aussi que nos artisans sont infiniment moins grossiers qu’ils ne le sont dans tous les autres pays d’Europe, et qu’il y en a beaucoup parmi eux qui ennoblissent leur état par une intelligence cultivée et des manières polies.
Et si l’on compare l’importance de la mission de chacun, on reconnaîtra que tous nos ouvriers, malgré leur rudesse et leurs défauts, ont plus fait avancer le Mexique depuis trente ans que tous les trafiquants anglais ne le feraient en dix siècles (70).
La pétulance du caractère des Français peut en rendre quelques-uns inconséquents, brouillons, comme je l’ai dit tout à l’heure; mais il n’est pas vrai pour cela que le caractère général de notre nation soit léger, inconsidéré, inconstant, comme tout le monde se plaît à le dire, comme les géographes le répètent après Voltaire, sans nous faire savoir ni comment ni pourquoi. Si les Français méritaient l’épithete de légers, ils ne donneraient leurs soins qu’à des futilités, et cependant personne ne s’aviserait de nier qu’ils se trouvent en majorité parmi les génies pro-
1 Que les Mexicains qui nous dénigrent s’informent auprès des négociants de Mazatlan et de Guaymas de la conduite que tiennent les officiers de la manne militaire de France, lorsqu’on leur propose de passer de l’argent en contrebande, et ils auront une idée plus juste du caractère français.