‹ Le MexiqueChapitre 124 sur 247 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

fonds que les deux derniers siècles nous ont donnés. S’ils étaient inconsidérés, ils ne sauraient tirer de leurs idées aucune conséquence logique, importante; néanmoins personne ne se refuse à proclamer I utilité de leurs travaux. S ils étaient inconstants, ils ne seraient capables d aucune espece de perfectionnement dans les arts et dans les sciences, et c’est le contraire qui a lieu. Que signifie donc le reproche qu’on nous adresse? Voudrait-on indiquer par là la facilité avec laquelle nous brisons un trône ou nous relevons l’idole abattue? Mais cette succession perpétuelle de triomphes et de défaites des partis tour à tour vainqueurs et vaincus, prouve au contraire la gravité de leurs pensées, leur énergie et leur constance dans les principes opposés qu ils professent.

Prétendrait-on faire allusion aux caprices du goût des Français pour ce qui regarde la matière, la couleur, la forme de leurs vêtements et de leurs meubles ? Mais n’est-ce pas l’inconstance des modes qui alimente I industrie, qui en développe les progrès? D ailleurs lous les peuples ne s’empressent-ils pas d’adopter les changements que Paris a décrétés à cet égard? Ils mériteraient donc le reproche qu ils nous font, sans avoir ni le mérite de l’invention ni celui de l’initiative. Ce dicton ne repose donc sur rien de solide; il manquerait même d’exactitude en se bornant aux f rançais du temps de la Régence et de Louis XV; car si la cour méritait alors d être stigmatisée, la France ne le méritait point.

Si I expérience n’a pas encore fait revenir les

Mexicains du taux jugement porte contre nous, j’en dirai la raison en peu de mots.

D’abord , on sait que rien n’est plus difficile à détruire qu’un préjugé. La voix générale nous condamne, et les générations qui suivent, se reposant sur l’opinion de leurs devanciers, ne se mettent guère en peine de nous absoudre. Il est si commode de faire comme les moutons de Panurge.

Puis, comme on trouve partout plus de cerveaux légers que d’esprits solides, plus de gens grossiers que d’hommes bien élevés, le préjugé se trouve souvent confirmé si l’on s’arrête à des individualités.

Enfin , puisqu’il faut tout dire, les Mexicains n’aiment pas les étrangers 1 , de quelque nation qu’ils soient. L’aversion qu’ils ressentent pour eux, ils font puisée au foyer paternel, ils l’ont héritée de leurs aïeux. De sorte que la persuasion que l’étranger a de n’ètre point aimé fait qu’en général il recherche peu la société des Mexicains. Les Français vivent, a peu d’exceptions près, complètement isolés, circonstance qui ne permet guère qu’on les connaisse à fond.

Cependant, malgré cette prévention injuste contre nous, il n’est pas moins vrai qu’on préfère encore notre compagnie à celle des Anglais , parce que notre caractère, nos usages, notre esprit, et jusqu’à la légèreté qu’on pourrait reprocher à quelques-uns, sont

1 On verra clans le douzième chapitre que l'éloignement que les Mexicains éprouvaient pour les étrangers, au sortir de la domination espagnole, a beaucoup diminué de nos jours. Une génération de plus suffira sans doute pour le faire disparaitre tout à fait.

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avec les Mexicains autant de points de ressemblance que les peuples du Nord n ont pas au même degré. Les dames surtout accordent aux Français une préférence marquée. Plus disposées que les hommes à revenir d’une antipathie que rien ne justifie à leurs yeux, nous trouvons toujours au Mexique des épousés fidèles, des maîtresses aimantes, des amies dévouées (71 .

Parmi celles que j’ai connues qui se sont toujours montrées les amies déclarées des étrangers et leur appui dans 1 occasion , je rne plais à citer l’excellente dame Luisa Flores de Jimeno. mariée en secondes noces à un Espagnol du nom d’Herrera. Si la fortune n’était pas aveugle, elle aurait comblé de ses faveurs cette bonne et généreuse Mexicaine, qui saurait en faire un si noble usage, .le nommerai aussi la vieille dame Vicenta Cortabarria, l’amie et le soutien des étrangers à Oaxaca. .le l’ai peu connue, mais assez cependant pour l’aimer; car, outre les qualités de. son cœur, elle avait le don d’être aimable malgré ses soixante-douze ans et les infirmités inséparables de la vieillesse.

Enfin, je publierai le nom de madame de la Vega, femme de I ex-gouverneur du territoire de Colima. Nulle part on ne saurait trouver une aménité de caractère plus constante sans arrière-pensée, et une hospitalité plus franche, plus généreuse que chez elle. Au reste, toutes les dames de Colima méritent à peu près également le même éloge pour l’accueil qu elles font aux étrangers.

L’éloignement que les hommes, en général , éprouvent pour nous ne se retrouve pas à un degré égal dans tous les rangs de la société mexicaine. Ceux qui nous aiment le moins appartiennent à la haute classe; le bas peuple reste indifférent tant qu’il n'est pas excité contre nous; quant aux Indiens, ils nous préfèrent aux créoles. Cela vient sans doute de ce que nous les traitons mieux, avec plus de bienveillance, que nous payons leurs services plus généreusement, et qu’enhu nous n’avons jamais eu aucun démêlé avec eux.

J’ai vu à Tehuantepec et à Juchitan d’anciens colons du Goatzacoalco captiver à tel point la bienveillance des naturels du pays, qu’ils en faisaient, pour ainsi dire, ce qu’ils voulaient. J’ai connu aussi un jeune Français dans la Huasteca qui était considéré comme un cacique par tous les Indiens au milieu desquels il vivait. Sur toutes les côtes de l’est et de l’ouest du Mexique, je n’ai jamais remarqué le moindre sentiment haineux ni même la moindre prévention contre nous, chez les bons paysans sous le chaume desquels j’ai passé bien des jours. J’ajouterai même que, me trouvant forcé par un accident de m’arrêter une semaine dans un village d’indiens de pure race de l’Etat de Michoacan , à l’époque de la rébellion des montagnards de Jichu , j’acquis un tel ascendant sur l’esprit des principaux habitants, que je fus effrayé de ce qu’un autre eût pu faire à ma place, s’il se fût agi de les soulever contre les habitants des villes qu’ils détestent.

Quoique les Français, souvent inconséquents et

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