‹ Le MexiqueChapitre 125 sur 247 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

brouillons, se voient plus exposés à la sévérité de la critique que les Anglais et les Allemands, plus froids et plus posés, le caractère social de ceux-ci n’en offre pas moins des points vulnérables à l’œil de l’observateur.

L’Anglais égoïste (72), affectant le mépris pour tout ce qui n’est pas britannique, est puéril dans ses mille distinctions de classes et de rangs, superbe à l’égard de ses inférieurs, et rampant devant ses supérieurs. L’Allemand , singulièrement disposé au commérage et au dénigrement, montre une souplesse de caractère qui n’est pas toujours compatible avec une noble fierté. Jaloux des Français, par qui sa nation a été souvent humiliée, il leur est hostile, et affecte de les mettre beaucoup au-dessous des Anglais, espérant donner le change à l’opinion , aux dépens de ses maîtres en gloire et en civilisation '.

Quant aux hommages que les Anglais et les Allemands rendent à la fortune, je n hésite pas à dire qu ils sont plus exclusifs , plus exagérés que ceux dont nos compatriotes sont coupables à mes yeux.

Qu’on ne pense pas cependant qu il ne vient au Mexique que le rebut de tous les peuples d’Europe.

4 II va sans dire que la règle offre de nombreuses excepiions. J’ai connu partout des Allemands fort aimables; j’ai trouvé à Colitna surtout des amis généreux de cœur et nobles de sentiments. Ils étaient des villes anséatiques. On peut ajouter que depuis les expositions universelles des produits de l’industrie à Londres et à Paris, et surtout depuis la guerre de Crimée et l’affaire Crarnpton, les Allemands paraissent avoir mi peu modifié leur opinion a cet égard.

Si quelques-uns se sont déshonorés dans leur pays, plus des dix-neuf vingtièmes se composent d’hommes fort honorables par leurs antécédents. Le Mexique est même, selon la remarque des voyageurs, la contrée d’Amérique la plus favorisée à cet égard.

D’ailleurs, après dix ans de séjour au Mexique, tout Européen est, sans le moindre doute, meilleur qu il n’eût été s’il fû t resté dans son pays. Les sentiments de l’homme s’épurent par le bonheur. Quand on gagne largement sa vie, qu’on n’a point à redouter la faim, on se sent plus disposé à compatir aux maux d’autrui, à aider un ami, à secourir un malheureux. Chez nous la soif de l’argent domine toutes les pensées et corrompt le cœur. Que de neveux attendent impatiemment la mort de loncle dont ils sont les héritiers! Que de fils même verraient presque sans regret leurs pères cesser de vivre! Eh bien, au Mexique, rien de pareil; ces pensées criminelles ne dégradent point l ame; on n’y souhaite la mort de personne.

L’époque où le Mexique a commencé, pour ainsi dire, son éducation intellectuelle, est encore trop rapprochée de nous , pour qu’on puisse espérer que les hommes intelligents et utiles à la société occupent dans l’esprit de la généralité le rang qui leur est dû. L’argent seul a, aux yeux de tous, l’éclat, le prestige qui attirent la considération publique; et comme le commerce est à peu près le seul chemin qui conduise à l’opulence, les commerçants forment par cela même l’aristocratie du pays. Aussi les mat/orazgos (espèce de barons), les comtes, les marquis mexicains qui avaient

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