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CHAPITRE PREMIER

Je parle du moins de ce qui arrivait à ceux qui envisageaient sérieusement leur position, et dont la pensée se préoccupait de l’incertitude de l’avenir; car il y avait aussi parmi les colons des hommes passionnés pour les plaisirs, que le vin et les cartes rendirent bientôt amis, mais que les premières atteintes du malheur jetèrent dans l’abattement.

On trouve sur cette côte du Mexique des Indiens de pure race, des métis ', des nègres et des zambres, nom qu’on donne au mélange des races indienne et africaine. Les Indiens sont doux de caractère et simples de mœurs; les autres sont astucieux et pétris de vices. Les métis et les zambres ont l’esprit plus délié que les indigènes des climats chauds; aussi seraientils tous à leur aise s’ils n’étaient dévorés de la passion du jeu.

Il en venait souvent des villages voisins pour nous acheter des armes et de la poudre. Leur costume est original. Par-dessus un caleçon de toile de Pontivy, qui descend jusqu’à mi-jambe, ils portent une culotte de velours de la même longueur, brodée d’or ou d’argent, et ouverte sur les côtés à partir du dessus du genou, de manière que le caleçon puisse flotter librement et ventiler les jambes. Cette culotte se trouve retenue sur les reins par une ceinture de soie à franges d’or, dont les bouts retombent par derrière. Leur chemise à jabot et à manchettes est d’une toile trèsfine et d’une blancheur éblouissante; leurs chaussures

1 Le croisement des races indienne et européenne a pro duit les métis.

sont de peau de chevreuil, en forme de bottines, échanerées en dedans pour empêcher (jue la chaleur ne s’y concentre, et armées d’énormes éperons, à molettes de deux pouces et demi de diamètre, dont ils ont soin de se débarrasser dès qu’ils descendent de cheval. Leur chapeau est de feutre noir ou gris, à grands bords, galonné d’or ou d'argent, et orné d’une loquille 1 de même métal. Enfin un coutelas suspendu à leur côté complète ce costume, dont la richesse varie suivant les individus. Je parlerai plus loin de leurs chevaux et des harnais dont on les pare.

Quant aux Indiens des climats chauds, leur vêtement est le plus simple possible : il se compose d’un caleçon de toile et d’un chapeau de feuilles de palmier. Les femmes s’entourent d’un linge de coton de la ceinture jusqu’aux genoux, et, quand elles sortent du village, elles se couvrent le dos et la poitrine d’un morceau de la même étoffe par le milieu duquel elles passent la tête 2. La plus grande propreté règne chez ces habitants des côtes; toutes les parties de leur \èternent sont toujours nouvellement blanchies. Les femmes se baignent au moins une fois par jour, se savonnent la tête et le corps, et tressent ensuite leurs cheveux, en leur donnant de la souplesse et du lustre au moyen de l’huile qu elles retirent de l’amande du mamey 3.

1 La toqville est un cordon rond, de la grosseur du petit doigt, faisant deux ou trois fois le tour du chapeau.

2 On nomme huep'd celle partie du vêtement.

3 Tous les fruits dont la forme est à peu près sphérique, et

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