‹ Le MexiqueChapitre 14 sur 247 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

On compte clans la province du ( loatzacoalco beaucoup de villages d Indiens de pure race, qui ne connaissent d’autre langue que celle des Aztèques. Quelques-uns, désignés par les créoles sous le nom de r/ens de raison, parlent espagnol et servent d interprètes. Les voyageurs éprouvent de grands embarras au milieu de ces peuplades indigènes si l’interprète ne se trouve pas là. En arrivant dans un village d’indiens, ils vont loger de droit à la maison commune, où l’alcade est tenu de leur envoyer deux topils, c’est-à-dire deux adjoints, qui, moyennant une légère rétribution, soignent leurs chevaux et préparent leur souper. Cette maison ne se compose que d’une pièce, meublée d’une table et d’un banc, tribunal de l’alcade; de sorte qu’on se trouve forcé de coucher par terre, si on n’a pas eu la précaution d’apporter un lit.

Pendant les deux mois que je passai à Minatitlan, je parcourus les villages des environs, cherchant les lieux les plus propres à mon établissement. La position d’Acayucan m’ayant paru avantageuse par les débouchés qu elle offre, je résolus de m’y fixer, et quarante mules y portèrent mon bagage. Sur ces chemins peu fréquentés, les muletiers ne prennent pour charge que la moitié ou le tiers du poids que ceux des grandes routes ont coutume de recevoir, lequel est fixé à 400 livres par bête; ils sont pauvres, et n’ont que de mauvaises mules qu’énerve une nourriture insuffisante.

dont l’an lande est dure, sont compris en langue mexicaine sous le nom générique de tzapoll, que les Espagnols ont changé en zapote. Le mamey esl aussi un zapote. — Clavigero.

Le chemin d’Acayucan est tracé au milieu de forêts dont les arbres, pressés et entravés dans leur croissance par la luxuriance même de la végétation , ne présentent que des masses impénétrables de branches, de lianes et d’épines. Au-dessus des ondes de cette verdure noirâtre émergent çà et là des palmistes aux couleurs tendres, des ficus touffus, des bois de fer, des fromagers dont les racines sortent de terre à une hauteur de 12 à 15 pieds. De chaque branche, pavoisée des brillantes couleurs du satyrion , pendent des lianes inégales fantastiquement entrelacées à celles des branches voisines, dans lesquelles se jouent quelquefois de jeunes singes, qui, se balançant sur ces escarpolettes naturelles, s’élancent d’arbre en arbre, et voyagent ainsi dans la profondeur de ces bois.

Le premier village qu’on trouve en sortant deMinatitlan est Cosoliacac, dont les cases de torchis, couvertes de feuilles de palmier, sont ombragées d’orangers et de cédrats toujours en fleurs. Les femmes y sont assez belles, mais trop massives.

Ensuite vient Altipan , village très-ancien, dont les habitants sont de race sans mélange, ainsi que ceux de Cosoliacac. C’est, suivant la tradition du pays, la patrie de la fameuse Indienne Dona Marina (5). Clavigero dit qu elle était née à Painala , village de la province de Goatzacoalco; mais les informations que j’ai prises ne m’ont point appris qu’un village de ce nom existât ou eût existé. Dans une autre histoire du Mexique, on lit quelle était de Huilotla. Je n’ai pas eu connaissance non plus de ce Huilotla; mais il existe

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