‹ Le MexiqueChapitre 135 sur 247 · CHAPITRE VIF · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIF

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de volonté et d’action, et qu elle ébranle violemment ses facultés et tout son être. Mais le Mexicain reste toujours le même : rien ne le remue profondément.

Je vis aux fêtes de San-Agustin un joueur de la classe moyenne mettre cinq cents onces d’or (plus de 40,000 fr.) sur le tapis : on lui passa, comme cela se pratique, le jeu de cartes pour qu’il fût lui-même l’artisan de sa fortune ou de sa ruine. 11 le saisit sans changer de couleur, posa doucement sa cigarette sur la table; puis se mit à tirer méthodiquement chaque carte, les posant successivement l’une sur l’autre. Enfin arrive le fatal valet qui le fait perdre.... bien ne paraît sur sa figure, aucun nerf n’a contracté ni sa bouche ni son sourcil. Au moment où le banquier ramassait son or, il remit avec politesse les cartes au tailleur, reprit sa cigarette, en fit tomber les cendres pour qu’elles ne se répandissent pas sur lui, et se remit à jouer quelques pièces d’or qu’il retrouva dans ses poches. Le malheureux! tout ce qui lui restait de fortune au monde n’égalait pas la moitié de la somme qu’il venait de perdre, et il était tranquille!

Au milieu de ces réunions silencieuses de joueurs, il est facile de distinguer l’étranger du créole, aux mouvements d impatience du premier, à l’impassibilité du second. Cependant, malgré quelques gestes convulsifs, quelques paroles brèves, qui dénotent toujours leur origine, les étrangers imitent merveilleusement les Mexicains pour la ténacité et la hardiesse au jeu '. Les

1 Je vis ;i San-Agustin le colonel Stavoli, italien an service du Mexique, perdre d’un seul coup 980 onces qu’il venait de gagner.

jeunes gens surtout s’y livrent avec une ardeur effrayante.

Quand on joue à cette fête, on ne cherche point un gain médiocre de quelques centaines de piastres; on n’aspire à rien moins qu’à un sac de mille onces; et quand par le plus grand hasard on l’obtient, on le perd quelquefois pour en vouloir le double. Tout homme qui se met à une table de monte n’est plus maître de lui : la fortune le tient sous son charme. S’il gagne, il est alléché; s’il perd quelque argent, il veut le rattraper; et plus la chance lui est contraire, plus il devient obstiné.

Du temps des Espagnols, ces fêtes étaient plus courues qu elles ne le sont à présent : on y venait de fort loin, et c’était une chose commune de voir mettre mille onces à la fois sur le tapis; mais depuis, les jeux se sont ressentis de la diminution des grandes fortunes.

San-Agustin offre aussi des distractions moins dangereuses, où le perdant peut aller reprendre un peu de calme et de philosophie : ce sont les combats de coqs, les danses au calvaire et les bals du soir. Les combats de coqs sont aussi des jeux où l’on parie pour tel ou tel champion ; mais on peut s’y amuser un moment sans y intéresser sa bourse.

Les coqs qui entrent en lice ont à la patte une lame d’acier bien émoulue, attachée comme un éperon. Excités à l’avance l’un contre l’autre, ils s’élancent dès qu’ils se sentent libres, et cherchent à se percer de cet éperon. Soit qu’ils sautent l’un sur l’autre, soit qu’ils

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