CHAPITRE VII
passent à droite ou à gauche, ils s’appliquent réciproquement à s’en frapper, et il y en a qui le font avec tant d’adresse, que dès le premier choc ils ouvrent le ventre ou le côté à leur adversaire.
Il faut les voir s’attaquer, reculer, se mesurer en baissant la tête, en hérissant les plumes de leur cou : leurs yeux étincellent de fureur. Le vaincu n’a point de quartier à espérer : tant qu’il peut se traîner, son ennemi le frappe à coups redoublés; et quand il expire, celui-là, tournant d’un air superbe autour du cadavre, fait entendre son chant de victoire, par lequel il semble défier les autres combattants.
Toutefois, il doit lui-même trouver la mort au lieu témoin de ses exploits : il est le tenant de ce tournoi à outrance et doit combattre tous les champions qu’on lui opposera. Souvent il en tue six ou huit avec un égal bonheur; mais enfin ses forces s’épuisent, il succombe, et va rejoindre aux cuisines de la grande place les victimes qu’il a dépêchées.
La route de Mexico à Tlalpam est celle qui conduit à Acapulco. Elle s’élève rapidement sur les montagnes du sud de la vallée, et atteint à la Cruz del Marques son point culminant, qui se trouve à peu près à la même hauteur que Pdo-Frio. Quand je montai cette côte pour la première fois, il faisait à peine jour; mais au lever du soleil , je vis le bassin de Mexico à son point de vue le plus grandiose. Vingt volcans se pressent à l’entour depuis sa partie occidentale jusqu au cône neigeux du Popocatepetl. Toute la vallée produit I effet d’un immense cratère qui s’est refroidi
peu à peu , conservant longtemps encore assez de chaleur pour entretenir des éruptions partielles sur ses bords. Pendant plusieurs lieues, la route se trouve creusée dans les bancs de laves, et de cendres volcaniques si lourdes, que le vent peut à peine les soulever.
A la Cruz del Marques, lieu qui tire son nom d’une croix qu’on y a plantée, ces traces d’incendies terrestres deviennent moins visibles; les forêts de pins y croissent plus épaisses. Cet endroit est redouté des voyageurs : les voleurs l’ont choisi pour la scène de leurs exploits. Le village de Huichilaque en est la pépinière inépuisable. Dans les guerres de l’indépendance, des bandits y commirent sur les Espagnols des atrocités révoltantes.
De Huichilaque, on découvre Cuernavaca et les pays chauds qui s’étendent jusqu’à l’océan Pacifique. On est encore au milieu des frimas, et l’on a à ses pieds un printemps perpétuel.
En descendant la côte, je ne fus pas peu surpris de retrouver deux Indiens qui, sortis de Tlalpam en même temps que moi, m’avaient suivi , quoique mon cheval allât bon pas. A la vérité, ils coupaient souvent au plus court et rattrapaient ainsi ce qu’ils perdaient de terrain d’un autre côté. Chargés de pesants fardeaux, ils avaient néanmoins conservé leur petit trot, et ne paraissaient pas plus fatigués que le matin. Ces Indiens sont d’excellents marcheurs et voyagent d’une manière particulière. Ils portent sur le dos une cage à claire-voie, ou un filet rempli de provisions, retenu