‹ Le MexiqueChapitre 137 sur 247 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

par une corde qui leur passe sur le Iront, de sorte que la tête supporte une grande partie du poids. Ainsi lestés, on les voit, le corps porté en avant et le jarret ployé, faire quelquefois vingt lieues au petit trot, sans autre aliment qu’un peu de tortille sèche. Ils aiment mieux aller chargés que libres de toute charge : on en voit tous les jours qui retournent de la ville au village, portant eux-mêmes le fardeau de leurs mules. Quand les Mijes de Guichicovi reviennent du marché de Tehuantepec, ils ont soin de remplir leurs filets de cailloux pour courir plus à l’aise.

Cuernavaca, à dix-huit lieues de Mexico, était la capitale des Tlahuiques, peuples soumis aux Aztèques. La température de cette petite ville est agréable, quoique déjà un peu chaude. Les maisons, les cases de roseaux sont entremêlées de jardins plantés d’orangers, de cédrats, de daturas, dont les fleurs embaument l’air. De tous côtés on entend le murmure d’un petit ruisseau qui descend la colline en serpentant à travers les habitations. Les environs fournissent les doubles produits des latitudes de transition. A une demi-lieue de là, à l’bacienda d’Atlacomulco , ancienne propriété de Cortès, on cultive sur une grande échelle le sucre et le café. La caféyère fut plantée par un Français en 1824.

Un autre Français, nommé Joseph de Laborde, fit construire à Cuernavaca, au milieu du siècle dernier, une habitation 1 où il dépensa 500 mille piastres dans

4 Cette habitation, qui était tombée en ruines, a été convertie en hôtel des diligences.

le but de secourir, pendant une année de disette, le peuple de cet endroit, tout en lui donnant les moyens de gagner sa subsistance. L’emplacement qu’il choisit est le sommet d’une colline aride; il y créa un joli jardin et une belle pièce d’eau, dont les sources sont pérennes.

Laborde, venu au Mexique avec la protection du gouvernement espagnol, qu’il avait obtenue j’ignore comment, était doué d’un esprit spéculateur. Il avait des idées étendues qu’il mit à profit, à une époque où l’on n’avait qu’à vouloir travailler pour s’enrichir; peu d’années lui suffirent pour amasser une fortune colossale. En 1743, la mine de la Canada de Tlalpujahua lui donna des produits d’une grande richesse auxquels il ajouta bientôt les trésors qu’il tira de celles de Tasco. ,

Cependant cet homme entreprenant éprouva dans sa vie de cruels revers de fortune. Après avoir prodigué son argent en dons de toute espèce, et avoir dépensé en particulier, dans la construction de l’église de Tasco, 400 mille piastres selon M. de Humboldt, et un million de piastres, au dire de ses petits-fils, il fut réduit à la misère par la décadence rapide de ces mêmes mines, dont il avait retiré annuellement deux ou trois cent mille marcs d’argent. L’archevêque lui ayant permis de vendre un soleil d’or, enrichi de diamants, dont il avait orné le tabernacle de cette église, il se transporta à Zacatecas avec le produit de cette vente, qui s’élevait à 100 mille piastres; et là il gagna pour la seconde fois d’immenses richesses, toujours dans l’exploitation des mines.

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