CHAPITRE PREMIER
auprès d’Acayucan le village d’Holuta ou Olula , connu pour être fort ancien et avoir été assez puissant : peut-être est-ce Holuta qu’on a voulu désigner. Toutefois, que ce soit à tort ou à raison , Altipan revendique l’honneur d’avoir donné naissance à cette femme, dont le génie ouvrit à Cortès la route de Mexico.
Les femmes de ce village justifient leur ancienne réputation de beauté. C’est parmi ces Indiennes que j’ai vu les formes les plus parfaites, quoique d’un galbe toujours un peu trop saillant. Leur costume est d’ailleurs bien propre à les faire ressortir, puisque la seule partie de leur corps qui soit couverte se trouve moulée dans la toile serrée qui l’enveloppe.
Dans ces régions brûlantes , la nature est précoce. Les jeunes filles de treize à quatorze ans paraissent en avoir dix-huit ou vingt; mais si leur développement est rapide , leur beauté passe promptement aussi ; elle survit rarement à l’âge de vingt-cinq ans. Quoique la croissance marche plus lentement chez les jeunes garçons, il n’est pas rare cependant de trouver un enfant de quatorze ou quinze ans déjà père de famille. Il arrive même très-souvent qu’un père marie son fils avant la puberté, et s’arroge sur la jeune épouse des droits que l’enfant ne songe pas encore à lui disputer.
L’immoralité est au combledans tous les villages du Goatzacoalco , et surtout à Altipan. Ici tout est renversé , tous les devoirs sont ignorés : un fils et sa mère , un père et sa fille, un frère et sa sœur, ont ensemble des liaisons incestueuses, et font un échange scandaleux de leurs droits les plus sacrés. L’amour cependant .
LE M liXIQUE.
le véritable amour, leur est inconnu, Les deux sexes ne sont attirés l’un vers l’autre que par battrait d’un plaisir purement égoïste, et restent indifférents l’un à l’autre dès qu ils se séparent (6).
Le curé d’Altipan rendit aux colons de grands services. Il leur donna des secours d’argent , les reçut chez lui, les soigna dans leurs maladies, et quoiqu’il eût été trompé par quelques-uns en retour de ses bons procédés, jamais il n’en montra de ressentiment, et son zèle et sa charité n’en furent point refroidis à l’égard des autres.
Arrivé de bonne heure à Altipan , je résolus d’y passer la journée. La chaleur commençait à être insupportable, et mes gens, qui me suivaient à pied, étaient fatigués; ils s’étaient couchés à l’ombre d’un oranger dont les fruits descendaient jusqu’à terre, et j’eus quelque peine à les empêcher d’abuser de la prodigalité de la Pomone américaine. Ce jour-là , nous fîmes un repas tout à fait à l’indienne : on nous servit du tasajo cuit avec du piment rouge, des haricots noirs et des tortilles.
Le tasajo , appelé tassao dans nos colonies, est une viande de bœuf qu’on fait sécher au soleil après l’avoir salée et coupée en lanières. Elle conserve toujours une odeur et un goût peu agréables.
Les Mexicains mettent le piment en abondance dans tous leurs ragoûts; il y a même beaucoup d’indiens misérables qui n’ont d’autre aliment que du piment et des tortilles.
Ces tortilles, que l’on mange partout au Mexique