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CHAPITRE VII

Deux personnes m’accompagnaient : un jeune Mexicain, officier supérieur, et un Anglais, M. James Barlow. Inspirés tous les trois d’un esprit quelque peu romantique, nous nous fîmes une fête de camper an désert. Nous n’eûmes pas lieu de nous en repentir.

Après avoir dressé nos lits dans une petite grotte, en face de la caverne, nos domestiques procédèrent aux apprêts de notre dîner. Voyageurs vétérans, nous n avions rien négligé de ce qui pouvait rendre notre excursion agréable; nous apportions avec nous des provisions de toute espèce : potage, poularde truffée du Mans, lamproies de Bordeaux, petits pois, et, pour complément, vin de Madère et de Château- Latour, cognac et café Velasco 1 : tout était d’un goût exquis, raffiné encore par un vif appétit.

La soirée fut délicieuse : la chaleur se trouvait tempérée par le frais d’un ruisseau qui coulait à quatre pas de nous, et tombait en cascades de distance en distance. La lune, dans tout son éclat, traversait paisiblement l’azur limpide îles deux; ses rayons argentaient le feuillage des arbres du ravin, formant avec les ombres épaisses des contrastes dont un incident imprévu rendit l’effet magique.

Nos gens et une dizaine de guides que nous avions pris au village, avaient allumé du feu au pied d’un aune 2 gigantesque pour y préparer leur souper. Mais voici qu’au bout d’une heure, le tronc, les branches,

1 Ce café, qui vient du sud de la vallée de Mexico, a un goût exquis.

2 L’arbre appelé chopos.

le feuillage, tout s’enflamme. L incendie monte en pyramide à plus de 100 pieds de haut, et colore en rouge les objets qui disparaissaient auparavant dans l’ombre , en vermeil les rochers et les eaux que la lune éclairait. L’oiseau réveillé dans son nid, aux rayons de cette aurore inaccoutumée, s’enfuit en jetant un cri plaintif, et le coyote aboie au loin en signe d épouvante. Ce double effet de lumière, dans ce ravin profond et accidenté, eût été une bonne fortune pour le pinceau de Martins ou de Guérin.

L’arbre cependant ne se consuma pas tout entier, mais les flammes dévorèrent le feuillage et les menues branches jusqu’à la cime.

L’entrée de la grande caverne se trouve cachée par un tertre couvert de végétation. Elle est fermée d’une arcade de roches stratifiées , dans laquelle on distingue des blocs de marbre noir veiné de blanc. Du haut du tertre, la vue plonge dans la caverne et découvre d’abord une salle rectangulaire, d’environ 406 pieds de long et de 70 de hauteur, dont le sol est uni et terreux. Nous y descendons par un sentier escarpé, et à mesure que nous nous enfonçons sous la voûte, les torches deviennent plus nécessaires pour guider nos pas. Bientôt l’obscurité cède à peine à nos flambeaux , et nous ne pouvons apprécier la grandeur des salles qui viennent ensuite qu’au moyen de feux de Bengale et de fusées volantes. Il y en a même quelquesunes dont la hauteur est telle que nous nous en faisons difficilement une idée exacte : des stalagmites de 1 50 pied de haut n’en atteignent pas la voûte.

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