‹ Le MexiqueChapitre 143 sur 247 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

quelques localités peu étendues , et disparaît entièrement dans d’autres. Le moindre filet d’eau devient ainsi une fortune pour la contrée qui le possède : chaque propriétaire riverain s’en empare pour arroser ses terres et leur faire produire une bonne récolte dans les climats froids ou tempérés, et deux par an dans les climats chauds. Malheureusement les grandes rivières sont fort rares au Mexique, et les petites sont bientôt épuisées par ces irrigations.

On se trouve fort peu incommodé des moustiques, des garapates, des chiques, dans cette partie du Mexique; mais les scorpions vermeils y abondent*. Leur piqûre est bien douloureuse; elle est même mortelle pour les enfants. Ces insectes acquièrent encore un degré de malignité de plus au village de Zumpalmacan, où l’on ne saurait déplacer une pierre sans en trouver plusieurs. Les Indiens de cette bourgade leur enlèvent la queue fort adroitement, puis font griller le corps, qu’ils mangent avec des galettes de maïs.

On croirait que cet aliment influe sur le caractère de ces Indiens, si les théories physiologiques ne rejetaient cette croyance : ils sont méchants et colères, au point d’avoir donné lieu à ce proverbe : Méchant comme un Indien ou comme un scorpion de Zumpahuacan.

Acapulco se trouve situé au pied d’une chaîne de montagnes qui en forme la rade. Sa population actuelle n’est guère que de 3,000 âmes; mais elle va en augmentant depuis que ce point sert d’échelle aux steamers américains de la ligne de Californie.

Le port est fort beau : il a près de deux lieues de tour. Les navires y sont en pleine sécurité. Pendant ces quarante dernières années, on y apercevait rarement une voile; car le commerce qui rendait ce port le second du royaume, pour l’étendue et 1 importance de son trafic avant la première insurrection, se trouvait alors anéanti. Acapulco était l’entrepôt de toute la côte occidentale, ainsi que de la Chine et des Philippines. C’est à Mazatlan et à San-Blas que les bâtiments qui franchissent le Pacifique vont porter maintenant les tissus de Manille et de Canton.

Jadis c’était une fête, quand le galion île Manille arrivait à Acapulco. A peine était-il signalé du fort qui domine l’entrée de la rade, que le canon, le carillon des cloches et le bruit des pétards en signalaient joyeusement la nouvelle. Des sommes immenses étaient alors dirigées à Acapulco, de tous les marchés principaux de la Nouvelle-Espagne, pour l’achat des produits asiatiques, lesquels étaient enlevés en un moment, puis revendus à des prix exorbitants.

La chaleur qui se concentre dans le bassin d’Acapulco est souvent étouffante, malgré une ouverture qu’on a pratiquée dans une colline pour donner accès au vent de mer. A l’époque des pluies, Je climat y est malsain : il y règne des fièvres dont il est difficile de se défaire une fois qu’on en est attaqué; mais, du reste, toute cette côte est exempte du vomito , qui sur les plages orientales sévit si cruellement contre ceux qui ne sont pas acclimatés.

Les habitants d Acapulco se distinguent en trois

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classes, les blancs, les noirs el les Chinois. Ces derniers sont presque tous des déserteurs du galion, qui. fatigués d’une navigation longue et périlleuse, se son! soustraits par la fuite à de nouveaux dangers, et sont revenus plus tard sur la plage pour se livrer à l’agriculture et au commerce.

Les noirs, qui sont très-nombreux sur cette côte, sont grands, robustes, mais d’une paresse excessive qu encourage la fertilité du sol. Ils sont querelleurs pour peu qu ils aient bu, el mettent l’épée à la main pour venger la moindre injure. Du reste, ils sont francs, de bonne foi dans leurs traités et d’un naturel extrêmement gai.

Avec un caractère moins agréable , les Indiens de la même côte ont la même insouciance et la même apathie. Une fois étendus sur leur natte, ils se relèvent difficilement; leur case s’écroulerait qu’ils ne se hâteraient pas de fuir.

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