CHAPITRE VIII
Le premier moyen d’extraction ne vaut rien quand le minerai est riche, parce qu’alors les particules d’argent se trouvent souvent trop grosses et trop abondantes pour que le mercure s’en empare aisément. L’extraction 11e se fait pas non plus par la lonte si le métal est pauvre, parce que les dépenses excèdent les bénéfices. Toutefois, en mélangeant du minerai riche à du minerai pauvre, ce qui abaisse 1 aloi du premier, on évite l’inconvénient du procédé ruineux.
Pour séparer l’argent du plomb, on fait fondre ces saumons au creuset; puis, au moyen de soufflets, on dirige sur le métal fondu une grande masse d’air qui oxyde le plomb. Alors il se forme à la surface une crasse d’un jaune rougeâtre conservant un brillant métallique, c’est ce qu’on nomme litharge. On retire cet oxyde, et on reconnaît que l’argent est pur lorsqu il se forme au-dessus un éclair , suivant le terme du laboratoire, c’est-à-dire lorsque le métal paraît en feu. On coule ensuite l’argent en lingots ou plaques d’un poids variable selon les localités, puis on les soumet à de nouveaux procédés chimiques pour en séparer l’or qu elles contiennent en plus ou moins grande quantité.
Les plus riches lingots (ceux de Guanaxuato) ne contiennent pas ordinairement au delà de mille grains d’or par marc *, c’est-à-dire plus de la cinquième partie du poids total. Les plus pauvres en renferment
1 A Guanaxuato, quelques mines ont donné des fruits qui possédaient jusqu’à 1800 grains d’or par marc de métal.
au moins seize. Au dessous de cette loi , l’argent passe directement à la Monnaie.
Voici à quoi se réduisent les préparations employées pour la séparation de l’or. On commence par réduire les lingots en grenaille, et on en jette une certaine quantité dans une cucurbite pleine d’acide sulfurique qu’on fait chauffer. L’argent se dissout dans l’acide, et quand on décante, l’or reste au fond et forme des paquets spongieux d’un jaune brun.
Le liquide qui sécoulc est du sulfate d’argent. 11 est porté dans des cuves contenant des plaques de cuivre posées sur champ, et celles-ci, formant bientôt du sulfate de cuivre avec l’acide sulfurique, isolent l’argent qui se dépose au fond sous forme de terre grisâtre. On le lave alors , on le presse dans des moules pour en exprimer toute l’eau , puis on le porte au fourneau pour le couler en barres. Au sortir des cucurbites, l’or subit les mêmes préparations, c’est-àdire le lavage, le pressage et la fonte.
La journée était déjà très-avancée quand j’eus visité I hacienda de Régla. Je me hâtai de partir pour le Real del Monte, où je devais passer la nuit. Le temps était froid : un brouillard épais se condensait en pluie fine, et se convertit plus tard en neige. Il eut bientôt pénétré mes vêtements et refroidi ma pensée, dont l’essor est facile sous l’influence d’une température douce, à la vue d’une nature faite pour la stimuler, mais que les frimas engourdissent, longtemps avant que le thermomètre marque zéro.
Enveloppé jusqu’aux yeux dans mon zarape, je ne