‹ Le MexiqueChapitre 150 sur 247 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

vis rien autour de moi ; je remarquai seulement à mes pieds une route assez belle. Elle a coûté des sommes immenses à la compagnie anglaise, qui dans un espace de cinq lieues a eu à vaincre tous les obstacles que présente un terrain plein d’anfractuosités.

Peu de villes dans la république étaient aussi dénuées de ressources pour les voyageurs que le Real del Monte l’était alors '. .le ne trouvai dans l’hôtellerie qu’une chambre dépourvue de toute espèce de meubles, dont la fenêtre fermée par un volet cassé laissail un libre passage au vent du nord, assez froid pour me rappeler les approches de Noël en Bourgogne. La nuit me parut bien longue et bien mauvaise : aussi j’étais déjà sur pied au lever du soleil; j’attendais l’apparition de cet astre bienfaisant pour me réchauffer. La terre était alors couverte de neige; mais les tètes chevelues des pins perdirent peu à peu leur couronne argentine : chaque rayon du soleil en fondait un fleuron. Cependant lair se maintint toujours froid : les hautes régions où se trouve le Real en rendent le climat assez rigoureux.

Cette petite ville, située au milieu des montagnes, n’a d’autres ressources que le produit de ses mines : elle tire tout du dehors. Nulle espèce de culture ne récrée la vue dans ses environs; mais la terre y fournit à l’homme le métal dont la possession lui procure tous les autres biens.

C’est en considérant les groupes de montagnes entassées les unes sur les autres, dont les entrailles recè-

lent tant de métaux précieux, qu’on demeure étonné des richesses incalculables de ce pays privilégié de la nature. Les neuf dixièmes de tout l’argent existant sont sortis des mines du Mexique; et cependant, que sont les points isolés que l’on a exploités jusqu’à présent, si on les compare au Mexique tout entier, qui n’est, pour ainsi dire, qu’une seule mine, depuis Oaxaca jusqu’à Cbihuahua? La masse d’argent extraite des mines de Guanaxuato, deZacatecas, de San-Luis- Potosi, de Tasco, de Sombrerete, de Catorce, de Bolanos, etc., n’est qu’un atome comparativement à ce qui reste enfoui dans les montagnes qui entourent ces mêmes lieux , et aux trésors inépuisables des Etats de Sonora, de Sinaloa , de Cbihuahua, etc. Là, nonseulement l’or et l’argent abondent au sein des montagnes, et souvent à leur superficie; mais les rivières, les torrents charrient de l’or, et le sable et la terre en contiennent en grande quantité. De tout temps la poudre d’or a été un objet de trafic entre les sauvages et les Mexicains qui habitent la frontière du désert; et de nos jours la découverte deSutter a révélé au monde ce que la Californie renferme de trésors.

Je me souviens que quand je projetais mon voyage au Mexique, il m’arrivait d’étayer des châteaux en Espagne sur la découverte d’une mine d’or ou d’argent. Je me figurais ce que se figurent bien des gens, que cela seul suffit pour assurer une fortune colossale. Hé mon Dieu! on peut venir au Mexique avec la certitude d’en trouver sans se donner la peine d’en chercher : il y en a mille qui sont à la disposition de

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