‹ Le MexiqueChapitre 16 sur 247 · CHAPITRE PR EM I ER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PR EM I ER

en guise de pain , sont faites de mais macéré dans de l’eau de chaux et broyé. Lorsque la pâte est suffisamment préparée, on la fait cuire par galettes rondes et minces sur un plateau de terre exposé à la flamme d’un feu ardent. Pour que la tortille soit supportable, il faut la manger très-chaude. On en façonne chaque bouchée de manière qu’on puisse s’en servir comme d’une cuiller; les doigts font l’office de fourchettes et de couteaux.

Les haricots sont le mets de fondation de toutes les tables mexicaines : à déjeuner, à diner et à souper, chez le riche comme chez le pauvre, on sert un plat de haricots au gras comme entremets.

En parlant de la manière de préparer et de faire cuire la tortille, j’ai fait à peu près l’énumération de tous les meubles d’une case d Indiens. En effet, après la pierre1 sur laquelle on broie le maïs, le plateau sur lequel on en fait cuire la pâte, le petit pot ou l’on fait I atole '2, ustensiles de première nécessité que la femme apporte en dot à son mari , le mobilier ne se compose guère que d’une natte de jonc qui sert de lit, de table et de sièges. Si on ajoute à cela une cruche, quelques tasses de calebasse et une image enfumée de la Vierge ou de quelque saint , on aura l’inventaire de ce qu’on peut trouver chez un Indien des provinces internes. Il n’y a de plus chez l’Indien des climats chauds qu’un hamac où il se balance pendant que sa femme s’évertue, avant chaque repas, à faire la tortille, travail qui

1 Appelée metate par les Espagnols.

2 Bouillie de maïs.

l’occupe une grande partie de la journée. Mais celuici est bien plus heureux que l’Indien des provinces élevées : ce dernier mène une vie de privations continuelles, tandis que l’autre jouit sans peine des richesses de la végétation. Aussi à mesure que l’on s’éloigne des côtes, s’aperçoit- on d’un changement frappant dans la classe des Indiens; plus on s’élève, plus ils se montrent malpropres , et on finit par n’avoir sous les yeux que des haillons d’une saleté dégoûtante. Les femmes, jeunes ou vieilles, sont hideuses de misère; on chercherait en vain un trait gracieux dans leur figure dégradée.

Le lendemain, je me remis en marche assez tard, de sorte que j’eus à supporter la plus forte chaleur du jour; mais j’en fus dédommagé par la vue d’une immense quantité des plus jolis oiseaux que produise l’Amérique. De tous côtés bourdonnaient des colibris, qui se soutenaient immobiles dans l’air, tandis qu’insinuant leurs becs dans le calice des fleurs , ils en épongeaient le suc de leurs langues effilées. Les perroquets, les perruches, les toucans, les chachalacas, couronnaient les arbres de haute futaie , tandis que les massifs de verdure , au milieu desquels le chemin se trouve encaissé , étaient couverts d’autres petits oiseaux jaunes, rouges, verts, bleu de ciel, ou de mille couleurs à la fois , qui se posaient ou s’élevaient , et sans cesse en mouvement, ressemblaient à des pétales de Heurs agités par le vent.

Avant d’arriver à Socoiiusco, village indien à une lieue d’Acayucan , nous fûmes surpris par une pluie

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