‹ Le MexiqueChapitre 151 sur 247 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

quiconque veut les exploiter; et les trois quarts de ces mines renferment des richesses immenses. Mais il faut que le hasard en fasse découvrir les filons riches; jusque-là les dépenses sont en pure perte ou excèdent la valeur du minerai qu’on en retire. Moi-même qui possède aujourd’hui des actions dans des mines d’argent et d’or, je n’en suis pas plus riche. Les spéculations des mineurs sont de véritables jeux de hasard : mille se ruinent pour un qui s’enrichit.

En 183G, la compagnie anglaise du Real del Monte avait déjà dépensé, depuis douze ans, huit millions de piastres dans l’exploitation de celles qui lui appartenaient. Cinq millions avaient été employés à mettre les mines en état d’être exploitées, à établir des machines à vapeur d’une grande beauté pour le jeu des pompes, à ouvrir la route de Iîegla, etc.; les trois autres millions marquaient l’excédant des frais d’exploitation sur la valeur du métal obtenu. Ces dépenses avaient absorbé chaque mois 35,000 piastres, tandis que l’argent retiré de la terre n’avait donné que dix à vingt mille piastres dans le même temps.

Les principales mines de Real del Monte étaient alors celles deTerreros, de San-Cayetano , de Moran, de Santa-Teresa, de Guadalupe, de Dolores, de Santa- Isabel, de Sanla-Rarbara , etc. .Te descendis dans celle de San-Cayetano à dix heures du matin, accompagné d’un Anglais, employé de l’administration, et de plusieurs porte-flambeau. J’étais affublé comme les autres d’une chemise et d’un caleçon de flanelle, d’un pantalon et d’une veste longue de toile, d’une

calotte de toile, et par-dessus d’un chapeau à larges bords de feutre très-dur, dont je ne tardai pas à reconnaître l’utilité : les voûtes de ces galeries basses et tortueuses sont hérissées de pointes, dont on ne se défie pas toujours assez. Ce chapeau est également destiné à porter la chandelle, quand on monte ou quand on descend sur les échelles. La vue de mes compagnons me rappela la fiction des Cyclopes, carriers ou mineurs comme eux. .l’étais moi-même un véritable Cyclope, n’ayant au front qu’un seul œil {lumen), pour m’éclairer dans les ténèbres.

La forme des échelles en usage dans les mines du pays présente de grands dangers. Elles consistent en un arbre où se trouvent pratiquées une suite d’entailles suffisamment profondes pour y appuyer le pied. Ces entailles se remplissent peu à peu d’argile qui s’attache à la chaussure des mineurs, ce qui rend l’échelle fort glissante. Malheur à celui qui pose mal son pied, et qui ne peut arrêter sa chute en étreignant l’arbre fortement! il roule d’échelle en échelle, de précipice en précipice, et disparaît dans l’abîme.

Mais au moyen des échelles à barreaux adoptées par les Anglais , la descente n’est pas dangereuse ; elle n’offre même aucune difficulté, quoique leur position soit presque verticale. En vingt minutes nous avions franchi sans nous fatiguer près de 1,200 pieds.

On peut aussi descendre et remonter par le puits de la mine, en se suspendant aux cordes dont on se sert pour retirer le minerai dans des sacs de cuir. Ces cordes sont mues par des manèges qui sont nuit et

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