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CHAPITRE IX

tion généreuse, venait la sécurité des chemins. Alors on peut s'abandonner sans crainte à l’hospitalité des populations indigènes. Parmi celles-ci il en est qui, n’éprouvant le besoin d’aucun secours étranger, restent souvent sur leur territoire comme séquestrées du monde, et ignorent jusqu’au langage qu’on parle autour d’elles.

Exempt de soucis de ce côté , l’observateur jette avec intérêt ses regards sur ce qui l’entoure. Ici d énormes cactus ccrcas attirent son attention par leur forme bizarre, ainsi que le pochotle , dont le coton fin et soyeux est le jouet du vent; plus loin des sapotilliers touffus, des orangers odorants, se groupant autour des hameaux, invitent le voyageur à se reposer sous leur ombre épaisse.

Au village de Cuicallan, dans une vallée fertilisée par la rivière du même nom, les pitaijas ou baies de cactus sont exquises, et les sapotilles beaucoup plus grosses et plus sucrées que dans les Antilles.

La sapotille contient une liqueur blanche d’une saveur insipide dont on lait le c/iicle : on la tire également de l’arbre en y faisant une incision; elle en découle comme celle du caoutchouc. Réduite au feu . elle forme en se refroidissant le chicle, espèce de mastic que les Indiens et les gens du bas peuple se plaisent à mâcher, comme les Malais mâchent le bétel; mais le chicle ne laisse dans la bouche aucune trace de son passage.

Cuicallan est situé au pied d’une colline, sur la crête de laquelle passe une route impraticable aux voi-

tures et fort mauvaise pour les chevaux (77). Ce village se trouve sur le territoire des Zapotèques, peuple belliqueux qui eut avec les Mexicains de fréquents démêlés. Les seigneurs de Cuicatlan étaient, au temps delà conquête, très-riches et très-puissants, et leurs descendants en ligne directe, décorés encore du titre de caciques, n’ont pas cessé de recevoir de leurs sujets le tribut d’hommages et de respects qui leur était dû au temps passé. Un sentiment religieux, une fidélité touchante, ont perpétué un vasselage que l’empire de la force avait créé.

Le cacique héréditaire de Cuicatlan n’est plus riche, mais il a une fortune indépendante, surtout pour un indigène qui vit de peu. D’ailleurs les habitants de ses anciens domaines lui fournissent tous les jours de l’année une dizaine de corvées pour le service intérieur et extérieur de sa maison.

J’ai vu ce cacique, j’en ai connu quelques autres, et je n’ai trouvé en eux rien de ce qui annonce ordinairement l’illustration de la naissance et l’habitude du commandement. Vêtus comme tous les Indiens des campagnes, logés aussi misérablement qu’eux , ils se livrent aux mêmes travaux que les plus pauvres de leurs vassaux.

Les chefs, les souverains des peuplades indépendantes des côtes d’Afrique, malgré la rusticité de leurs mœurs, ne font pas un geste, ne profèrent pas une parole qu’on ne reconnaisse de prime abord le rang qu’ils occupent dans leur tribu. C’est qu’ils sont libres; c’est qu’ils ne trouvent rien au-dessus d’eux qui les

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