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CHAPITRE IX

ou se promenant à la clarté de la lune, ils font résonner leur instrument avec assez de goût et de charme, mais, en général, avec une monotonie qui fatigue bientôt; ils reviennent souvent au même motif, et répètent quelquefois plusieurs minutes de suite la même mesure. Ils chantent aussi en s’accompagnant, mais leurs voix sont aigres et perçantes. Cependant à Güendulein j’ai trouvé la voix des Indiens bien moins désagréable qu’ailleurs. Le matin et le soir, avant et après le travail, cinquante à soixante pionniers rassemblés dans la cour chantaient les louanges du Seigneur. L’un d’eux, d’une voix de Stentor, entonnait le chant, et les autres y répondaient en basse. Ce n’était pas précisément joli, mais cela avait pourtant un certain charme qui faisait écouter patiemment la prière jusqu’à la fin.

M. Guergué me régala un soir d’un petit concert de guitare et de harpe. Le virtuose était un pauvre manoeuvre qui, à mon grand étonnement, exécuta sur une harpe crasseuse des morceaux charmants avec une précision et un talent tout à fait remarquables. Elève d’un harpiste de Jalapa, il n’avait pas tardé à surpasser son maître.

Je rendrais difficilement l’effet que produisait sur moi cet Indien à peau rouge, couvert de vêtements sales et en lambeaux, caressant les cordes de son instrument avec cette aisance que donne le talent, et formant de si beaux accords. L'art ennoblissait dans ma pensée ce barde zapotèque; mais quand mes yeux se portaient sur ses mains calleuses et noires de la

terre que le boyau y avait laissée, la couronne du barde tombait, 1 illusion disparaissait.

Les Indiens ont de grandes dispositions pour les arts, et deviennent d’excellents ouvriers comme de bons musiciens, lorsqu’ils travaillent sous des maîtres habiles. Quand l’industrie du Mexique aura pris un plus grand essor, on tirera bon parti de leur intelligence. Cependant on ne doit pas espérer de pouvoir avant longtemps inspirer aux populations indigènes du goût pour un changement quelconque dans leur existence normale. Elles sont aussi attachées à leur pauvreté que les peuples civilisés le sont aux richesses; elles font autant pour la conserver que ceux-ci pour en sortir. De même que le Lapon ne change ni son gîte enfumé, ni son poisson sec, ni son huile puante pour notre bien-être et nos mets délicats, l’Indien mexicain préfère sa natte, sa tortille et ses coutumes agrestes aux douceurs de la vie citadine. Il a même une sorte de dédain pour les usages des créoles, et consent rarement à contracter des alliances avec eux.

Si ces hommes demi-sauvages sont contents de leur sort , ne serait-ce pas une cruauté de les tirer de leur état paisible? Si cette atonie dans leur existence ne leur procure pas de jouissances épurées, elle leur ôte du moins bien des soucis, bien des peines amères; car la civilisation, comme La Fontaine l’a dit de la fortune : Vend ce qu’on croit qu'elle donne.

Que ne s’applique-t-on plutôt à les rendre meilleurs par des leçons de morale qui leur enseigneraient les devoirs de l’homme envers la société ; par des

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