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CHAPITRE IX

tableaux de vertus mises en action qui leur rendraient palpables les bienfaits d’une religion résumée dans la foi, l’espérance et la charité! Mais trop souvent les prêtres catholiques suivent une voie erronée. Dans leurs prêches et dans leurs livres, ils s’obstinent à n’entretenir leurs ouailles et leurs lecteurs que de dogmes, de miracles, de mystères, sans s’apercevoir que la morale publique retire peu de fruit de tous ces vains discours. Si l’immortel Fénelon avait eu plus d imitateurs, combien le catholicisme n’y eût-il pas gagné! L’éloquence de l’évêque de Meaux foudroie sans convaincre; celle de l’archevêque de Cambrai pénètre dans l’âme comme un parfum subtil, et fait aimer la vertu qu elle orne de tant d’attraits.

Les peuplades indiennes n’ont donc encore d’autres idées de la religion des conquérants que celles qui n’ont que peu ou point de rapport avec la morale, et qui n inclinent l’homme qu’au doute, toutes les fois qu’il fait appel à sa raison. U reste ainsi beaucoup à faire pour les policer entièrement. Qu’on leur donne donc les moyens de s’instruire et de former leur cœur par une piété raisonnée; mais qu’on se garde bien d’altérer leur simplicité, sauvegarde de leur bonheur.

Le séjour de Giiendulein est intolérable dans les grandes chaleurs. La nuit comme le jour, on ne sent pas le plus léger zéphyr, et l’on est inondé d’une sueur brûlante.

Les scorpions et les tarentules pullulent dans toute cette contrée. On y trouve aussi une espèce de serpent dont la morsure est souvent mortelle, quand on ne

peut y porter remède à temps : c’est le coralin, long de dix-huit pouces à deux pieds et gros comme le petit doigt. Sa peau offre la réunion des plus vives couleurs. Lorsqu’il se met en spirale au pied d’un buisson, on le prendrait pour une touffe de primevères.

A quelques lieues de Gtiendulein, on trouve la fameuse rivière des Détours (rio de las Yueltas), qui serpente dans une gorge étroite et boisée. Cet endroit est fort agréable par ses ombrages et sa fraîcheur. La renommée, qui grossit tout, donne à cette rivière cent détours; je n’en ai compté que soixante-deux. Malgré le pittoresque du vallon, ce passage est fort ennuyeux : à peine a-t-on passé la rivière qu’il faut la traverser de nouveau pour la retrouver encore un peu plus loin, et ainsi de suite pendant deux ou trois heures. Dans le temps sec, on n’a qu’un ruisseau à passer; mais quand les eaux sont grandes, les communications se trouvent interrompues pendant plusieurs jours.

Après la rivière des Détours, il nous restait encore une côte longue et ardue avant de découvrir la vallée d’Oaxaca. Madame de Fossey la monta péniblement : elle s’était foulé un pied en tombant de cheval, et souffrait beaucoup. Je lui donnai le mien, dont le pas était doux et allongé; mais c’était un animal fougueux, fort difficile à mener, et je pris d’abord toutes sortes de précautions pour qu’il n’arrivât point d’accident. Toutefois nous remarquâmes bientôt que nos craintes étaient vaines : dès que Negro, c’était le nom

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