CHAPITRE IX
de mon cheval , sentit sur son dos une écuyère incapable de le maîtriser, il se montra généreux , et il devint aussi débonnaire que l’âne de Sancho Pan ça.
Ce cheval avait vingt ans, et néanmoins il avait encore la force de deux chevaux ordinaires : il renversait un taureau d’un coup de poitrail. Après avoir fait des journées de dix-huit et de vingt lieues, il piaffait et cabriolait à l’approche d’un cavalier ou d’une habitation, comme s’il venait de sortir de l’écurie. S’il voyait un groupe d’hommes mal vêtus, il dressait les oreilles et s’apprêtait à s’élancer dessus. Il était beau quand il entendait une décharge de mousqueterie; on reconnaissait en lui le cheval de bataille.
Pauvre Negro! je l’ai perdu d'une manière bien tragique. Un jour, courant en liberté dans la campagne, il entra dans un champ de cannes à sucre et se tua en tombant dans un de ces puits sans garde-fous qu’on a l habitude de creuser dans les jardins d’Oaxaca. Je fus réellement plus affligé de la mort de ce bon serviteur que je ne croyais naturel de l’être. Je ne suis cependant pas resté inconsolable sur son tombeau , comme l’Arabe sur celui de son coursier; mais je l’ai regretté assez pour lui consacrer ce souvenir.
Les chevaux mexicains viennent d’une race croisée de chevaux arabes et andalous. Ils unissent la force musculaire des uns aux formes gracieuses des autres. J’ai vu de bien jolis chevaux au Mexique, et il y avait parmi eux de fameux coureurs. Le Cachorro, par exemple, était l’effroi de tous les amateurs de courses.
Malgré ses vingt ans, je l’ai vu gagner un pari de 300 onces d’or contre une jument anglo-américaine, la plus jolie béte qu’on pût voir. Le premier saut que le Cacborro faisait en s’élançant dans la carrière était de quinze pieds, et cette fougue ne se ralentissait guère qu’à la seconde épreuve. Les chevaux mexicains se conservent fort longtemps; il arrive souvent qu’à vingt-cinq ans ils n’ont encore rien perdu de leur vigueur. Cependant on prend bien peu de soins d’eux : on les fait marcher une grande partie de la journée sans leur donner de nourriture ni de repos. Le soir, on leur donne de l’orge ou du maïs avec de la paille; le lendemain matin, la même ration avant de partir; et voilà les chevaux les mieux traités, selon la coutume du pays.
En France, un voyageur est forcé de mettre pied à terre de quatre en quatre lieues pour faire reposer sa monture etlui donner un picotin, sans quoi elle deviendrait molle, arriverait efflanquée à la couchée, et ne pourrait recommencer la même marche le lendemain. Pour conserver nos chevaux, nous sommes esclaves de leurs besoins. Je conviens que les Mexicains ne prennent pas assez de soins des leurs; mais nous, n’en prenons- nous pas trop des nôtres? Je pense que si.
Les mules aussi sont d’excellents animaux pour voyager dans ces chemins pierreux et escarpés. On peut en toute sûreté leur abandonner la bride et se laisser conduire par elles. Il ne leur faut qu’un sentier de quelques pouces pour qu elles franchissent hardiment les passages les plus périlleux. Leur pied , tou-