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CHAPITRE IX

jours sûr, ne se pose jamais dans un endroit douteux. Ce sont les seuls moyens de transport qui existent sur la plupart des chemins du Mexique. On les charge de deux gros ballots de 200 livres chacun , se faisant équilibre; et malgré ces poids énormes, elles cheminent légères, en liberté, broutant l’herbe çà et là, sans jamais se reposer avant le terme de leur journée de marche , qui ordinairement n’excède pas sept lieues.

Mais nous avons déjà dépassé le sommet de la côte de San-Juan; et en descendant le versant opposé, voici la première des trois vallées d’Oaxaca qui se découvre à nos yeux : c’est celle d’Etla. Elle va se réunir aux deux autres à six lieues de là, et forme avec celles-ci un triple embranchement dont la ville d’Oaxaca occupe le centre. Ce plateau est moins élevé sur les Cordillères que celui d’Anahuac, ce qui fait que la température y est plus chaude qu’à Mexico; et comme une chaîne de hautes montagnes le défend des vents froids du nord, elle y est aussi plus égale. On y jouit d’un printemps perpétuel, qui donne à la végétation une variété bien rare dans un même endroit. Le ciel y est toujours pur pendant huit mois de l’année, et ne s’obscurcit que momentanément dans le temps des pluies. Aucune vapeur ne rend lhorizon nébuleux comme à Mexico, ni rougeâtre comme à Naples: l’azur de la voûte céleste est toujours uniforme et resplendissant des feux du jour.

Oaxaca, que les Espagnols ont appelé Antcquera dans les premiers temps de sa fondation , est situé au

pied d’une colline, entre deux petites rivières. Les rues, orientées aux quatre points cardinaux, sont en pente légère, et dans les principales coule un petit ruisseau d’eau limpide, alimenté par l’aqueduc de San-Felipe. Les maisons n’ont communément qu’un rez-de-chaussée, à cause des fréquents tremblements de terre qui les ébranlent dans la saison pluvieuse. Elles sont presque toutes peintes en blanc à l’extérieur et à l’intérieur, ce qui rend insupportable la réverbération des rayons solaires. On remédie un peu à cet inconvénient en remplaçant les vitres des fenêtres par de la toile écrue.

Les tremblements de terre sont à Oaxaca périodiques comme la saison des orages : ils commencent un mois après les premières pluies, et finissent un mois après les dernières; phénomène qui vient appuyer la théorie de Cordier sur la cause de ces commotions terrestres. Plus les pluies sont abondantes, plus les secousses sont fréquentes. Il arriva même en 1802 que les habitants abandonnèrent la ville pendant six mois, pour fuir le danger d’ètre écrasés dans leurs maisons, ébranlées dix et douze fois en vingt-quatre heures. Ils formèrent un camp dans la plaine de Guadalupe, et passèrent ce temps-là sous des baraques construites à la hâte.

On dit que les tremblements de terre ont diminué de force et de fréquence dans la vallée d’Oaxaca depuis un siècle environ ; cependant j’en ai encore compté dix-sept en 1837, neuf en 1838, et treize en 1839 : c’est-à-dire en trois ans trente-neuf, dont

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