‹ Le MexiqueChapitre 164 sur 247 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

plusieurs étaient de nature à lézarder les murs de nos habitations et à faire perdre l’équilibre à un homme debout. Outre les secousses périodiques, on en ressent quelquefois d’autres dans le temps sec; mais c’est toujours à de longs intervalles, c’est-à-dire tous les trois ou quatre ans.

Il y a deux sortes de tremblements de terre : l’un se fait sentir de bas en haut: c’est le plus dangereux quand il dure longtemps; l’autre ressemble à un roulis de navire, et occasionne un malaise semblable aux premières atteintes du mal de mer. Pour peu que ce mouvement onduleux soit fort, on voit les colonnes des galeries, les arbres, les édifices se balancer sur leurs bases; les plâtres se détachent des murs et des plafonds, les poutres crient, les portes s’ouvrent d'ellesmêmes, et les eaux des aqueducs et des bassins sont lancées hors de leurs limites. Les animaux s’arrêtent, ils écartent les jambes et hument l’air à pleins naseaux. On se précipite hors des maisons pour gagner les places, mais d’un pas mal assuré, car le sol semble s’abîmer sous les pieds. Le peuple, agenouillé, récite à haute voix ses patenôtres : sentant la terre près de lui manquer, il appelle le ciel à son secours, et s’écrie dans la ferveur ou plutôt dans les angoisses de la crainte : « Seigneur, ayez pitié de nous! »

La proximité des volcans de Soconusco et de Guatimala est sans doute la cause indirecte de ces tremblements; ils augmentent d intensité à mesure qu’on s’approche du sud-est; et là où ces volcans vomissent leurs feux, la terre se trouve tellement ébranlée par

1 expansion des vapeurs souterraines, qu’on ne peut donner aux plus grands édifices qu’une hauteur de sept à huit mètres.

La ville d’Oaxaca n’offre de remarquable que le palais inachevé de la place d’armes, dont la façade est assez élégante dans son ensemble, quoique de peu de mérite comme œuvre d’architecture. Le couvent de Santo-Domingo , tout en conservant sa première destination, sert aussi de citadelle à la ville : c’est là que les troupes et les principaux habitants vont se réfugier à l’approche d’un parti ennemi.

La population de cette ville, qui s’élevait à 24,000 âmes au commencement de ce siècle, n’en a guère que 18 à 20,000 à présent. Le commerce de la cochenille et de l’indigo y attirait alors une foule d’Espagnols; mais les bénéfices diminuant peu à peu, le nombre de ces spéculateurs devint moindre aussi; et les décrets d’expulsion qui vinrent les frapper à plusieurs reprises achevèrent d’en éloigner le plus grand nombre.

La province d’Oaxaca a toujours été la plus riche du Mexique, non par ses mines, mais par les productions de son sol. Les exportations de cochenille, d’après la statistique de M. Lerdo de Tejada, calculée tle 1757 exclusivement à 1838, ont produit, année commune, 1,385,185 piastres; somme énorme dont la plus grande partie est allée aux mains des Indiens cultivateurs de nopals.

Ces Indiens, dont les besoins demandent si peu, n’ont que faire de tant d’argent, et l’enfouissent çà et

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