CHAPITRE IX
là dans la campagne et sous les rochers des collines. Ainsi l’avarice restitue à la terre ce que la cupidité lui a dérobé. Eux seuls connaissent leurs cachettes, et ne les découvrent jamais à qui que ce soit; ils meurent sans en dire un mot à leurs enfants, et sans que ceux-ci se mettent en peine de s’en informer. Si par hasard un Indien trouve un de ces trésors, il en est comme effrayé, et recouvre soigneusement le dépôt sacré sans en distraire un demi-réal, persuadé qu’il mourrait dans l’annéfe s’il se permettait le plus léger larcin aux mânes de l’enfouisseur.
Il y a cependant des Indiens riches qui, sans rien changer à leurs moeurs et à leur manière de vivre, sacrifient au luxe et à la vanité : ils dépensent des sommes considérables pour l’entretien de leur maison. J’ai dîné chez plusieurs de ces Indiens, et j’y ai vu souvent de la vaisselle plate et d’autres choses précieuses. Ils avaient aussi de bons vins de Bordeaux, de Malaga, de Xérès, dont ils régalaient grandement leurs hôtes; et leur table se couvrait des mets les mieux apprêtés selon le goût du pays. Quant à eux, assis sur une natte dans leur cuisine, entourés de leur famille, ils prenaient un repas frugal et buvaient de l’eau.
D’autres circonstances contribuent à diminuer l’abondance des trésors cachés : ce sont les dépenses que font dans chaque village les alcades et les marguilliers au moment de leur nomination. Dans ces solennités, ils régalent tous les habitants du même lieu, payent les cérémonies de l’église, les musiciens, les feux
d’artifice, etc., et décorent les saints de costumes neufs et brillants.
Quoique la valeur de la cochenille ait beaucoup baissé, la province d’Oaxaca est toujours riche, mais la capitale est pauvre. Quand Morelos fit son entrée à Oaxaca, en 1812, à la tête de son armée d’insurgés, les comptoirs des Espagnols et des négociants créoles regorgeaient d’or et d’argent. Mais ce temps de prospérité est passé, il ne reviendra que quand on colonisera ce beau pays.
Les habitants d’Oaxaca sont affables et hospitaliers; les femmes sont pleines de douceur et d’esprit naturel. Lors de mon premier voyage, je les trouvai moins bien qu’à Mexico sous le rapport des manières, du langage, et surtout du peu de goût qu’elles mettaient à s’habiller; mais lorsque je les revis, en 1849, elles me semblèrent aussi avancées que les dames de la capitale.
Les hommes eux-mêmes regardent leurs femmes comme au-dessus d’eux pour l’empressement qu elles montrent à rendre un service, et pour leur ponctualité à remplir leurs engagements.
La première fois que je vis réunie la haute société d’Oaxaca, c’était à un bal chez le président de la cour de justice. La danse des boleras n’était pas encore passée de mode au dehors de la capitale : dans tous les bals le son des castagnettes se faisait entendre deux ou trois fois. Cette danse à caractère est charmante quand elle est exécutée sur les théâtres de Madrid ou de Mexico par de bons artistes; mais autrement elle