CHAPITRE X
de notre misérable vie, la nature conserve toujours ses iflstincts dans le cœur d’une mère. Rachel ne voulait pas être consolée, parce que ses enfants n’étaient plus.
Au reste, je doute que ces chants, que ces accords retentissants soient plus capables, en pareil cas, de réjouir que d’attrister. Si la musique excite à la gaieté, elle porte aussi à la mélancolie, selon la disposition de l’âme; souvent même elle rend un mal moral insupportable par son action sur le système nerveux. Le lait est que je m’éloignai de ces Indiens et de cette musique sauvage plus triste que je n’étais venu , et que le souvenir de cette cérémonie me fatigua tout le reste de la journée.
A l’extrémité de cette belle vallée de l’est, à dix lieues d’Oaxaca, on rencontre le village de Mitla, anciennement fameux par son collège de Teopijqui ', par ses temples, ses palais et l’éclat de ses cérémonies religieuses; il l’est encore aujourd’hui par quelques vestiges de ces édifices, qui annoncent autant de goût que d habileté dans les arts. Les Mexicains l’appelaient Micllan, mot qui veut dire enfer ; mais les Zapotèques le désignaient sous celui de Liobaa, c’està-dire terre du repos. Destiné à la sépulture des rois de Teozapotlan et des souverains pontifes, il était particulièrement consacré aux prières pour les morts, aux cérémonies expiatoires et au culte des divinités infernales qu’invoquaient des ministres la figure peinte en noir et vêtus de robes lugubres.
1 Ministre île Dieu, en langue zapotèque.
On voit encore les ruines de quatre palais ou tombeaux , qui s’étendent du nord au sud. L’églisfPet la cure ont été construites avec les matériaux et sur l’emplacement du premier de ces palais, qui était réservé aux officiers de la suite du roi : c’est le plus élevé sur la pente de la colline à laquelle le village est adossé. Le second, qui servait de résidence au monarque quand il y venait pour certaines solennités, ne paraît pas avoir eu de communication extérieure avec le premier, dont il est éloigné de plus de cent pas. C’est le mieux conservé, et le seul qui puisse donner une idée de l’ensemble des autres. Le troisième et le quatrième étaient destinés au collège des prêtres et à leur chef; mais il 11e reste de l’un qu’une façade à demi détruite, et de l’autre que des pans de murs faits de moellons et de cailloux avec quelques vestiges de revêtement de distance en distance.
L’architecture de ce palais n’offre rien de grand, rien de remarquable sous le rapport de l’étendue, des masses ou de la hardiesse des constructions. Les salles intérieures sont petites, les corridors tout à fait incommodes, et la hauteur des édifices n’atteint pas cinq mètres. Il n’y a rien qu’on puisse comparer aux constructions les plus ordinaires de l’ancienne Egypte pour le grandiose et la majesté du style.
Quoi qu’il en soit, l’architecture des palais de Mitla ne manque ni de grâce ni de mérite d’exécution : la belle coupe des pierres, la structure des bâtiments, le genre et le goût des ornements méritent toute l’attention des voyageurs.