CHAPITRE X
viron 4 pieds et 1/2 de long et d’un pied d’épaisseur : selon toute apparence, elle servait aux sacrifices.
Ce teocali communiquait aux palais par un souterrain de 4 pieds 1/2 de haut sur 3 de large, dont les murs sont aussi revêtus de grecques. Voici ce que la chronique rapporte de ce souterrain :
« Lorsque dans les grandes solennités un guerrier » se dévouait de lui-même à la mort, soit pour expier » un crime, soit pour apaiser les dieux irrités, le » grand prêtre le conduisait dans une salle basse et j> ténébreuse qui aboutissait à ce souterrain; puis, l’a- » bandonnant à lui-même dans les cryptes qu’il allait » parcourir, il refermait sur lui les portes fatales, qui » ne devaient se rouvrir qu’à de nouvelles victimes1. » A partir du teocali, ce souterrain change de direction et s’avance du côté de l’ouest. Le vulgaire, toujours crédule, était persuadé qu’il s’étendait jusqu’à trois cents lieues de Mitla ; mais sans m’arrêter à ce que cette croyance a d’extravagant, je dirai seulement qu’on en suit les traces jusqu’à la ferme de Saga, à une lieue de là. Sans doute il se prolonge davantage; mais si l’on fait attention qu’il y a au milieu des montagnes, dans cette même direction, des lieux encore révérés des Indiens par suite d anciennes superstitions, on comprendra facilement qu’il a pu exister une communication souterraine entre ceux-ci et les palais de Mitla, dont l’éloignement n’excède pas trois lieues.
La renommée de ces temples funèbres et de l’efficacité des prières qui y étaient adressées aux divinités
1 Francisco Burgoa.
infernales, s’étendait beaucoup au delà du pays zapotèque. Le Mexicain et le Chiapanèque, l’Otomite et le Totonaque y venaient également demander des prières, et offrir des présents que les ministres de toutes les religions n’ont jamais dédaignés. Maintenant même, après trois cents ans d’un nouveau culte , ces anciennes traditions ne sont point encore détruites ; il arrive souvent que des Indiens viennent de plus de cent lieues de distance demander des messes au curé de Mitla.
A trois quarts de lieue du village , une forteresse antique existe au sommet d’une colline rocheuse presque inaccessible. Le capitaine Dupaix, qui visita Mitla par ordre du gouvernement espagnol, l’a décrite avec la sagacité d’un homme de l’art. Son rapport donne une assez haute idée des principes de castramétation en usage chez ces peuplades américaines (79). Dans tous les ouvrages du même genre, les moyens de défense et de retraite sont prévus et très-bien combinés. Les sommets des montagnes les plus ardues étaient toujours choisis pour ces positions militaires; mais l’élégance n’était pas toujours exclue du plan des constructions. A Montalban, par exemple , à un quart de lieue d’Oaxaca, après avoir franchi un rempart escarpé, on arrive à une magnifique esplanade circulaire, au centre de laquelle s’élève le fort principal; tout autour sont disposés des forts, dont quelquesuns ont aussi une esplanade extérieure défendue par de nouveaux ouvrages. Des monticules artificiels forment la base de ces fortins. La plupart sont percés d’un