‹ Le MexiqueChapitre 174 sur 247 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

chemin couvert qui servait à la fois d’entrée dans ces positions et de moyen de communication entre les différents points de la place.

Du haut de la forteresse de Mitla, la vue plonge dans la vallée et se repose avec tristesse sur des roches pelées et des solitudes arides, image de destruction propre à relever l’effet des palais de Liobaa. Un torrent d’eau salée, qui se gonfle avec la tempête, coule au milieu des sables poudreux qu’il entraîne avec lui. Les rives sont sèches et sans ombrages; à peine voit-on de distance en distance quelques nopals nains, ou quelques poivriers du Pérou1, aussi maigres que le terrain où ils ont pris racine. Seulement, du côté du village, la verdure sombre des magueys et des cactus donne au tableau l’aspect d’un jardin d’hiver planté de buis et de sapins. Un vent froid et vif souille presque constamment au fond de cette vallée; il enlève des tourbillons de sable qui obscurcissent l’air et se répandent au loin dans la campagne.

En dédommagement, je trouvai à Mitla un gîte très-confortable chez un Indien riche, où j’avais été invité à descendre, .l’occupai la salle d’honneur, décorée d’un autel à la Vierge devant lequel brûlent jour et nuit des cierges et du copal. Je fus splendidement traité. Mon hôte ne mangeait point avec moi; seulement au dessert il venait causer un instant et me faire ses excuses de ne savoir pas me recevoir d’une manière plus digne. Si je l’invitais à boire avec moi un verre de son excellent vin de Xérès, il ne se

1 Scliinus.

décidait qu’après quelques instances, et me remerciait comme si je lui eusse fait une grande faveur.

Néanmoins je dus le lendemain quitter la maison de ce bon Indien pour répondre à la politesse du curé, chez qui, sans le savoir, j’étais aussi attendu. Le curé n’était pas alors à Mitla : il habitait une succursale qu’il doit desservir six mois de l’année, de sorte que je ne le vis qu’une fois, le jour de Noël; mais il avait eu l’attention d’envoyer force provisions de toutes sortes à la cure , avec six domestiques mâles et une cuisinière pour me recevoir en son absence. C’était vraiment un fort bon homme; mais il était d’une ignorance et d’une simplicité qui étonnent dans le siècle où nous vivons.

J’assistai en bon chrétien à la messe (80) du curé de Mitla. Comme il n’y a point de chaises dans les églises du Mexique, il faut se résoudre à se tenir à genoux, sans autre coussin que le pavé, position qui a toujours été pour moi une torture.

Cependant je pus de temps en temps jeter un regard observateur sur ce qui m’entourait. L’église était pleine d’hommes et de femmes dont les traits sont peut-être plus caractérisés là qu’ailleurs. Avec un nez en bec d’aigle, un menton avancé et une couleur cuivrée, les femmes sont rarement jolies, mais leur figure a une expression de finesse qu’on ne trouve pas souvent chez les Indiens. Leur costume a aussi quelque chose de particulier : c’est un enrollaclo 1 de laine noire à raies rouges,

1 L 'enrollaclo est une pièce d’étoffe qui enveloppe le corps de la ceinture jusqu’aux genoux.

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