CHAPITRE X
sents, et lui fit annoncer qu’il était prêt à reconnaître le roi catholique pour suzerain.
La douceur du climat de cette belle vallée, les riches productions de son sol, charmèrent le conquérant, qui v fonda la ville d’Antequera sur l’emplacement du village de Guajac, et y prit des terres pour son domaine seigneurial, que Charles-Quint érigea en marquisat.
Néanmoins, quoiqu’il eût choisi son fief sur le territoire des Zapotèques, ceux-ci n’en furent pas mieux traités : grands et petits se fondirent bientôt en une seule classe, qui conserva le stigmate des vaincus. Teozapotlan devint désert; Zachila, qui s’éleva sur ses ruines, ne conserva d’autres vestiges de splendeur qu’une grande quantité de monticules dont la plupart sont des sépultures et quelques-uns des teocalis.
Toute la campagne entre Zachila, Guilapa et Oaxaca est hérissée de ces tumuli coniques d’une hauteur variable de quinze à cinquante pieds. Ils sont faits de terre ou de pierrailles mêlées d’argile, avec un petit caveau au centre où l’on trouve d’ordinaire des ossements et des figurines d’argile et de pierre, les unes représentant des images fantastiques, les autres retraçant vraisemblablement les traits du défunt. Le caractère des figures est le même que celui des Indiens zapotèques de l’époque actuelle : de grands nez fortement aquilins , de grosses lèvres et des yeux un peu relevés à la chinoise.
Ces tombeaux recèlent aussi des miroirs métalliques, des amulettes de pierre ou de marbre poli,
des haches de cuivre dont je ne comprends l’usage ni comme arme ni comme instrument tranchant, attendu leur peu d’épaisseur et leur facilité à se tordre. Quelquefois on a trouvé des colliers de petites houles revêtues d’or, des ornements d’or pour la tête et pour les oreilles, et même, il y a peu d’années, le curé de Teutitlan dcl Valle était possesseur d’une petite perruche du même métal, sculptée avec art, qu’on avait trouvée dans une des sépultures de cette bourgade.
Cuilapa, situé au pied des monts au nord-ouest de Zaclnla, est un charmant village où les cases et les tumuli sont entremêlés aux plus belles plantations d’arbres fruitiers qu’on puisse voir. Quoiqu’il soit au centre du pays zapotèque, on y parle le mixtèque, singularité qui vient de ce que dans leurs guerres contre le roi de Teozapotlan , les Mixtèques y conservèrent si longtemps un poste militaire, qu’ils y contractèrent un grand nombre d’alliances, et y généralisèrent leur langue au point qu elle devint la seule en usage.
Les Indiens de ce village reçoivent fort mal ceux qui veulent faire des fouilles sur leur territoire. Un Allemand faillit être victime de son goût pour les antiquités ; il était allé à Cuilapa, muni d’une autorisation du préfet d’Oaxaca, pour fouiller un de ces tertres funéraires; mais, attaqué à coups de pierres par les Indiens, il n’eut que le temps de remonter à cheval, et s’enfuit au galop, sans être tenté de revenir.
C’est à Cuilapa que Vincent Guerrero fut fusillé et inhumé en 1831 (82). Quand Gomez Farias 1 oc-
1 Gomez Farias remplissait alors les fonctions de président par intérim.
CHAPITRK X.
cupa la présidence, en 1834, il ordonna l’exhumation de ses restes, qui, renfermés dans une urne d’argent, furent déposés sous une pierre tumulaire dans le couvent de Santo-Domingo d’Oaxaca. Mais la même destinée qui lavait sitôt précipité du rang suprême priva bientôt ses cendres de ce dernier honneur : on fondit l’urne un an après, et on enterra scs restes dans le cimetière du couvent, où sans doute on les laissera désormais en paix.
En continuant notre revue dans la même vallée, nous arrivons au bourg d’Ocotlan, où se tient toutes les semaines un grand marché de cochenille et de denrées communes. Quoiqu’on cultive beaucoup le nopal, qui sert à cette précieuse teinture, autour d’Oaxaca et dans la vallée de l’est, dite de Tlacolula, c’est dans celle d’Ocotlan que se font les plus grandes semailles 1 de cochenille. On en fait deux par an , l une au mois d’août, l’autre en décembre. La première a pour but de multiplier la graine pour la seconde, et celle-ci produit la grande récolte qu’on expédie en Europe.
La cochenille est un insecte de l’ordre des hémiptères; elle a la forme et la grosseur d’une punaise. Quand elle est pleine, on la met dans de petits paniers qu’on attache à des nopals. C’est là qu elle pond ses œufs, qui éclosent presque aussitôt. Chaque mèredonne naissance à plusieurs centaines de petites cochenilles,
1 Le mot scmaille , qui ne convient guère qu’à l’action depandre des grains sur la terre, s’emploie aussi en espagnol pour les opérations nécessaires à la propagation de la cochenille.
puis meurt dans l’acte même de sa reproduction. Les petites cochenilles sortent des paniers et, se répandant sur le nopal, vont chercher les feuilles les plus tendres, où une fois installées, elles se nourrissent et grossissent presque sans bouger de place.
Au moment de sortir des paniers, la cochenille est de couleur pourpre; mais aussitôt qu’elle prend du corps, elle se couvre d’une poussière blanche qu elle répand autour d’elle sur la feuille, de sorte que les nopals, à l’époque de la récolte, semblent couverts de neige.
Cette culture exige des soins minutieux. Au dehors il faut défendre la cochenille contre la pluie, le vent et même l’influence d’un temps nébuleux; au dedans contre une multitude d’ennemis nés de la plante même, qui lui déclarent la guerre.
Quand la récolte est mûre, c’est-à-dire quand la nouvelle cochenille est pleine à son tour, on coupe les feuilles du nopal; puis avec un plumasseau on détache l’insecte, qui, une fois à terre, reste dans un état complet cl’inertie. On en conserve ce qui est nécessaire à la reproduction , et on fait sécher le reste dans une étuve ou dans un four chauffé à une température moyenne, après quoi on la livre à la vente.
Cette dernière cochenille est un peu moins estimée que celle qui reste dans les paniers après la ponte, et qu’on désigne sous le nom de sacatillo : il y a toujours un huitième de différence environ dans leurs pi’ix. Du temps des guerres de la France, la livre de co-