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CHAPITRE XI

aux jets que produirait un crible. Cette rivière prend plus tard le nom delà Balza; elle se joint ensuite au Mescala , puis va se jeter dans le grand Océan à Zacatula.

Je vis à Uruapan des Indiens à peau d’un blanc jaunâtre. Les gens du pays assurent qu’ils sont de race pure; pour moi, je les crois de sang mélangé : j’ai remarqué dans les traits de ceux que j’ai vus des angles, des formes qui appartiennent plutôt à la race caucasienne qu’aux caractères américains.

La couleur ordinaire des Indiens, au Mexique, est celle du cuivre rouge; mais il y a des cantons où elle prend une teinte plus bistrée ou plus noire et d’autres où elle acquiert une nuance bleuâtre. J’ai vu à Mexico des charbonniers de la montagne, qui semblaient s’être trempés dans une légère teinture d’indigo; et du côté de Playa-Vicentc, au sud de la rivière d’Alvarado, on trouve des peuplades dont la couleur devient d’un bleu plus vif encore. J’hésite à croire que ce soit une maladie de la peau, comme celle qu’on appelle jiricua , et dont je parlerai plus loin; car ces affections cutanées n’existent guère que dans les pays chauds, humides et malsains, et ces montagnards habitent les régions les plus froides et les plus salubres du Mexique. D’ailleurs la teinte bleue du corps de ces Indiens est uniforme, tandis que la jiricua produit des taches sur la peau.

Uruapan nous rappelle les efforts que fit un Français, M. Guénot, il y a une douzaine d’années, pour naturaliser en Miclioacan le mûrier de Chine, y pro-

pager l’éducation du ver à soie, et y fabriquer ces belles étoffes dont l’Europe a le secret. Les mûriers y vinrent parfaitement; la multiplication du ver à soie devint l’occupation d’un grand nombre de familles, notamment à Los Reyes ; les métiers à tisser et les ouvriers habiles arrivèrent de Lyon. On se mit à l’œuvre, et on parvint à produire, comme échantillons, deux ou trois mètres de taffetas et de satin : ce fut tout. Cela avait coûté 150,000 piastres aux actionnaires.

M. Guénot échoua dans son entreprise parce qu’il n’était lui-même ni ouvrier ni fabricant, qu’il ne sut pas proportionner les moyens au but qu’il se proposait, qu’il commença par la fin au lieu de se limiter à de modestes essais. C’est le résultat qu’on doit attendre de toute grande entreprise quand le directeur n’est qu’un homme d’esprit et non un esprit pratique.

Deux jours après avoir quitté Uruapan, je passai la nuit à l’hacienda d’Ayumba , sur les bords du petit lac de la Magdalena. Le temps était affreux , les éclairs continus, le roulement du tonnerre sans fin, et les décharges électriques si fréquentes autour de l’hacienda, que nous nous attendions à chaque instant à ce que la foudre tombât sur nous. Le vent avait peu à peu soulevé les eaux du lac, et quand une rafale s’emparait d’une vague, elle la lançait à cinquante pieds avec un bruit sourd comme celui du canon dans le lointain. Ce fut une nuit d’angoisses, surtout pour les manœuvres de la ferme, qui tremblaient de peur que l’ouragan ne renversât leurs cabanes, ou

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