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CHAPITRE XI

que le tonnerre ne tombât sur leurs toits. Ce fut une nuit de malheurs pour quelques familles du village de la Magdalena , que le feu du ciel n’épargna pas, et pour des contrebandiers qui , croyant pouvoir passer leur tabac à l’autre rive avant le fort de la tempête, lurent submergés avec leur barque. On retrouva le lendemain sur la grève leurs corps brisés et défigurés.

Nous étions au mois de juillet, et l’orage était pour moi le grand événement de la journée. Lorsque j’étais mouillé jusqu’aux os, je goûtais fort les commodités du gîte qui m’attendait à la couchée. Aussi je ne tairai pas l’accueil que me fit un brave homme de la vallée de Mazamilla, nommé Contreras. 11 insista pour que j’acceptasse son lit, qui était le meilleur de la maison , et envoya ses filles à la cuisine pour ajouter à son ordinaire quelque bon plat de leur façon. Après souper, il me raconta scs aventures dans les guerres civiles qui ont désolé cette contrée, .l’avais entendu parler de ses prouesses à Cotija ', et je mis la conversation sur ce terrain.

Joseph Contreras est un homme grand et sec : quoique déjà avancé en âge, la fougue de son caractère perce à travers le flegme qu’il affecte. La probité, la justice remplissent son coeur, et toute iniquité le révolte. Dans les années de 1838 à 1842, les bandes d’insurgés, aux ordres du général Gordiano Guzman2, im-

1 Cotija porte l’humble titre de hameau ( rancho ); mais sa population s’est singulièrement accrue depuis 25 ans; elle dépasse aujourd’hui 8,000 habitants, tous industrieux.

2 Gordiano Guzman fut mis à mort par ordre de Santa-Anna en 1854, lorsqu’il se préparait à seconder la révolte d’Alvarez dans Je midi.

posaient arbitrairement des réquisitions de chevaux et de mules aux habitants de la campagne, leur prenaient leurs armes, souvent leur argent, exigences qui se répétaient sans fin ; car ces bandits, se mettant peu en peine d’animaux qui ne leur coûtaient rien , crevaient leurs chevaux par les fatigues et le défaut de nourriture, et revenaient en chercher d’autres au bout de quinze jours, enlevant ainsi aux pauvres campagnards jusqu’à leur dernière monture. Contreras, ne pouvant supporter de semblables infamies, s’était retiré avec une douzaine de paysans dans des asiles ignorés des étrangers, et de là tombait à l’improviste pendant la nuit sur les détachements isolés, sur les postes avancés, et les exterminait. Plusieurs fois il eut, lui seul, à combattre trois ou quatre cavaliers à la fois; mais son audace et sa présence d’esprit le tirèrent toujours d’affaire.

Enfin, le général Paredes, qui commandait à Guadalaxara, lui envoya cent cinquante soldats et le brevet de capitaine. Dès lors il put retourner dans ses foyers, et il refoula bientôt hors du territoire de Mazamitla les insurgés qui l’avaient désolé.

Ce brave homme racontait tout cela sans emphase, mais avec une animation qui rehaussait l’intérêt de son récit.

En partant, je voulus lui faire accepter quelque argent; mais lui : « Segnor, me dit-il, je n’ai pas l’habitude de faire payer aux rares voyageurs qui me font l’honneur de descendre chez moi l’hospitalité que je leur dois; je ne consentirais jamais pour de l’argent à céder mon lit à personne. »

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