CHAPITRE XI
port à Colima , ne souffrit que très-peu cette fois du tremblement de terre, mais beaucoup plus de l’éruption. Les cendres poussées de ce côté tombèrent en grande quantité sur la ville; l’air y était embrasé.
Enfin, en 1847 (84), une nouvelle secousse ruina plusieurs habitations à Colima et à Zapotlan. Un rocher de plus de 100 pieds de long sur 50 d’épaisseur se trouvait sur le bord extérieur du cratère : il fut précipité, et le bruit de sa chute retentit comme un roulement de tambours jusqu’à Tonila, à quatre lieues de là.
Le cratère de ce volcan a 126 mètres de diamètre Il présente des masses de porphyre d’une grande variété de couleurs, où dominent le gris, le rouge et le noir. Cette bouche du Ténare est ce que la nature peut nous présenter de plus triste : c’est l’image frappante de la destruction.
Pendant un séjour de trois ans à Colima, j’ai resrenti quelques tremblements de terre, mais trop faibles pour causer] le moindre dommage aux habitations.
Colima est une des plus anciennes colonies espagnoles. C’est la capitale d’un territoire dont toute la population n’excède pas 32,000 âmes2. Elle en contient elle-même 14,000, et 8,000 de plus si on y joint la banlieue. Cette ville paraît fort laide au voya-
1 Le cratère a été mesuré par l’ingénieur Harcort.
2 C’est le chiffre de recensement fait par M. Ramon de la Yega en 1850 avec le plus grand soin. Il contredit celui de la notice statistique de M.Longinos Banda, qui porte la population du territoire de Colima à plus de 60,000 âmes pour 1 année 1849.
geur qui en parcourt les rues pour la première fois. Depuis dix ans seulement, on y a bâti quelques maisons en pierres ou en briques cuites, à un étage; les autres, construites en briques crues, n’ont qu’un rezde- chaussée. Le premier tremblement de terre qui secouera violemment ces constructions fera connaître si on a eu raison de s’écarter de la règle traditionnelle, ou si l’on doit s’en tenir aux maisons basses.
Vue du haut d’une terrasse, la ville prend un tout autre aspect : les masures se perdent entre des bosquets de frênes, de tamarins, de guamuchils et de primaveras; une forêt de palmiers-cocotiers entoure la ville, et au dernier plan l’horizon revêt des formes originales ou grandioses.
Depuis la réouverture du port de Manzanillo, en 1847, Colima a fait de grands progrès en civilisation. Jusque-là ce n’était, à bien prendre, qu’un grand village de paysans, dont les plus riches n’avaient jamais porté d’habits, et les femmes les plus élégantes, d’autres vêtements qu’une jupe de mousseline et une chemise de batiste brodée de fil noir. Mais depuis que quelques négociants de Hambourg s’y sont établis, et ont pris part aux réunions, aux divertissements de cette classe d’habitants, les usages se sont modifiés, et les mœurs se sont polies. L’honneur de cet heureux changement est principalement dû aux dames coliméniennes, dont l’intelligence, la bonne volonté et l’amabilité leur ont marqué un rang distingué entre toutes les Mexicaines, et les font aimer de tous les étrangers qui les connaissent.