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CHAPITRE XI

Ma santé s’améliora sensiblement à Colima. Ce n’est point pourtant un endroit sain : malgré l’élévation de la température, il faut se barder de drap le matin et le soir pour éviter des rhumes, tles fluxions de poitrine, des fièvres ataxiques ; les fonctions digestives se font mal; on doit s’y abstenir des mets réputés les plus innocents ailleurs : le lait, le fromage, le beurre, le poisson et les fruits de toute espèce sont des poisons pour bien des estomacs. Pour peu qu’on fasse d’imprudences, on en est puni par une indisposition plus ou moins grave, mais cependant rarement mortelle. Je fus, comme tout le monde, sujet aux incommodités du climat; mais j’y trouvai l’existence comparativement supportable.

La pomone de Colima est loin d’égaler celle de Mexico, qui est la plus belle de la république : les melons y sont mauvais, les pastèques et les ananas fort médiocres. Je n’y ai vu que le papaye qui méritât une mention honorable pour son goût et sa grosseur. Le marché de Mexico est au contraire vraiment beau. On y voit le mangue aux chairs jonquilles; la chirimoye, qui contient une crème parfumée; les zapotes blancs, noirs, jaunes; les sapotilles, les grenadilles île Chine, les avocats, les oranges, les limons, les bananes, les mameys , les goyaves, les baies de cactus, les coings doux, les pommes de reinette, les poires gamboises, les grenades, les abricots, les pêches, les aserolles, les marrons, les noix, les pistaches de terre, les raisins, les cerises noires, les capoulines, les mûres, et quelques espèces de prunes indigènes et exotiques.

Les meilleurs et les plus beaux melons du Mexique sont ceux qu’on mange à Guadalaxara : ils sont exquis et d’une grosseur prodigieuse. On les cultive dans les environs de la Barca, non loin du lac de Chapala. Oaxaca possède les plus belles pêches et les meilleures baies de cactus, quelle tire de Mitla.

Les cultures spéciales de Colima sont celles du coton, du riz, du calé, du sucre, du cacao, de l’indigo et des cocotiers.

Le coton est de belle qualité. On en récolte de 15 à 20,000 quintaux par an. C’est plus qu’il n’en faut pour alimenter deux filatures établies aux environs de la ville depuis peu d’années. Le reste est destiné aux fabriques de Mexico et de Guadalaxara.

Le riz donne trente pour un; il est très-blanc et de bon goût. On le mange volontiers en morisqueta, c’està-dire cuit à l’eau et au sel, en guise de pain. Un de nos compatriotes, M. Corbierre, ancien officier de l’empire, possède une fort belle rizière à une demilieue de la ville *.

Le café de cette côte n’a pas son égal au Mexique. Aussi, comme il ne se cultive qu’en petite quantité, il se vend fort cher : en 1853, à la foire de San-Juan de los Lagos, j’en vis vendre une partie à 50 piastres le quintal, tandis que le café d’Orizaba se donne pour 20 piastres.

Le vrai moka m’est connu; j’en ai pris plusieurs

1 Cet excellent homme, avec qui j’étais fort lié, vient d’être enlevé à ses amis: il est mort plutôt de vieillesse que de l’influence du climat des côtes (1856).

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