CHAPITRE II
Cours clu Goatzacoalco. — Mal-Paso. — Beauté des forets du haut Goatzacoalco.
— Les singes. — Les caïmans. — Le jaguar. — Sa force. — Manière de \r chasser. — Le couguard. — Les cochons-marrons. — Bois précieux des forets. — Riches productions du sol. — Débouchés. — Le pays zapotèque.
— Les Mijes. — Boca-del-Monte. — Don Tadeo Ortiz. — Guichicovi. — - Épisode. — Superstition des Indiens. — Les moustiques. — Le talagc. — Les garapates. — Les scorpions. — Les serpents. — Conseils aux fondateurde colonies. — Expédition du Requin. — Un nouveau Bobinson. — Malheurs de la famille Sombre!.
Le Goatzacoalco est un beau fleuve, mais son cours n’est pas étendu, il prend sa source dans les solitudes inconnues des Cordillères, et le point 1 le plus recule auquel on soit parvenu en le remontant n’est pas éloigné du village de Santa-Maria Chimalapa de plus d’environ vingt-cinq lieues nord-ouest de Tebuantepec. Là ce fleuve porte aussi le nom de Rio del Corte2 3 , parce que les Espagnols y embarquaient sur des radeaux les mâtures qu’ils allaient anciennement couper dans les forêts de Tarifa pour les chantiers de la Havane.
Le Goatzacoalco reçoit de nombreux affluents qui augmentent progressivement la masse de ses eaux. Dans la première moitié de son cours, il offre des rapides fréquents , qui rendent la navigation très-
1 La hauteur de ce point au-dessus du niveau de la mer est de 1 19 mètres. — Moro.
— Rivière de la coupe des bois.
3 On ne peut les franchir qu’eu pirogues, ou en bateau, plats, encore avec beaucoup de difficulté dans la saison sèche.
CHAPITRK II
pénible; mais elle devient facile à partir du Mal-Paso, à environ quarante lieues de la barre, non-seulement pour des pirogues, mais encore pour des embarcations tirant plusieurs pieds d’eau. Les plus gros vaisseaux peuvent même remonter jusqu’au Coacbapa, c’est-àdire à douze lieues de l’embouchure. La largeur de son lit varie en général de cent à cent cinquante mètres; quelquefois elle prend une extension quatre ou cinq lois plus grande. Dans le temps des pluies, les eaux qui envahissent le domaine des forêts déracinent les arbres, qu’elles déposent sur ses rives ou qu elles entraînent jusqu à la mer.
Le port du Goatzacoalco est sûr ; son bassin est spacieux, et non loin de là on trouve sur la gauche en remontant le fleuve des lagunes profondes où des centaines de navires auraient un abri contre le nord le plus furieux. La barre est meilleure que celles de tous les autres fleuves du Mexique, en ce que sa position est fixe, et quelle n’est jamais obstruée île sables mouvants. Elle a de douze à quatorze pieds de profondeur, et se trouve ainsi accessible aux navires qui ne tirent pas plus d’eau. Si elle a été si redoutée des marins qui amenaient les expéditions, c’est que la perfidie du pilote avait fait croire à des dangers qui n existaient pas.
Au Mal-Paso, on la concession avait été faite, le fleuve se trouve encaissé dans un lit de roc. Ailleurs, répandu de chaque côté dans les plaines, il roule ses eaux sur une pente inégale à travers des rochers et des îlots qui rendent les courants dangereux. Là, le batelier
doit lutter contre les tourbillons et l’irrégularité du lit, qui présente successivement des nappes étendues, des rapides resserrés et des gués où l’eau manque pour maintenir à flot une pirogue chargée.
Les caïmans ou alligators se trouvent en grand nombre dans le Goatzacoaleo; mais ils ne sont pas très-dangereux pour peu qu’on prenne des précautions pour les éviter. Je n’ai connu qu’un seul colon qui ait été victime (8) de leur férocité. Quelques autres leur ont servi de pâture, il est vrai; mais leur sort était déjà décidé : ils s’étaient noyés.
Toutefois, après avoir goûté de la chair humaine, les caïmans sont devenus la terreur de certains parages. Le propriétaire de 1 hacienda 1 de San-Nicolas, sur la rivière de San-Andres, m’a raconté que peu de mois avant mon passage un caïman, qui rôdait depuis plusieurs jours auprès des endroits habités, dévora une jeune enfant sur le bord de l’eau, et le lendemain coupa en deux un Indien qui traversait la rivière à la nage.
La longueur ordinaire de ce saurien est de huit à douze pieds; mais il y en a de beaucoup plus grands. Les colons de la première expédition, en allant auv Almagres, en tirèrent un dont le corps se trouvait à moitié hors de l’eau. La halle le frappa au front et lui fit une blessure mortelle. En vain l’animal chercha un refuge au fond des eaux ; la douleur 1 obligea à revenir à la surface, ce qui donna aux colons la fa-
1 Une hacienda e st ce qu’on appelle dans nos colonies une habitation ,